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Bolivar

dimanche 11 mai 2025


Port-au-Prince, 2 janvier 1816.

S. D. Luis Brión.

Mon cher ami :


Je suis enfin arrivé ici avant-hier soir ; hier était un jour férié et je n'ai pas pu voir Monsieur le Président. À l'instant, je viens de lui faire une visite qui m'a été aussi agréable que tu peux l'imaginer. Le président m'a paru, comme à tous, très bon. Sa physionomie annonce son caractère, et elle est aussi bienveillante que d'habitude. J'attends beaucoup de son amour de la liberté et de la justice. Je n'ai pu encore lui parler qu'en termes généraux. Dès qu'il me sera possible d'entrer en matière, je le ferai avec toute la réserve et la modération qu'exige notre malheureuse situation. Je vous rendrai compte de tout avec la franchise que je lui dois et que j'ai offerte.


J'écris en ce moment à mes amis pour leur dire à peu près la même chose qu'à vous sur notre affaire commune, et s'il arrive quelque chose d'important, je vous enverrai une lettre de ma part. En attendant, j'espère que vous ferez de même avec moi ; et je vous prie en passant d'essayer de réunir nos esprits pour que nous puissions mener à bien quelque entreprise utile sur la Terre Ferme.


J'ai déjà parlé pour que la goélette qui doit être la vôtre se rende au port où sont nos émigrants, d'après ce que vous m'avez dit.


Il règne ici une grande tranquillité ; tout montre un grand chagrin de la perte de Carthagène, bien qu'on espère toujours voir notre commerce rétabli. On parle beaucoup d'une guerre des États-Unis avec l'Espagne, et cela doit nous être extrêmement favorable à tous égards.


Je suppose que l'émigration y sera déjà apparue et sans doute dans un état bien pitoyable. Patience et essayons de remédier radicalement au mal. Formons à tout prix une patrie et tout le reste sera tolérable.


Adieu, mon cher ami. Je vous prie d'agréer l'expression de mes sentiments distingués et de mon amitié affectueuse.


SIMÓN BOLÍVAR.


jeudi 8 mai 2025


Aux Cayes Saint Louis, ce 29 janvier 1816.

[À Son Excellence Monsieur le Président d´Haïti]

Monsieur le President:

Ma reconnaissance est sans limite pour l'honneur que V. E. [Votre Excellence, ndlr] vient de me faire, par la lettre qu'elle a daigné m'écrire et par la bonté dont elle vient de m'accabler. Je le dis dans le fond de mon cœur ; vous êtes le premier des bienfaiteurs de la terre ! Un jour l'Amérique vous proclamera son libérateur, surtout ceux qui gémissent encore, même du joug républicain. Acceptez d'avance, Monsieur le Président, le vœu de ma patrie !

Notre botaniste, [
Francisco Antonio] Zea, prépare pour V. E. les semences des fleurs et des plantes, avec une description de leur culture ; comme cette description n'est pas encore au net, je me prive du plaisir de vous la faire parvenir par le dragon qui porte cette lettre à V. E. ; mais je m'empresse de vous envoyer les bouteilles de spécifiques contre le rhumatisme. Si elles étaient remplies des sentiments de mon cœur, elles ne vous donneraient pas la santé, mais l'immortalité qui vous attend.

J'ai l´honneur d'être avec la plus profonde vénération, Monsieur le Président, de V. E. le très humble et très obéissant serviteur,

Bolívar.

Certifié conforme à l'original.

Le Secrétaire Général. B. Inginac.

jeudi 23 janvier 2025


Visite du président Gustavo Petro en Haïti, un hommage à l'héritage de Bolivar et un engagement à renforcer les liens bilatéraux

lundi 16 octobre 2023


L'histoire nous appelle à Haïti en ces heures difficiles et douloureuses. Haïti : la première République noire du monde et la première République de Notre Amérique dès le 1er janvier 1804, après avoir vaincu les troupes napoléoniennes au terme de 12 années de combat (1791-1803). Haïti : celle des Jacobins noirs, de Toussaint L'Ouverture et d'Alexandre Petión. Haïti : celle de Miranda ; il y arrive avec son rêve de libérer tout un continent et, comme Bolivar, dix ans plus tard, il reçoit toute la solidarité et le soutien des Jacobins noirs ; c'est là que le Précurseur hisse notre drapeau pour la première fois, sur le mât du navire Leander, le 12 mars 1806.

Haïti : celle de Bolivar, celle de l'Expédition des Cayes (1816), qui eut l'appui inconditionnel de l'illustre Pétion, qui ne lui demanda que la liberté des esclaves. Ce n'est pas en vain que notre Libérateur l'a appelé "l'auteur de notre liberté". C'est là, au contact de la réalité de la "République la plus démocratique du monde", selon ses propres termes, que Bolivar acheva de forger son esprit révolutionnaire.

Haïti est donc une terre sainte pour nous.

L'héroïsme et la souffrance du peuple haïtien, son amour infini et sa grande espérance sont inscrits dans mon âme. En mars 2007, la force de leur amour et de leur espoir m'a fait courir avec eux dans les rues de Port-au-Prince, avec le sentiment d'être parmi des frères et des sœurs.

Ce tremblement de terre dévastateur s'ajoute à la tragédie sans fin que subit le peuple haïtien depuis tant d'années.

Pour Petión et Bolívar, il nous appartient de régler une dette historique. C'est pourquoi le Venezuela s'est mis à la disposition d'Haïti. Deux brigades humanitaires sont déjà dans le pays de Pétion et d'autres partiront bientôt. Nous avons également lancé la campagne de solidarité avec Haïti et le peuple vénézuélien y répond comme il sait le faire.

Pour Petión et pour Bolívar : nous vaincrons !

II

Les mesures économiques que nous avons prises répondent à la nécessité de faire face à une situation qui s'inscrit dans un processus de transition dynamique et complexe.

En matière économique, il n'y a pas de baguette magique qui puisse tout résoudre. Surtout lorsqu'il s'agit de garantir la souveraineté économique du pays.

Depuis que nous avons pris le contrôle des changes, nous évaluons de près le comportement de l'économie nationale, ce qui nous a permis d'atténuer les effets internes de la crise mondiale du capitalisme, qui a fini par déstabiliser toutes les économies régionales.

Aujourd'hui, nous sommes confrontés à l'urgence inexorable d'appliquer des mesures correctives de nature économique. Il est vrai que les décisions prises peuvent susciter des inquiétudes et des préoccupations, comme tout changement en suscite.

Je fais pleinement confiance à la conscience des citoyens et je sais qu'ils ne se laisseront pas piéger par les fausses alertes lancées par les médias pitianquis, qui tentent de faire croire que les portes de l'enfer se sont ouvertes et que le gouvernement va maintenant brûler dans son propre feu. Comme cela a été le cas jusqu'à présent, ils attendront l'effondrement total qu'ils appellent de leurs vœux.

Il n'y a pas de décision plus sage que celle qui est prise à temps et en réponse aux particularités du moment historique : l'autre consiste à étirer la ride ou à cacher la tête, et nous ne sommes pas prêts à le permettre.

Chaque pas que nous faisons dans la révolution comporte non seulement des risques mais surtout de nouveaux défis : nous avons démontré notre volonté de les affronter, avec responsabilité et engagement, en ayant à cœur les besoins les plus profonds du peuple vénézuélien.

La modification de la valeur de notre monnaie par rapport au dollar n'est que l'exemple le plus superficiel de ce que nous proposons réellement. En réalité et en vérité, nous réévaluons le bolivar en nous fixant de nouveaux défis.

En premier lieu, nous aurons plus de force pour affronter les pratiques spéculatives flagrantes qui n'ont fait que déformer financièrement la valeur réelle des biens et des services.

L'État, en ce sens, ne pouvait continuer à céder des avantages de change à ceux qui décidaient à leur guise de ce qu'ils importaient comme des biens nécessaires, qui étaient en fait des articles de luxe qu'ils vendaient à des prix incontrôlables.

C'est pourquoi le Plan national contre la spéculation a été créé cette semaine. Nous créons les conditions pour générer un véritable renforcement de l'industrie nationale qui satisfasse les intérêts nationaux les plus authentiques.

Nous ne pouvons pas continuer à importer sans mesure ce que nous sommes déjà en mesure de commencer à produire sur place. D'où l'appel à la bonne volonté des petits et moyens entrepreneurs et investisseurs qui souhaitent se joindre à nous dans cet effort pour forger un nouveau modèle économique.

Dans ce sens, nous avons créé mercredi dernier le Fonds du bicentenaire pour la production socialiste, qui constitue un premier pas dans la consolidation d'une politique de soutien à la souveraineté productive nationale.

Cela nous permettra non seulement de diversifier et d'augmenter la production de biens et de services pour répondre à nos besoins intérieurs les plus pressants, mais aussi d'acquérir une nouvelle force grâce à l'exportation de nos produits.

Que cette situation soit donc l'occasion, avec honnêteté et responsabilité, d'entreprendre fermement la construction d'un pays qui cesse d'être rentier et qui tranche le nœud gordien de la dépendance pétrolière.

Un problème central et transcendant de la voie vénézuélienne vers le socialisme réside dans la métamorphose globale du modèle rentier : dans le changement structurel du modèle d'accumulation capitaliste que nous avons ; un changement qui dépend de la diversification productive vers laquelle nous nous orientons pour surmonter définitivement le rentiérisme.

III

Je tiens à réitérer une orientation stratégique que j'ai énoncée vendredi dernier dans mon discours à l'Assemblée nationale à l'occasion de la présentation du rapport annuel et des comptes 2009 : nous devons continuer à démanteler le vieil État bourgeois et accélérer le processus de construction du nouvel État social et démocratique, fondé sur le droit et la justice, comme le prévoit notre Constitution. Il s'agit d'une nécessité historique et d'un impératif catégorique pour la continuité et l'approfondissement de la révolution bolivarienne, sur la voie du socialisme.

Nous ne devons pas donner de l'oxygène à l'État bourgeois. Au contraire, c'est un impératif de l'éloigner pour qu'il s'éteigne définitivement.

L'État bourgeois dispose encore d'espaces au sein de l'État qui émerge : à partir de ces espaces, il obstrue, sabote et entrave le processus de création de la nouvelle institutionnalité.

Nous avons un long chemin à parcourir avant que le nouvel État ne se consolide : nous sommes en transition vers lui. Sa consolidation dépend et dépendra de notre capacité à matérialiser le protagonisme du pouvoir communal, du pouvoir populaire dans toutes ses expressions.

Le pouvoir populaire est l'âme et la flamme d'une autre façon d'être l'État et le gouvernement. Nous devons réaliser ce que Kleber Ramirez a lucidement envisagé il y a de nombreuses années : "... le moment est venu pour les communautés d'assumer les pouvoirs de l'État, ce qui conduira administrativement à la transformation globale de l'État vénézuélien et socialement à l'exercice réel de la souveraineté par la société à travers les pouvoirs communaux".

La patrie, le socialisme ou la mort !

Nous vaincrons !

Publié originellement sur Cubadebate le 17 juin 2010 après le tremblement de terre dévastateur du 12 janvier 2010 en Haiti.


EL ARTICULO EN ESPANOL


La historia nos está llamando a Haití en esta hora tan difícil y dolorosa. Haití: la primera República negra del mundo y la primera República de Nuestra América en fecha tan temprana como el 1° de enero de 1804, tras vencer a las tropas napoleónicas luego de 12 años de lucha (1791-1803). Haití: la de los jacobinos negros, la de Toussaint L'Ouverture y Alejandro Petión. Haití: la de Miranda; allá llegó con su sueño de liberar a todo un continente y como ocurriría con Bolívar, diez años más tarde, recibiría toda la solidaridad y el apoyo de los jacobinos negros; allá izó el Precursor por primera vez nuestra bandera, en el mástil del buque Leander el 12 de marzo de 1806.

Haití: la de Bolívar, la de la Expedición de los Cayos (1816) que contó con el respaldo sin condiciones del ilustre Petión, quien sólo le pidió la libertad de los esclavos. No en vano nuestro Libertador lo llamó "el autor de nuestra libertad". Allí, en contacto con la realidad de la "República más democrática del mundo" -son sus palabras-, Bolívar terminó de forjar el temple de su espíritu revolucionario.

Haití es, entonces, tierra santa para nosotros y nosotras.

Llevo inscrito en mi alma al heroico y sufrido pueblo haitiano con su infinito amor y su grandísima esperanza. En marzo de 2007 la fuerza de su amor y su esperanza me hizo correr, junto a él, por las calles de Puerto Príncipe, sintiéndome entre hermanos y hermanas.

Este devastador sismo se agrega a la tragedia infinita que padece el pueblo haitiano desde hace tantos años.

Por Petión y por Bolívar, nos toca saldar una deuda histórica. Por eso mismo, Venezuela se ha puesto a la orden de Haití. Ya están dos brigadas humanitarias en la Patria de Petión y pronto partirán otras. Igualmente, lanzamos la Campaña de Solidaridad con Haití y el pueblo venezolano está respondiendo como sabe hacerlo.

Por Petión y por Bolívar: ¡Venceremos!

II

Las medidas económicas que hemos tomado responden a la necesidad de salirle al paso a una situación que se enmarca en un proceso de transición dinámico y complejo.

No hay varitas mágicas que todo lo resuelvan en materia económica. Sobre todo cuando se trata de garantizar la soberanía económica del país.

Desde que asumimos el control de cambio a esta parte, hemos ido evaluando de cerca el comportamiento coyuntural de la economía nacional y esto nos ha permitido paliar los efectos internos de la crisis mundial del capitalismo, que terminó desestabilizando a todas las economías regionales.

Hoy nos vemos en la urgencia inexorable de aplicar correctivos de naturaleza económica. Cierto que las decisiones tomadas puedan causar zozobras e inquietudes, ya que todo cambio las propicia.

Tengo plena confianza en la conciencia del pueblo y sé que no va a caer en las falsas alarmas que los medios de comunicación pitiyanquis adelantan: pretenden hacer creer que se abrieron las puertas del infierno y que el Gobierno desde ahora arderá en su propio fuego. Como ha sido hasta ahora, se quedarán esperando el descalabro total que tanto ansían.

No hay más atinada decisión que la que se toma a tiempo y respondiendo a las particularidades del momento histórico: lo otro es estirar la arruga o esconder la cabeza y eso no estamos dispuestos a permitírnoslo.

Cada paso que damos en Revolución implica no sólo riesgos sino sobre todo nuevos retos: hemos demostrado nuestra disposición a enfrentarlos, con responsabilidad y compromiso, teniendo en el centro del corazón las más sentidas necesidades del pueblo venezolano.

Modificar el valor de nuestra moneda en relación al dólar es tan solo la instancia más superficial de lo que nos proponemos en el fondo. En realidad y en verdad, estamos revaluando el bolívar al proponernos nuevos retos.

En primera instancia, tendremos más fortaleza para enfrentar las groseras prácticas especulativas que no hacían otra cosa que distorsionar financieramente el valor real de los bienes y los servicios.

El Estado, en este sentido, no podía seguir cediendo beneficios cambiarios a quienes decidían a su antojo lo que importaban como bienes necesarios, siendo en realidad artículos suntuarios que vendían a precios incontrolables.

Por eso se creó esta semana el Plan Nacional Contra la Especulación. Estamos creando condiciones para generar un verdadero fortalecimiento de la industria interna que satisfaga los más genuinos intereses nacionales.

No podemos seguir importando sin medida aquello que ya estamos en la posibilidad de comenzar a producir en el país. De allí el llamado a la buena voluntad de los pequeños y medianos empresarios e inversionistas que deseen acompañarnos en este empeño de forjar un nuevo modelo económico.

En este sentido, el miércoles pasado creamos el Fondo Bicentenario de Producción Socialista, que viene a constituirse en un primer paso en la consolidación de una política de apoyo hacia la soberanía productiva nacional.

Esto nos permitirá no sólo diversificar y aumentar la producción de bienes y servicios para responder a nuestras más sentidas necesidades internas sino, además, adquirir una nueva fortaleza con la exportación de nuestros productos.

Sirva, pues, esta coyuntura para, con honestidad y responsabilidad, emprender con firmeza la construcción de un país que deje de ser rentista y corte el nudo gordiano de la dependencia petrolera.

Un problema central y trascendente de la vía venezolana al socialismo reside en la metamorfosis global del modelo rentista: en el cambio estructural del modelo de acumulación capitalista que tenemos; cambio que depende de la diversificación productiva hacia la que nos orientamos para superar definitivamente al rentismo.

III

Quiero reiterar un lineamiento estratégico que enuncié el pasado viernes en mi intervención en la Asamblea Nacional con motivo de la presentación de la Memoria y Cuenta del año 2009: debemos seguir desmontando el viejo Estado burgués y acelerar el proceso de construcción del nuevo Estado social y democrático, de derecho y de justicia, que manda nuestra Constitución. Es una necesidad histórica y un imperativo categórico para la continuidad y profundización de la Revolución Bolivariana, rumbo al socialismo.

No debemos darle oxígeno al Estado burgués. Por el contrario, quitárselo es un imperativo para que se extinga definitivamente.

El Estado burgués todavía tiene espacios dentro del Estado que está surgiendo: desde esos espacios entrampa, sabotea, obstaculiza el proceso de creación de la nueva institucionalidad.

Nos falta un trecho largo para que el nuevo Estado se consolide: estamos en transición hacia él. Su consolidación depende y dependerá de cuán capaces seamos de materializar el protagonismo del poder comunal: del poder popular en todas sus expresiones.

El poder popular es el alma y la llama de otra manera de ser Estado y Gobierno. Debemos hacer realidad lo que lúcidamente visualizara Kléber Ramírez hace muchos años: "... llegó la hora para que las comunidades asuman poderes de Estado, lo que conllevará administrativamente la transformación global del Estado venezolano y socialmente el ejercicio real de la soberanía por parte de la sociedad a través de los poderes comunales".

¡Patria, socialismo o muerte!

¡Venceremos!




samedi 24 avril 2021


 

jeudi 22 avril 2021




Il y a deux cents ans, les deux chefs insurgés visualisaient l'avenir d'une grande partie de l'Amérique, sachant que l'effondrement du despotisme monarchique espagnol serait possible si le bastion le plus puissant de la couronne tombait: la Nouvelle-Espagne.

Après un long et rude voyage, Xavier Mina (1789-1817) débarque à Norfolk, en Virginie (États-Unis) le 1er juillet 1816. Il avait vingt - sept ans cette chaude journée. Sa prochaine étape était de former et de soutenir une expédition pour libérer la Nouvelle-Espagne du joug de la Péninsule ibérique et ainsi soutenir la République mexicaine projetée. Cependant, la situation difficile qu'il connaît dans le nord du pays l'amènera à naviguer dans les Caraïbes pour rencontrer dans le Saint-Domingue français (Haïti) avec le Caracas Simón Bolívar (1783-1830), qu'il tentera de convaincre de rejoindre la direction dans ses rangs. Un événement significatif que cette 2016 marque deux cents ans.

Le jeune Mina venait d'organiser une guérilla pour contrer Napoléon et ses troupes d'invasion en Espagne, en 1808. Des années plus tard, en 1814, il fait la première déclaration armée contre le régime absolutiste du roi Ferdinand VII, il doit donc se réfugier en Angleterre vers avril 1815. Cependant, à Londres, il rencontra le nouveau prêtre espagnol Servando Teresa de Mier, qui-on suppose-le convainquit de continuer sa lutte contre le monarque bourbon, mais cette fois des dominions américains en cherchant l'indépendance de la Vice-Royauté de Nouvelle-Espagne, d'où il obtint la plupart des ressources pour se maintenir au pouvoir, tout en donnant la liberté à un peuple qui saignait en cherchant son émancipation.

Atterrissage stratégique

Déjà aux États-Unis, Mina cherchait un soutien militaire et financier auprès d'hommes d'affaires et de particuliers américains, ainsi que de patriotes sud-américains stationnés là-bas et de certains membres des loges opérant en secret.

Cependant, il a fallu peu de temps pour confirmer le pire scénario pour ses plans: la fusillade de José María Morelos et la dissolution du Congrès d'Anahuac, formé en décembre de l'année précédente. Avec de telles nouvelles, il laissa son expédition dans les airs, sans gouvernement ni leader accrédité pour la soutenir, car son financement reposait sur la reconnaissance et le respect par le gouvernement patriotique des engagements qu'il avait acquis.

Simon Bolivar en Haïti

Mina avait également appris que Simón Bolívar faisait partie des insurgés asiles et ne manquerait pas l'occasion de l'interviewer pour essayer de l'ajouter à son expédition. Et c'est que, avec le docteur Mier, il avait rencontré à Norfolk le Caracas Felipe Estévez, qui leur a parlé de l'emplacement et des plans émancipateurs de Bolivar sur cette île.

Dans une lettre du 21 juillet 1816, Xavier commenta à Bolivar la cause de son expédition et les progrès dans lesquels il était, en plus de l'inviter à la rejoindre et de promettre que, après avoir obtenu le triomphe, il correspondrait à faire de même au Venezuela. Il lui a également indiqué qu'il avait intérêt à le rencontrer et que, s'il acceptait, il irait lui rendre visite en Haïti pour discuter des projets libertaires des deux et essayer de les intégrer dans un plan global.

Bolivar a dû répondre par l'affirmative, car fin septembre, il l'attendait déjà à Port-au-Prince. "Nous attendons à chaque instant le général Mina - commenta-t-il avec enthousiasme à son ami Maxwell Hyslop le 26 septembre -, qui à la tête d'une expédition doit se diriger vers le Mexique”.

Une rencontre pleine d'attentes

Francisco Javier Mina

Les bateaux qui ont avancé vers Mina se sont séparés au cours des deux jours. Caledonia est arrivé à Port-au-Prince après dix-sept jours, et à ce moment-là, le Brigantin Calypso était là. Le lendemain, un ouragan s'est déclaré, provoquant l'échouage de ce dernier sur la côte et de nombreux dégâts.

De son côté, Bolivar attendait avec impatience Mina, et c'est ce qu'il mentionne dans une nouvelle lettre en français, datée du 4 octobre, à M. Hyslop: “[l'expédition] est destinée au Mexique et déjà une partie est arrivée à Port-au-Prince où le général est attendu tous les jours. Sa lettre est pleine d'éloges qu'il me fait qu'il serait trop long de le détailler ici.”

Après avoir fondé la deuxième république vénézuélienne et après avoir subi une grave défaite à Ocumare contre les royalistes, Bolivar était réfugié sur l'île et a tenté de se regrouper avec le soutien du dirigeant d'Haïti, à qui il a exposé les avantages de l'indépendance du Venezuela et offert en compensation la liberté des esclaves dans la nouvelle nation. Cependant, la proposition de collaborer avec Mina l'a immédiatement attiré. Pour le chercheur Francisco Cuevas Cancino, Bolivar attendait le Navarrais avec enthousiasme, car " c'était un guerrier venu d'outre-mer le chercher, qui lui apportait de nouveaux plans, et surtout dans ces mauvais moments, il lui apportait de l'espoir”.

En ce mois d'octobre 1816, Port-au-Prince offrait une situation particulière: y étaient ancrés, la Calypso et la Mine Caledonia, ainsi que la cible des insurgés vénézuéliens, sans la Flore et le Railleur, drapeau français, sous le commandement du vicomte de Fontanges, qui avait pour mission de persuader Pétion de revenir au domaine de la gaule, et d'ouvrir davantage le commerce entre la France et son ancienne possession.

De son côté, la Couronne espagnole pressait constamment le gouvernement haïtien de changer d'attitude, mais Pétion, avec une habile diplomatie, réfutait les accusations hispaniques sous prétexte qu'elle n'obéissait qu'aux normes humanitaires de sa nation et aux principes du droit des personnes, en vertu desquels elle ne pouvait nier l'hospitalité aux Exilés. Cependant, il a soutenu en même temps qu'il s'est abstenu de les aider dans des intentions allant au-delà de ces principes. Xavier est arrivé en Haïti jusqu'au 12 octobre et a retrouvé ses bateaux en réparation grâce à l'aide qu'ils ont reçue de Pétion lui-même. Mais les problèmes ne se sont pas terminés. Après son arrivée sur l'île, il déserta un grand nombre d'Anglo-Américains-probablement faute d'incitations économiques-et d'autres l'abandonnèrent pour cause de maladie. Il avait alors dépensé plus de six mille dollars.

Grâce à l'intervention du marchand et agent britannique en Haïti, Robert Sutherland, cette perte a été compensée par l'intégration de certains officiers qui avaient fait défection d'une frégate française en raison des intrigues des Anglais lui-même. Et c'est que, à cette époque, il était l'étranger le plus influent et a participé, à travers Robert Sutherland & Cie, dans toutes les activités officielles et privées du gouvernement de l'île.

Le lendemain de son arrivée, le 13 octobre, Xavier se rendit à sa rencontre tant attendue avec Simón Bolívar chez Sutherland, dans une atmosphère pleine d'attentes pour les deux insurgés. Il semble qu'ils aient ouvert la conversation avec leurs expériences sur les fronts de bataille. Mina lui racontera comment il a décidé de lancer une guérilla dans sa Navarre natale et la réponse donnée par son oncle Francisco Espoz –plus tard célèbre en Espagne– quand il a expliqué ses intentions. Il disait à l'homme de Caracas que son oncle ne l'écoutait que dans le silence et, quand il a conclu “ "il lui a répondu froidement, montrant une potence qui était près de l'endroit où ils ont donné des conférences:" Gardez à l'esprit que ce sera votre destin si votre plan échoue.’”

Tous deux étaient de jeunes hommes instruits et appartenaient à la même génération d'Hispaniques; Bolívar n'avait que six ans de plus. Bien que dans des circonstances très différentes et à des moments différents, les deux avaient été à Londres, Paris, Madrid et Philadelphie. Maintenant, ils étaient rassemblés en Haïti, où leurs intentions libertaires pour l'Amérique espagnole coïncidaient. Il était seulement nécessaire de convenir de la possibilité d'une action commune.

Dans cette conversation et les conversations suivantes, Xavier a essayé de convaincre Bolivar de rejoindre la direction de son projet libertarien New Spain. Comme dans sa lettre à P. Y A. (Ignacio Pavón et Mariano Almanza), de septembre 1816, Xavier lui a probablement assuré qu'en séparant l'Amérique de la péninsule, ils mettraient fin au “Colosse du despotisme”. "Le Mexique est le cœur du Colosse", a-t-il écrit, " et c'est auprès de qui nous devons rechercher le plus vivement l'indépendance. J'ai juré de mourir ou de l'obtenir, je me rends compte dès qu'il est de mon côté le vote des bons Espagnols, ainsi que des Américains”.

Simon n'était pas loin de cette idée, parce que dans sa Lettre de Jamaïque, le 6 septembre 1815, avait écrit que je savais en Nouvelle-Espagne, le combat est maintenu à une force de sacrifices humains, “eh bien, rien sauf les espagnols avec telle qu'ils parviennent à se soumettre à ceux qui ont eu le malheur d'être né dans ce sol, qui semble destiné à être trempé avec le sang de leurs enfants. Malgré tout, les Mexicains seront libres, parce qu'ils ont embrassé le parti de la patrie, avec la résolution de venger leur passé ou de les suivre dans la tombe”.

Et bien qu'en réalité Bolivar ait prévu de se rendre en Angleterre à la recherche d'un soutien pour une nouvelle expédition au Venezuela, la proposition du Navarre l'a fait douter du chemin qu'il devrait emprunter.

"Je suis venu ici avec l'intention de faire encore quelque chose sur la côte ferme, qui a principalement besoin d'armes, de munitions et de navires, a-t-il écrit en français à l'amiral Luis Brión, en octobre 14 -. Je suis déterminé à exécuter un projet, mais je ne sais pas si l'arrivée du général Mina me fera changer de plan. Je l'ai vu hier et nous avons parlé très franchement; ce qu'il m'a communiqué me fait beaucoup attendre. Voici ce qui peut influencer ce que j'avais entrepris de faire. Cependant, je ne suis pas encore bien décidé."

Mina a écrit à son subordonné, Mariano Montilla de Caracas, au sujet de l'avancement de l'expédition et des entretiens avec son compatriote. "Voici Bolivar a-t-il a informé le 17 octobre -, nous nous voyons tous les jours". La situation a été soulevée, le Navarrais avait exposé ses raisons et ne restait plus qu'à attendre la décision du rebelle vénézuélien.

Source : https://relatosehistorias.mx/nuestras-historias/xavier-mina-se-reune-con-simon-bolivar-en-haiti (Traduit de l'espagnol par Haïtianaute)

Auteur : Gustavo Pérez Rodríguez

mercredi 21 avril 2021


Aux Cayes, le 4 mars 1816.

A Son Excellence Monsieur le Président d’Haïti.

Monsieur le Président:

J’envoie le lieutenant colonel Chipia, mon aide de camp, qui aura l’honneur de remettre cette dépêche à V. E. Je la prie d’agréer mes remerciements pour tout ce qu’elle a eu la bonté de faire pour seconder mes projets, ainsi que de ses résolutions relatives aux prétendus mexicains, qui n’avaient d’autres projets que de détourner les moyens applicables à mon expédition, pour la détruire. 

Je me vois encore dans la nécessité d’importuner V. E. pour de nouveaux secours; elle sentira de quelle urgence ils sont pour l’exécution de mes projets. Je compte sur sa générosité et sa bienveillance, et espère trouver dans l’intérêt qu’elle m’a témoigné, une excuse à mon importunité. 

Voici la note de mes besoins, que je prie V. E. de prendre en grande considération: 4.000 fusils, sans compter les 3.000 pour lesquels les ordres sont déjà délivrés; 100.000 cartouches (au moins); 30.000 livres de poudre; 30.000 livres de plomb. 

En ajoutant ce nouveau service à ceux que nous avons déjà reçus de votre bienfaisance, l’expédition qui serait retardée, et peut-être inexécutable, mettra de suite à la voile. 

Que V. E. daigne me continuer sa bienveillance, et à la cause de ma patrie, l’intérêt qu’elle lui porte; accompagné de ses vœux, et comblé de ses bienfaits, je suis assuré de vaincre.

L’Amérique pénétrée de reconnaissance lui conservera un souvenir éternel.

Agréez l’hommage de ma haute considération et croyez aux sentiments d’estime avec lesquels j’ai l’honneur d’être, Monsieur le Président, de V.E., le très humble et très obéissant serviteur.

BOLÍVAR.

Certifié conforme à l’original. Le Secrétaire General B. Inginac.

TRADUCCIÓN

Los Cayos, 4 de marzo de 1816.

A S. E. el señor Presidente de Haití.

Señor Presidente:

Envío al teniente coronel Chipia, mi edecán, quien tendrá el honor de entregar este despacho a V. E. Sírvase V. E. aceptar mi agradecimiento por todo lo que ha tenido la bondad de hacer para secundar mis proyectos, así como por las resoluciones de V. E. relativas a los pretendidos mejicanos, cuyas miras no eran otras que distraer los recursos aplicables a mi expedición para destruirla.

Me veo obligado a importunar una vez más a V. E. pidiéndole nuevos socorros; V. E. comprenderá de cuánta urgencia son para la ejecución de mis proyectos. Cuento con la generosidad y benevolencia de V. E. y espero que el interés que V. E. ha mostrado hacia mí sirva de excusa a mi importunidad.

He aquí la nota de lo que necesito, que suplico considere V. E. con la mayor atención:

4.000 fusiles, sin contar los 3.000 para los cuales se han librado ya las órdenes;

100.000 cartuchos (por lo menos); 30.000 libras de pólvora; 30.000 libras de plomo.

Añadiendo este nuevo servicio a los que ya hemos recibido de la benevolencia de V. E., la expedición, que sin esto se retrasaría y tal vez sería irrealizable, se hará a la vela de inmediato.

Dígnese V. E. continuar dispensándome su benevolencia, y a la causa de mi patria el interés que por ella siente. Llevando conmigo los votos de V. E. y colmado de sus favores, estoy seguro de vencer.

La América, llena de reconocimiento, conservará eternamente el recuerdo de V. E.

Acepte el homenaje de mi mayor consideración y crea en los sentimientos de estima con que tengo el honor de ser, señor Presidente, de V. E. muy humilde y obediente servidor.

BOLÍVAR.


Source : Les archives du Libertador

mardi 20 avril 2021


Aux Cayes, le 8 février, 1816.

À son Excellence Monsieur le Président d’Haïti.

Monsieur le Président :

Je suis accablé du poids de vos bienfaits. M. Villeret est de retour et Votre Excellence s'est parfaitement occupée de lui. En tout, vous avez montré que vous êtes magnanime et indulgent.

Nos affaires sont presque réglées et, sans doute, dans une quinzaine de jours, nous serons en état de partir. Je n'attends rien d'autre que vos dernières faveurs et, si je le peux, j'irai moi-même vous exprimer toute l'étendue de ma gratitude.

Par M. Inginac, votre digne secrétaire, j'ose encore vous adresser de nouvelles supplications.

Dans ma proclamation aux habitants du Venezuela, et dans les décrets que je vais rendre pour la liberté des esclaves, je ne sais s'il me sera permis d'exprimer les sentiments de mon cœur à l'égard de votre Excellence, et de léguer à la postérité un monument irrécusable de votre philanthropie.

Je ne sais pas, dis-je, si je dois vous désigner comme l'auteur de notre liberté. Je prie Votre Excellence de bien vouloir me faire connaître ses souhaits à cet égard.

Le lieutenant-colonel Valdés vous adresse une requête que je me permets de recommander à votre générosité.

Veuillez accepter, Monsieur le Président, les hommages respectueux de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être le très humble et obéissant serviteur de Votre Excellence.


BOLÍVAR.

TRADUCCIÓN

Los Cayos, 8 de febrero de 1816.

A Su Excelencia el Señor Presidente de Haití.

Señor Presidente:

Estoy agobiado bajo el peso de sus beneficios. El señor Villeret ha regresado, atendido de un modo inmejorable por V. E. En todo se muestra V. E. magnánimo e indulgente.

Nuestros asuntos están casi arreglados; y sin duda dentro de unos quince días estaremos en condiciones de partir. No aguardo sino sus últimos favores; y si me es posible, iré yo mismo a expresarle toda la extensión de mi gratitud.

Por el señor Injinac, su digno Secretario, me atrevo aún a hacerle nuevas súplicas a V. E.

En mi proclama a los habitantes de Venezuela y en los decretos que debo expedir para la libertad de los esclavos, no sé si me será permitido expresar los sentimientos de mi corazón hacia V. E., y legar a la posteridad un monumento irrecusable de su filantropía.

No sé, digo, si debería nombrar a V. E. como el autor de nuestra libertad. Yo suplico a V. E. que se sirva manifestarme su voluntad al respecto.

El Teniente Coronel Valdés le dirige una petición que me permito recomendar a la generosidad de V. E.

Sírvase aceptar, Señor Presidente, los respetuosos homenajes de la alta consideración con la cual tengo la honra de ser de V. E., el muy humilde y obediente servidor.


BOLÍVAR.



lundi 19 avril 2021



A Jacmel, le 4 septembre 1816 à bord du brig L’Indio Libre.

À Son Excellence le Président d’Haïti.

Monsieur le Président:

J’ai l’honneur de vous annoncer mon arrivée ici, après avoir fait tout ce qui était en mon pouvoir pour donner la liberté aux habitants de la Cote-Ferme; mais malheureusement, un enchainement de circonstances presque inexplicables m’a réduit à la situation de retourner dans l’asile des hommes libres, et me placer sous la protection du plus magnanime des chefs républicains du Nouveau Monde [Alexandre Pétion]. C’est comptant sur votre grand caractère, que je me suis enhardi de me présenter une seconde fois à Haïti.

Si Votre Excellence était d’un esprit moins sublime, je craindrais d’être accablé de reproches, et peut-être plus encore: car le monde ne juge des événements et des hommes que par le résultat; sans rechercher les véritables causes qui ont produit le bien ou le mal. Je n’abuserai pas de votre indulgence en vous faisant un long récit; mais je suis obligé d’éclairer Vôtre Excellence sur quelques traits de notre expédition, pour effacer les fausses impressions dont on aurait pu prévenir V.E. sur ma conduite.

Arrivé à l'île de Margarita, je fis une reconnaissance des postes ennemis qui se trouvaient alors, comme ils sont encore aujourd’hui, presque aussi bien garnis par le nombre de leurs troupes, que les positions des républicains. II était impossible de chasser les espagnols de l’île, parce que notre force étant égale à la leur, ils avaient pour eux des fortifications imprenables. En conséquence, nous partîmes pour le continent et arrivâmes á Carúpano, avec cent cinquante officiers, l’administration civile, quelques domestiques, et très peu de volontaires. Le tout se montant à trois cents hommes. 

Carúpano est un village de la province de Cumaná qui aurait pu me fournir cinq cents hommes; cependant je n’ai pu parvenir á en réunir deux cents, parce que la tyrannie espagnole a anéanti tout ce qu’il y avait de patriote á Venezuela; et n’a laissé l’existence qu’à des êtres absolument égoïstes, ou fortement prononcés pour la cause du Roi. Notre situation à Carúpano fut à la fin critique. Mon corps ne se montait qu’à six cents hommes y comprenant un renfort que le général Mariño m’envoya de Güiria. Nos ennemis avaient rassemblé contre nous toutes leurs forces de Cumaná; elles étaient beaucoup plus aguerries et leur nombre double au moins de celles que j’avais. Notre amiral était pressé de tout cote par les corsaires qui voulaient nous laisser sur cette côte (les ennemis avaient déjà une flottille de douze voiles). 

Je propose à l’amiral d’aller les battre afin d’avoir la mer libre, puisqu’il était dans l’intention de partir. Il me fit observer, qu’il ne pouvait le faire, n’ayant pas assez de monde á bord de ses bâtiments; ce qui me détermina à m’embarquer avec mes soldats, pour mieux assurer le succès de ce combat naval. A cet effet, je fis embarquer mes troupes; et de plus les marins reçurent à leurs bords cinq cents femmes qui craignaient d’être égorgées par les royalistes. Cet incident donna un prétexte à Messieurs les capitaines des corsaires, pour dire qu’il ne pouvaient se battre avec des femmes á leurs bords; tandis que c’étaient eux mêmes qui les avaient embarquées. Nous étions sur mer. Les ennemis avaient pris possession de Carúpano. Nous ne pouvions attaquer Cumaná avec six cents hommes qui composaient toute ma forcé. II fallait donc prendre un parti. Je proposai à Mr. Brion de nous porter sur la Guayana; il s’y refusa, alléguant pour raison qu’il n’avait même pas assez de vivres pour aller à Güiria. Si nous retournions sur nos pas nous allions perdre le peu de monde que j’avais, par le manque de vivres et une très grande désertion qui s’était introduite parmi mes troupes. Nous avons tiré tout le parti possible de la cote orientale de Cumaná. En conséquence, je devais partir, pour aller dans un pays qui nous fut plus favorable, tant par l’esprit de patriotisme que par les moyens de subsistance. J’ai choisi le village de la cote d’Ocumare pour le point de mon débarquement. Cet endroit se trouve entre les places de Puerto Cabello et La Guaira; mais sa possession me mettait a même de pouvoir m’introduire dans le cœur de la capitale de Caraque sic qui est, sans contredit, le pays le plus attaché au système républicain. Nos troupes s’emparèrent de ce fameux point militaire, dont j’avais parlé a V.E. dans les entretiens que j’eus l’honneur d’avoir avec elle. Le colonel Soublette, commandant le corps de troupes qui prit possession de la Cabrera et Maracay, eut ordre de se fortifier et de réunir autant de monde que possible pour augmenter notre expédition. Par malheur, une lettre interceptée par le surnommé colonel, portait: "que le général Morales venait d’arriver dans les environs de Valence, a la tete de sept mille hommes". Le fait est que ce général était arrivé, mais avec cinq cents hommes seulement, que le colonel Soublette aurait battus facilement. II crut cette fausse nouvelle, abandonna les inexpugnables positions qu’il occupait, et se retira sur Ocumare, où était mon quartier général. Lorsqu’il prit la Cabrera, il battit un escadron de hussards de Ferdinand Sept; le débris de cet escadron se replia sur le corps du général Morales, qui attaqua le colonel Soublette dans sa retraite; il fut repoussé, et le colonel continua sa marche jusqu’au sommet de la montagne, où il prit position afin de s’assurer les Communications avec moi. Cette retraite est la cause de nos malheurs; parce qu’elle nous priva d’un pays qui seul aurait pu nous fournir des hommes pour former une bonne armée. 

L’amiral Brion manquait de vivres pour sa flottille; cette raison, jointe au mécontentement des matelots qui désiraient aller en course, lui dictait la mesure de me quitter; néanmoins, je le priai instamment de rester huit jours dans le port, tant pour la sûreté de mes armes et munitions, que pour effectuer notre retraite en cas de malheurs. Je l’assurai de plus, que s’il attendait, dans huit jours, je prendrai sic Caraque. II avait de très bonnes raisons pour partir, puisqu’il n’avait pas de vivres. Aussi sa flottille mit à la voile, laissant mon pare sur la cote. Ce dépôt était trop précieux pour notre entreprise, pour que je le laissasse sans une forte garde. Je n’en avais pas. J’en fis une avec les habitants du pays. Aussitôt que j’appris les mouvements rétrogrades de mes troupes, je partis, menant avec moi les recrues que j’avais faites dans le pays; mais elles n’arrivèrent pas assez à temps pour se trouver á l’attaque que les espagnols nous firent le lendemain de mon arrivée sur le champ de bataille. Nos positions étaient excellentes, mais 1’ ennemi était plus nombreux et plus aguerri que nos troupes, qui savaient á peine manier le fusil; la victoire resta aux espagnols, qui se conduisirent dans cette affaire avec la plus grande audace. Nous fumes obligés de replier sur l’Ocumare, nos pertes nous ayant réduits á trois cents hommes. J’ordonnai de se porter sur Choroní, un autre poste de la cote, où nous avions ramassé deux cents hommes, anciens esclaves que nous venions de rendre á la liberté. J’eus recours, n’ayant pas de chevaux, pour transporter nos armes et nos munitions, au brig Indio Libre, que nous avions pris à Carúpano, et deux autres goélettes marchandes, qui se trouvaient dans le port. Le brig étant armé, j’ordonnai au major général de marine, Viheret, de tout embarquer; mais il m’observa, qu’il n’avait aucune confiance dans le capitaine, parce qu’il avait eu des démêlées très désagréables avec l’amiral Brion, de qui il était l’ennemi personnel, et voulait lui enlever le brig; il me proposa de tout faire mettre sur les bâtiments marchands, plutôt qu’à bord de l’Indio Libre, dont le capitaine aurait pu s’emparer de toutes nos armes et munitions. Je laissai agir Villeret, en qui nous avions toute confiance, et à qui Mr. Brion avait laissé le commandement de la marine pendant son absence. La nuit du jour de notre défaite arrive, et Villeret s’embarque, ayant mis á abord des bâtiments marchands, la plus grande partie de nos effets, et laissant á terre, plutôt que de les embarquer á bord du brig, plus de mille fusils et une partie de notre poudre. Je le fis appeler, il me répond qu’il ne peut venir, parce qu’on veut le laisser à terre, que d’ailleurs il ne peut nullement se fier au capitaine; et immédiatement il mit á la voile.

Je me trouve dans une situation désespérée, entouré d’ennemis de tout côté, ne pouvant pas même conserver le port d’Ocumare, parce qu’il est sans défense, et que nos forces étaient presque anéanties, par des désertions et les pertes éprouvées dans le combat; d’ailleurs, d’après toute apparence, je serais resté sans armes et sans munitions: conséquemment, j’aurais été forcé de devenir simple partisans (sic), á la tete du peu de soldats qui me seraient restes attachés, au milieu de tant d’ennemis. Cette situation ne me convenait pas. Voyant que Villeret était résolu á ne point venir, je m’embarquai moi même, afin s’il était possible, d’empêcher que nos moyens militaires ne nous échappassent. Nous restâmes la nuit devant le port. De bon matin, notre capitaine ordonna aux deux transports de le suivre vers la cote de Choroní, où nous devions nous rendre. Les transports font semblant de nous suivre et prennent la route de Bonaire. Nous les chassâmes, nous leur tirâmes des coups de canon pour les obliger á nous suivre. Mais en vain, ils étaient déterminés á s’en aller, et se payer eux mêmes d’une somme que le Gouvernement leur devait, pour des vivres que nous avions achetés. Comme il leur avait été offert le quart des objets qu’ils sauveraient, ils voulaient s’emparer du tout. La nuit s’approchait. Je jugeais qu’il était prudent de ne pas exaspérer les transports, de crainte que dans l’obscurité, ils ne nous quittassent tout á fait. Nous arrivâmes á Bonaire, où nous eûmes infiniment de peine, même après que Brion fut arrivé avec son escadrille, à ravoir nos armes et nos munitions. Brion les prit et les garda á bord de ses bâtiments. Moi, je retournai à Choroní, pour me mettre á la tete de nos troupes. La cote était déjà au pouvoir de l’ennemi. Nos soldats s’étaient introduits dans l’intérieur avec le projet de se réunir au général Piar, dans les plaines.

Je retournai à Bonaire, et m’embarquai sur le brig, dont le capitaine est le plus brave homme du monde, et qui certainement mérite plus ma confiance, que ceux qui doutaient de sa fidélité. Je m’embarquai, dis-je, pour aller à la Marguerite; mais avant appris que la flotte espagnole bloquait l’ile, nous déterminâmes á faire route pour Güiria, où commande le général Mariño un petit corps de trois cents hommes. 

J’arrive, je suis reçu avec joie. Le général Mariño m’assure que les troupes sont disposées á aller faire la conquête de la Guavana, conjointement avec le général Piar. Tout était préparé pour exécuter cette entreprise. Cependant le général Bermúdez, mon ancien ennemi, intrigue avec les habitants de Güiria, pour qu’ils ne quittent pas leur pays. II leur fait croire que je vais les sacrifier á mon ambition. Malgré tous les efforts du général Mariño, de ses officiers, et enfin, malgré toutes mes remontrances, ils se refusent de marcher, donnant pour prétexte qu’ils ne peuvent abandonner leurs femmes et leurs enfants á la merci de l’ennemi. Je levai cet obstacle en leur donnant des transports pour leurs femmes et leurs enfants, mais tout est vain; parce qu’ils ne voulaient pas s’exposer aux privations et aux dangers. Le général Piar a sous son commandement, dans les plaines de Maturín, deux ou trois mille nomines qui demandent des armes et des munitions. Le général Sedeño12, est du cote de la Guayana, manquant des mêmes objets. Le général Valdés qui commande cinq mille hommes de la Nouvelle Grenade, dans la province de Barinas, demande les mêmes secours. 

Comme je n’avais que très peu de poudre, et très peu de cartouches, j’ai quitté Güiria pour venir auprès de Votre Excellence, solliciter de nouveaux bienfaits pour ma patrie. Tous les généraux qui commandent à Venezuela, ont reconnu mon autorité, et m’obéissent aveuglement. Le général Mariño est le meilleur de mes amis. Le général Arismendi, n’a d’autre volonté que la mienne. L’attachement du général Piar pour moi est sans borne. J’ai toute ma confiance dans le général Mac Gregor. Les chefs qui commandent les guérillas ont fait une reconnaissance solennelle de mon autorité suprême. II n’y a que le général Bermúdez, qui cherchera à semer la discorde parmi nous, mais comme il est l’ennemi de tous, ils parviendront sans difficulté à le mettre hors d’état de nuire. 

Je proteste [déclare] à V.E., Monsieur le Président, et sur ma parole d’honneur, que j’ai fait le meilleur usage possible de vos bienfaits en faveur de mes concitoyens, et surtout en faveur de cette partie malheureuse qui gémissait dans les fers. La liberté générale des esclaves fut proclamée sans la moindre restriction, et partout où nos armes ont pénétré, le joug a été brisé, la nature et l’humanité ont recouvré leurs droits. Quand notre expédition n’eut opéré que ce grand bienfait, elle mériterait les éloges les plus justes, et les sacrifices que nous lui avons consacrés ne seraient pas tout á fait perdus. Nous avons donné un grand exemple á l’Amérique du Sud. Cet exemple sera suivi de tous les peuples qui combattent pour l’indépendance. Haïti ne sera plus isolée parmi ses frères. On trouvera la libéralité et les principes d’Haïti dans toutes les contrées du Nouveau Monde. 

Dans l’état où je suis, oserais-je aspirer á votre protection? oui!, Monsieur le Président. J’espère que vous me m’abandonnerez pas au destin qui m’accable; V.E. est assez magnanime pour continuer ses magnificences envers ma patrie. Si elle ne peut plus rien obtenir de vous, j’ose au moins me flatter que V.E. m’accordera les moyens qui seront en son pouvoir, afin que je puisse me transporter aux Etats-Unis d’Amérique, ou à Londres, ou au Mexique, ou à Buenos Aires, pour solliciter une protection quelconque, à l’effet de délivrer Venezuela et la Nouvelle Grenade [Colombie]. 

J'abuse sans doute des bontés dont vous avez daigné m’honorer. Mais, si V.E. connaissait ma situation, elle ne serait pas étonnée de mon importunité. Elle est forcée par un empire invincible: celui de la nécessité. J’attends ici la réponse de V.E., comme le dernier décret de mon existence politique. J’ai l’honneur de prier Monsieur le Président, d’agréer l’assurance des sentiments respectueux avec lesquels je suis de V.E., le très humble et obéissant serviteur. 

Bolívar 

P.S: J’ai l’honneur de prévenir Monsieur le Président, que j’ai rendu compte exact de ma conduite et des succès de notre expédition à S.E. dans toutes les circonstances; j’ignore si les lettres sont parvenues á V.E., puisque je n’ai reçu aucune réponse.

Certifié conforme à l’original.

Le Secrétaire Général B. Inginac.


TRADUCCIÓN


A bordo del bergantín "Indio Libre" en Jacmel, a 4 de septiembre de 1816.

A S.E. el Presidente de Haití.

Señor Presidente:

Tengo el honor de anunciar a V. E. mi llegada aquí, después de haber hecho cuanto dependía de mí para dar la libertad a los habitantes de la Costa Firme; pero, desgraciadamente, una cadena de circunstancias casi inexplicables, me ha reducido a la situación de regresar al asilo de los hombres libres, y colocarme bajo la protección del más magnánimo de los jefes republicanos del Nuevo Mundo. Confiando en la elevación del carácter de V.E., me he atrevido a presentarme por segunda vez en Haití. Si V.E. estuviera dotado de un espíritu menos sublime, yo temería verme abrumado de reproches, y tal vez más aún: porque el mundo no juzga los sucesos y los hombres sino por el resultado, sin indagar las verdaderas causas que han producido el bien o el mal. No abusaré de la indulgencia de V.E. haciéndole una larga relación; pero me veo obligado a informar a V.E. acerca de algunos episodios de nuestra expedición, a fin de borrar las falsas impresiones con que se hubiera podido predisponer el ánimo de V.E. respecto a mi conducta.

A llegar a Margarita, efectué un reconocimiento de las posiciones enemigas, que se hallaban entonces, como lo están hoy todavía, casi tan bien guarnecidas, por el número de sus tropas, como las posiciones de los republicanos. Era imposible echar a los españoles de la isla, porque [1] aunque nuestras fuerzas eran iguales a las suyas, ellos tenían a su favor fortificaciones inexpugnables. Por consiguiente, partimos para el continente y llegamos a Carúpano con 150 oficiales, la administración civil, algunos servidores y muy pocos voluntarios. El total montaba a 300 hombres.

Carúpano es un pueblo de la provincia de Cumaná que hubiera podido suministrarme 500 hombres; sin embargo, no pude llegar a reunir 200 porque la tiranía española ha aniquilado cuanto de patriota había en Venezuela; y no ha dejado la existencia sino a seres absolutamente egoístas o partidarios decididos de la causa del rey. Nuestra situación en Carúpano al fin se hizo crítica. Mi columna alcanzaba sólo a 600 hombres, incluyendo un refuerzo enviado por el general Mariño [2] desde Güiria; nuestros enemigos habían concentrado contra nosotros todas sus fuerzas de Cumaná; éstas eran mucho más aguerridas, y su número doblaba por lo menos el de las que yo tenía.

A nuestro almirante [3] lo apuraban constantemente los corsarios, que querían dejarnos en esta costa; (los enemigos tenían ya una escuadrilla de doce velas). Le propongo al almirante salir a batirlos para dejar la mar libre, puesto que él tenía la intención de partir. Me hizo observar que no podía hacerlo, por no tener gente suficiente a bordo de sus buques, por lo cual me resolví a embarcarme con mis soldados para asegurar mejor el éxito de ese combate naval. Al efecto, hice embarcar mis tropas; y además los Mariños recibieron a bordo quinientas mujeres que temían ser degolladas por los realistas. Este incidente dio un pretexto a los señores capitanes de los corsarios para decir que no podían batirse con mujeres a bordo; cuando eran ellos mismos quienes las habían embarcado. Nos hallábamos en alta mar. Los enemigos habían tomado posesión de Carúpano. No podíamos atacar a Cumaná con 600 hombres que componían toda mi fuerza. Era, pues, necesario tomar una decisión. Le propuse al señor Brión que nos llevara a Guayana y rehusó, alegando que ni siquiera tenía suficientes víveres para llegar a Güiria. Volver sobre nuestros pasos significaba perder la poca gente que yo tenía, por la falta de víveres y la grandísima deserción que se había introducido en mis tropas. Hemos sacado todo el partido posible de la costa oriental de Cumaná. Por consiguiente, yo tenía que partir, para ir a una región que nos fuese más favorable, tanto por el espíritu patriótico como por los medios de subsistencia. Escogí como punto de desembarco el pueblo de la costa de Ocumare [4]. Este lugar está situado entre las plazas de Puerto Cabello y la Guaira; pero su posesión me ponía en condiciones de introducirme en el corazón de la capital de Caracas, que es sin duda alguna la región más adicta al sistema republicano. Nuestras tropas se apoderaron de esta famosa posición militar, a la cual me referí cuando tuve el honor de conversar con V.E.; el coronel Soublette [5], comandante de las tropas que ocuparon la Cabrera y Maracay, recibió la orden de fortificarse y de reunir cuantos hombres le fuera posible para aumentar nuestra expedición. Por desgracia, una carta interceptada por dicho coronel decía: "que el general Morales [6] acababa de llegar a los alrededores de Valencia a la cabeza de siete mil hombres”. El hecho es que este general había llegado, pero sólo con 500 hombres, que el coronel Soublette hubiera batido fácilmente. El creyó esta falsa noticia, abandonó las inexpugnables posiciones que ocupaba, y se retiró hacia Ocumare, donde estaba mi cuartel general. Al tomar Soublette la Cabrera, había batido un escuadrón de Húsares de Fernando VII; los restos de este escuadrón, se replegaron hacia el cuerpo del general Morales, quien atacó al coronel Soublette en su retirada; Morales fue rechazado, y el coronel continuó su marcha hasta la cumbre de la montaña, donde tomó posiciones a fin de asegurar sus comunicaciones conmigo. Esta retirada es la causa de nuestras desgracias; porque nos privó del único territorio que hubiera podido proporcionarnos hombres para formar un buen ejército.

Al almirante Brión le faltaban víveres para su escuadrilla; esta causa, unida al descontento de los Mariños deseosos de salir al corso, le dictaba la decisión de separarse de mí; sin embargo, le supliqué con insistencia que permaneciera ocho días en el puerto, tanto para la seguridad de mis armas y municiones, como para efectuar nuestra retirada en caso de desgracia. Le aseguré, además, que si él aguardaba, dentro de ocho días yo tomaría [¿tomaré?] Caracas. El tenía muy buenas razones para irse, puesto que carecía de víveres. Así, pues, su escuadrilla se dio a la vela, dejándome el parque en la playa. Este depósito era demasiado valioso para nuestra empresa, para que lo dejara sin una fuerte custodia. Yo no la tenía. La formé con los habitantes de la región. En cuanto supe los movimientos retrógrados de mis tropas, me puse en marcha conduciendo conmigo los reclutas que había reunido, pero éstos no llegaron a tiempo para encontrarse en el ataque que los españoles nos hicieron al día siguiente de mi llegada al campo de batalla. Nuestras posiciones eran excelentes, pero el enemigo era más numeroso y aguerrido que nuestras tropas, las cuales apenas sabían manejar el fusil; la victoria se decidió por los españoles, que se condujeron en esta acción con la mayor audacia. Nos vimos obligados a replegarnos sobre Ocumare, reducida nuestra columna por las pérdidas a 300 hombres. Ordené marchar hacia Choroní, otro lugar de la costa, en donde habíamos reunido doscientos hombres, ex-esclavos a los que acabábamos de dar la libertad. Como no tenía caballos para transportar nuestras armas y municiones, recurrí al bergantín Indio Libre, que habíamos apresado en Carúpano, y a otras dos goletas mercantes que se encontraban en el puerto. Por estar armado el bergantín, ordené al mayor general de marina, Villeret [7] embarcarlo todo; pero él me hizo observar que no tenía ninguna confianza en el capitán [8], porque había tenido altercados muy desagradables con el almirante Brión, de quien era enemigo personal y quería quitarle el bergantín; me propuso ponerlo todo en los buques mercantes, más bien que a bordo del Indio Libre, cuyo capitán hubiera podido apoderarse de todas nuestras armas y municiones. Dejé hacer a Villeret, en quien teníamos entera confianza, y al cual el señor Brión había dejado el mando de la marina durante su ausencia. Llega la noche del día de nuestra derrota, y Villeret se embarca, después de haber puesto a bordo de los buques mercantes la mayor parte de nuestros efectos, y dejando en tierra, antes que embarcarlos en el bergantín, más de mil fusiles y una parte de nuestra pólvora. Yo lo hice llamar: él me contesta que no puede venir, porque quieren dejarlo en tierra, que además no puede fiarse en nada del capitán; e inmediatamente se dio a la vela.

Me encuentro en una situación desesperada, rodeado de enemigos por todas partes, sin poder conservar siquiera el puerto de Ocu-mare, porque no tiene defensa, y nuestras fuerzas estaban casi aniquiladas por la deserción y por las pérdidas sufridas en el combate; además, según las apariencias, me hubiese quedado sin armas ni municiones, y en consecuencia me habría visto obligado a convertirme en un simple guerrillero, a la cabeza de los pocos soldados que me hubieran permanecido fieles, en medio de tantos enemigos. Esta situación no me convenía. Viendo que Villeret estaba decididamente resuelto a no venir, me embarqué yo también, con el objeto de impedir, si fuera posible, que se nos escaparan nuestros recursos militares. Nos quedamos toda la noche ante el puerto. Muy temprano en la mañana, nuestro capitán ordenó a los dos transportes que lo siguiesen hacia la costa de Choroní, a donde debíamos dirigirnos. Los transportes fingen seguirnos, y toman la ruta de Bonaire. Les dimos caza, les disparamos algunos cañonazos para obligarlos a seguirnos. Fue en vano: estaban decididos a irse, y apagarse ellos mismos una cantidad que el gobierno les debía, por unos víveres que habíamos comprado. Como se les había ofrecido la cuarta parte de los objetos que salvasen, querían apoderarse de todo. La noche se acercaba; juzgué prudente no exasperar a los transportes por temor de que en la obscuridad nos abandonaran del todo. Llegamos a Bonaire, donde tuvimos infinitas dificultades, aun después de haber llegado Brión con su escuadrilla, para recuperar nuestras armas y municiones. Brión las tomó y las guardó a bordo de sus buques. Yo regresé a Choroní para ponerme a la cabeza de nuestras tropas. La costa estaba ya en poder del enemigo. Nuestros soldados se habían internado en el país, con el proyecto de reunirse al general Piar [9] en los llanos. Regresé a Bonaire y me embarqué en el bergantín, cuyo capitán es el hombre más honrado del mundo y ciertamente merece más mi confianza que quienes dudaban de su fidelidad. Me embarqué, digo, para ir a Margarita, pero habiendo sabido que la flota española bloqueaba la isla, determinamos [10] hacer rumbo a Güiria, donde manda el general Mariño un pequeño cuerpo de 300 hombres.

Llego, y soy recibido con alegría. El general Mariño me asegura que las tropas están dispuestas a marchar a la conquista de Guayana conjuntamente con el general Piar. Todo estaba preparado para ejecutar esta empresa. Sin embargo, el general Bermúdez [11], mi antiguo enemigo, intriga con los habitantes de Güiria, para que no salgan de su región. Les hace creer que voy a sacrificarlos a mi ambición. A pesar de todos los esfuerzos del general Mariño, de sus oficiales, y en fin, a pesar de todas mis exhortaciones, rehúsan marchar, dando por pretexto que no pueden abandonar a sus mujeres e hijos a merced del enemigo. Elimino este obstáculo facilitándoles transportes para sus mujeres e hijos, pero todo es inútil, porque no querían exponerse a las privaciones y a los peligros. El general Piar tiene bajo su mando en los llanos de Maturín a dos o tres mil hombres, que piden armas y municiones. Al general Sedeño [12], que está por la parte de Guayana, le faltan esos mismos objetos. El general Valdés [13], que manda 5.000 hombres de la Nueva Granada en la provincia de Barinas, pide los mismos recursos. Como yo no tenía sino muy poca pólvora y muy pocos cartuchos, he salido de Güiria para venir cerca de V.E. a solicitar nuevos favores para mi Patria. Todos los generales que tienen mando en Venezuela han reconocido mi autoridad y me obedecen ciegamente. El general Mariño es el mejor de mis amigos. El general Arismendi [14] no tiene otra voluntad que la mía. La adhesión del general Piar hacia mí no tiene límites. Tengo entera confianza en el general Mac Gregor [15]. Los jefes que mandan las guerrillas [16] han reconocido solemnemente mi autoridad suprema. No queda sino el general Bermúdez, quien tratará de sembrar la discordia entre nosotros; pero como es el enemigo de todos, lograrán impedir sin dificultad que pueda causar daño alguno.

Declaro a V.E., señor Presidente, y bajo mi palabra de honor, que yo he hecho el mejor uso posible de la ayuda con que me favoreció para mis conciudadanos, y sobre todo en favor de aquella desgraciada porción que gemía en las cadenas. La libertad general de los esclavos fue proclamada sin la menor restricción, y en todas partes donde han penetrado nuestras armas, el yugo ha sido roto, la naturaleza y la humanidad han recobrado sus derechos. Aun cuando nuestra expedición no hubiera producido más que esta obra eminentemente benéfica, merecería los elogios más justos, y los sacrificios que le hemos consagrado no estarían del todo perdidos. Hemos dado un grande ejemplo a la América del Sur. Este ejemplo será seguido por todos los pueblos que combaten por la independencia. Haití ya no permanecerá aislado entre sus hermanos. Se encontrarán la liberalidad y los principios de Haití en todas las regiones del Nuevo Mundo. En el estado en que me hallo ¿podré aspirar a la protección de V.E.? ¡sí, señor Presidente! Confío en que V.E. no me abandonará al destino que me abruma. V.E. es suficientemente magnánimo para continuar sus generosidades hacia mi Patria. Si ella no puede obtener más nada de V.E., al menos me atrevo a confiar en que V. E. me facilitará los medios que estén a su alcance para que pueda trasladarme a los Estados Unidos de América, o a Londres, o a Méjico, o a Buenos Aires, para solicitar alguna protección con el objeto de libertar a Venezuela1 y a la Nueva Granada. Abuso sin duda de las bondades con que V.E. se ha dignado honrarme. Pero si V.E. conociese mi situación, no encontraría extraña mi importunidad. Me fuerza a ella un imperio invencible: el de la necesidad. Aguardo aquí la respuesta de V.E. como el postrer decreto de mi existencia política.

Tengo el honor de rogarle, señor Presidente, que acepte los sentimientos respetuosos con que soy de V.E. muy humilde y obediente servidor.

BOLÍVAR.

P.D. Tengo el honor de avisarle, señor Presidente, que he dado a V.E. exacta cuenta de mi conducta y de los acontecimientos de nuestra expedición en todas las circunstancias; ignoro si esas cartas han llegado a manos de V.E. porque no he recibido respuesta alguna.

Certificado conforme al original. El Secretario General, B. Inginac

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