Lettre de la Reine Marie Louise Coidavid depuis l'Italie au président Jean-Pierre Boyer lui demandant un passeport pour rentrer en Haïti


Après 18 ans en exil, la veuve du Roi Henry Christophe, accablé par des malheurs en Italie et par la nostalgie du pays qui l'a vu naître, a écrit au Président d'Haïti, le Général Jean-Pierre Boyer, lui demandant de lui envoyer un passeport pour pouvoir rentrer au pays. Elle n'a jamais reçu ce passeport. Elle est finalement décédée à Turin en 1851.

Sépulture de la Reine Marie-Louise, à Pise en Italie 
Crédit : Miriam Franchina

Général, 

Un dernier et affreux malheur vient de mettre le comble aux calamités par lesquelles il plut à la divine Providence de m'éprouver. La dernière de mes filles, Mme Athénaïse, vient de succomber à une cruelle maladie. Dans l'état d'isolement et d'abandon où je me trouve, mes pensées et mes vœux se tournent naturellement vers ma chère patrie, dont l'amour ne s'est jamais éteint dans mon cœur, je ressens le besoin de me retrouver au milieu des personnes à qui je tiens encore par les liens du sang et qui ne me regardent point comme étrangère.

Votre Excellence, j'en ai la confiance, appréciera de pareils sentiments. Elle comprendra qu'une femme comme moi, courbée sous le poids des ans et des malheurs, ne veut que revoir son pays et restera constamment étrangère à la politique.

Je prends d'ailleurs ici l'engagement formel de me tenir complètement en dehors de toute intrigue de ce genre. J'espère en conséquence, que Votre Excellence voudra bien accorder à ma sœur, Mme Louis Pierrot, un passeport pour venir me chercher en Europe, et m'en envoyer un à moi-même pour que je puisse me rendre en Haïti. En lui adressant cette demande, j'ose lui rappeler les bonnes paroles qu'elle a bien voulu m'adresser à mon départ lorsque Votre Excellence a bien voulu m'engager à retourner un jour dans ma patrie.

Les vœux que j'adresse au ciel pour la prospérité de mon pays et pour la conservation de la personne de Votre Excellence deviendront plus ardents quand j'aurai obtenu ce qui forme l'objet de cette demande.

Agréez, Général, l'expression de ma haute et respectueuse considération. 

Marie-Louise, Veuve de Henry CHRISTOPHE. 

Turin, le 7 novembre 1839.

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