lundi 30 août 2021
Alors qu'étaient convoqués les États généraux de 1789 en France, les habitants d'un petit village de Haute-Saône en France du nom de Champagney, rédigeaient un article, le 29e de leur cahier de doléances, pour fustiger l'esclavage pratiqué dans les colonies françaises et réclamer son abolition pure et simple. Le document est connu sous le nom de "Vœu de Champagney". Nous partageons in extenso l'article en question.
Les habitants et communauté de Champagney ne peuvent penser aux maux que souffrent les nègres dans les colonies, sans avoir le cœur pénétré de la plus vive douleur, en se représentant leurs semblables, unis encore à eux par le double lien de la religion, être traités plus durement que ne le sont les bêtes de somme. Ils ne peuvent se persuader qu'on puisse faire usage des productions des dites colonies si l'on faisait réflexion qu'elles ont été arrosées du sang de leurs semblables : ils craignent avec raison que les générations futures, plus éclairées et plus philosophes, n'accusent les Français de ce siècle d'avoir été anthropophages, ce qui contraste avec le nom de français et encore plus celui de chrétien. C'est pourquoi, leur religion leur dicte de supplier très humblement Sa Majesté de concerter les moyens pour, de ces esclaves, faire des sujets utiles au royaume et à la patrie.
Nota : Champagney comptait 3 766 habitants en 2018.
samedi 28 août 2021
Par Jean Casimir.[1]
Dans "Peau noire, masques blancs", Frantz Fanon affirme que parler une langue, c'est s'approprier un monde, une culture (1952 : 50). Bien qu'il y ait des Haïtiens qui parlent français, ils ne sont pas nombreux. Le peuple haïtien n'a jamais habité cette langue.
Le créole et le français haïtiens apportent avec eux deux expériences contrastées. La première se nourrit des intentions d'un empire qui, lorsqu'il s'est retiré de sa colonie, a laissé une oligarchie en charge du projet social qu'il n'a pas pu mener à bien. La seconde, en revanche, articule les institutions nécessaires à la survie de l'ensemble national.
Pour peupler la colonie et reproduire sa population, la France lui fournit des "nouveaux noirs". La "perle des Antilles" abritait des personnes marquées comme du bétail, traitées plus durement que des animaux de ferme. Ses oligarchies se targuent de diriger la plus grande, la plus peuplée et la plus pacifique des sociétés de plantation (Dubois et Garrigus, 2006).
Privilèges assumés
Le pouvoir métropolitain était exercé dans une langue ignorée par la population. Les classes intermédiaires, celles que l'on appelle les "petits blancs" et les affranchis[2], prétendent parler couramment le français, alors qu'en métropole, seule une infime minorité le parle. Ces fonctionnaires ont appliqué les directives de l'administration publique, sans altérer la culture responsable de leur vie privée. Les "Jacobins noirs" sont issus de ces classes. Les colonies dans lesquelles ils prédominent servent l'hégémonie française, et l'ambiguïté de leurs efforts pour détruire l'esclavage leur vaut le mépris de la résistance africaine[3].
La vie privée dans les zones urbaines, comme ailleurs, adhérait à l'approche africaine[4] (Madiou, V : 107), mais la vie publique était largement contestée par la population rurale et montagnarde. Parmi les combattants des guerres d'indépendance, il n'y avait que "...quelques hommes de cœur choisi et d'une certaine éducation qui avaient grandi dans les villes" (Madiou, VI : 455). Ainsi, à l'arrivée de l'armée expéditionnaire, Toussaint ordonne l'incendie de ces centres, et Dessalines écrit dans la Constitution la nécessité d'anéantir les villes à la première alerte.
Cette tradition sous-tendait la vie quotidienne et s'épanouissait dans les ateliers et les dokos[5] chez les "nouveaux noirs" et les habitants de l'intérieur du pays. Cependant, l'opposition apparente entre secteurs ruraux et urbains ou entre bossales et criollos[6] est superflue. La contradiction naît des comportements dans la sphère publique parrainés par l'empire, qui sont remis en cause par les comportements régissant la vie privée. Dans le premier espace, la métropole sème les privilèges dérivés de son droit de conquête, tandis que dans le second, les relations communautaires de réciprocité, de solidarité, d'affection et de partage égalitaire évoluent. Lorsque l'empire se retire visiblement, les oligarchies camouflent les innovations locales aux racines africaines, tandis que les opprimés ne se préoccupent pas trop des choix des classes que la métropole considère comme dominantes.
Deux mémoires, deux langues et un seul État
La langue impériale circonscrit un monde qui n'englobe pas la vie quotidienne de la population. Elle anime la bureaucratie gouvernementale et les relations commerciales et politiques avec le monde extérieur. Sa connaissance n'était pas souhaitée, mais il fallait se protéger de ses instructions coloniales (De Vastey, 1814).
A partir de 1789, la conversion des captifs en esclaves submerge les forces françaises. Les victimes ont géré leur intraculturation dans le sens inverse. La violence métropolitaine correspond à l'extension de son pouvoir, à l'efficacité de sa manipulation des instructions coloniales et à l'annulation des sanctions prévues. La violence irrationnelle est combattue avec succès, les armées rebelles contrôlent des zones d'influence de plus en plus larges et la population est convaincue de la faisabilité de la liberté sans frontières.
Deux mémoires distinctes se développent : celle des mandats coloniaux repris par le gouvernement, les affranchis et les " jacobins noirs ", et celle de leur dépassement par les communautés opprimées. L'articulation de ces souvenirs forme l'état d'Haïti lui-même.
La langue créole
Les pratiques de protestation ont été institutionnalisées en créole. La société civile l'utilise comme un bouclier contre les intimidations des autorités. Sa vision décoloniale, structurée au cœur de la modernité, annihile le concept d'esclave compris comme une marchandise humaine, et le remplace par celui de personne ou d'être humain[7] . L'individu ainsi créé s'établit comme un habitant et s'isole des affranchis, catégorie sociale colonisée.
De l'émancipation générale à la déclaration d'indépendance, la résurgence de la guerre et la fin de l'agriculture d'exportation ont facilité le développement de nouvelles pratiques sociales (Debien, 1949), une connaissance mutuelle des captifs ainsi que l'expérience des limites du système colonial. L'économie domestique, les relations familiales et les relations avec la nature ont été structurées. La traite des esclaves, le commerce international, l'utilité de la famille mononucléaire et le travail aliéné sont mis à l'épreuve. Le créole, la langue dans laquelle le peuple pense (Geertz 1973 : 44), commence à être standardisé, servant de soupape d'échappement à la colonialité.
La portée de
la nation
La coexistence des deux cultures expose l'incapacité de chacune à maîtriser sa réalité contradictoire. Ils soulignent le caractère inachevé de la colonisation et de la résistance. La vie publique et privée s'écoule dans une négociation sans fin entre les solutions locales et les exigences impériales. Le colon prend d'assaut une souveraineté qui le renie, malgré les coûts de son impossible destruction. La distance entre les langues se superpose à celle qui sépare la colonisation de l'indépendance. C'est aux attaqués de codifier le processus par lequel ils construisent leur pouvoir et d'en prendre conscience.
La recherche de la ré-existence définit les Haïtiens comme des acteurs décoloniaux. Leur culture sape les cadres de pensée proposés par les oppresseurs. Mais le conflit insoluble avec la langue française retarde le développement d'un État indépendant. La gestion inadéquate par les créolophones de la relation entre leurs deux langues et leurs cultures respectives les empêche d'avancer sur la voie qu'ils ont choisie, qu'il s'agisse de l'indépendance ou du colonialisme.
C'est en créole que se décantent les modèles de comportement les plus appropriés pour éviter les pièges du colonialisme. Ce langage promeut la cohésion et la solidarité, un système social innovant entouré par la communauté internationale, qui insiste pour faire revivre la validité de manières monstrueuses de voir et de gérer la réalité, réduisant ainsi à néant nos avancées sur la colonialité.
Le créole émerge des interrelations entre les couches sociales les plus exploitées du bassin de l'océan Atlantique. Ces personnes marginalisées ont été les premiers socialisateurs des captifs de Saint-Domingue. L'arrivée de ces derniers en nombre croissant les a amenés à monopoliser la lutte anticoloniale et son langage. Le croisement des privilèges supposés distribués par l'empire et la fragilité initiale des comportements décoloniaux alimente les hésitations des colonisés, jusqu'à la dernière décennie du siècle où la France se révèle impuissante face à l'armée indigène[8]. Les tentatives de cette armée d'utiliser la langue locale dans ses proclamations témoignent des liens entre les couches urbaines, la main-d'œuvre captive, les sociétés insurgées et leurs armées.
Le créole haïtien a fleuri au milieu des chaînes de l'esclavage comme l'expression d'une liberté sans frontières. Nous y trouvons les moyens par lesquels la nation naissante a cherché à transcender la propriété privée et son axe dans la famille nucléaire. Dans le même mouvement, le droit de conquête et la racialisation des rapports humains sont annihilés en étant vidés de leur sens.
Bien avant l'indépendance, la langue créole est devenue une marque d'identité. En 1809, Descourtilz nous rappelle que : "[Dessalines] réprimanda très sévèrement le fils d'un propriétaire des Gonaïves, un créole de Saint-Domingue, qui croyait lui parler un bon français : "Tiens-toi à ta langue, lui dit-il, et regarde-le avec dédain, quel besoin as-tu d'en employer une autre ? "[9] Dans cette réponse spontanée, Dessalines définit la nation naissante. Le langage révèle la puissance d'agir et la volonté des opprimés de revenir à l'existence, sans autres limites que celles qu'ils se sont fixées.
Jean Casimir
Traduction Julie Jaroszewski
Publiée en espagnol dans la revue 553-Août 2021 « Haiti mas alla de los mitos » Editions ALAI
[1] Version abrégée d'une présentation faite lors de la Journée internationale de la langue créole, le 28 octobre 2016, au Centre d'études latino-américaines et caribéennes du Centre John Hope Franklin de l'Université Duke, en Caroline du Nord.
[2] N de T : En français, dans l'original, blancs manants et affranchis, catégories ethno-classistes de l'époque coloniale. La première correspond aux Blancs "pauvres" nés à Saint-Domingue ou dans d'autres territoires coloniaux français, qui ne possédaient ni plantations ni esclaves au-delà du service domestique. Le second était utilisé pour désigner péjorativement les mulâtres, mais pouvait également inclure les Noirs affranchis : il s'agissait de classes moyennes qui en sont venues à détenir une richesse et un pouvoir politique considérables.
[3] Debien (1949:364) cite, par exemple, les projets formulés par Biassou, Jean-François, les deux Guiambois, Careau, Despinville, Jean-Pineau et Jacinthe.
[4] N.T. : Guinéen, dans l'original.
[5] Un doko est l'équivalent de ce que l'on appelle dans d'autres pays des manieles, des quilombos, des palenques, des sociétés libres de village ou de brousse.
[6]N. de T : A Saint-Domingue, le terme "bossal" désigne les esclaves "nouveaux", récemment emmenés d'Afrique, tandis que le terme "créoles" désigne ceux nés dans la colonie même.
[7] Moun dans le créole d'origine, dérivé de muntu qui signifie personne dans la langue bantoue.
[8] N.T. : "Armée indigène" est le nom donné par les révolutionnaires à la force militaire qui a entamé le processus d'indépendance. Son nom provient du processus d'identification des masses asservies avec les peuples indigènes Taino et Arawak, pratiquement exterminés à leur arrivée dans la colonie française de Saint-Domingue.
[9] M. E. Descourtilz, Voyages d'un naturaliste et ses observations, Tome troisième, Paris, Dufart, père, Librai-réd., 1809, p. 281.
Bibliographie
De Lacroix, Pamphile, Mémoires pour servir à l’histoire de la révolution de Saint-Domingue, Pamphile de Lacroix, avec une carte nouvelle de l’île et un plan topographique de la Crête-à-Pierrot, Paris, Chez Pillet aîné, Imprimeur-Libraire, Tome I, 1819.
De Lattre, Ph. Albert, Campagnes des Français à Saint-Domingue et Réfutation des reproches faits au Capitaine Général Rochambeau, Paris, Locard, Libraire, Arthus-Bertrand, Amand Koenig, 1805.
De Vastey, Pompée V., Baron, Le système colonial dévoilé, Port-au-Prince, Société Haïtienne d’Histoire, de Géographie et de Géologie, 2013 [édition originale : Au Cap Henry, Chez Roux, 1814].
Debien, Gabriel, « Aux origines de l’abolition de l’esclavage », in Revue d’histoire des colonies, tome 36, nos 127-128, troisième et quatrième trimestres 1949, pp. 348-423.
Debien, Gabriel. Des esclaves aux Antilles françaises, Basse-Terre et Fort-de-France, Société d’Histoire de la Guadeloupe et Société d’Histoire de la Martinique, 1974.
Dubois, Laurent et Garrigus, John D., Slave Revolution in the Caribbean, 1789-1804, A Brief History with
Documents, Boston, New York, Bedford/St. Martins, 2006.
Fanon, Frantz, Peau noire, masques blancs, Paris, Editions du Seuil, 1952.
Geertz, Clifford, The Interpretation of Cultures, New York, Basic Books, Inc. Publishers, 1973.
King, Stewart R., Blue Coat or
Powdered Wig, Free People of Color in Pre-Revolutionary Saint-Domingue, Athens
and London, the University of Georgia Press, 2001.
Madiou fils, Thomas, Histoire d’Haïti, Tome II, Au Port-au-Prince, Imprimerie de Jh Courtois, 1848. Prudent, Lambert-Félix, Des baragouins à la langue antillaise, Analyse historique et sociolinguistique du discours sur le créole, Paris, Éditions Caraïbéennes, 1980.
Raymond, Julien, colon de Saint-Domingue, Réflexions sur les véritables causes des troubles et des désastres de nos colonies, notamment sur ceux de Saint-Domingue ; Avec les moyens à employer pour préserver cette colonie de la ruine totale, Adressées à la Convention Nationale, Paris, Imprimerie des Patriotes, 1793.
jeudi 26 août 2021

mardi 24 août 2021
"Année de l'Agriculture"
La Havane
Fidel,
Je me souviens à cette heure de beaucoup de choses, du moment où je t'ai rencontrée chez Maria Antonia, de quand tu m'as proposé de venir, de toute la tension des préparatifs.
Un jour, ils sont passés en demandant qui devrait être averti en cas de décès et la possibilité réelle de l'événement nous a tous frappés. Alors nous savions que c'était vrai, que dans une révolution on triomphe ou on meurt (si c'est vrai). De nombreux camarades sont restés sur le chemin de la victoire.
Aujourd'hui, tout a un ton moins dramatique parce que nous sommes plus matures, mais le fait se répète. J'ai le sentiment d'avoir accompli la part de mon devoir qui m'a lié à la révolution cubaine sur son territoire et je prends congé de vous, des compañeros, de votre peuple, qui est déjà le mien.
Je démissionne officiellement de mes fonctions à la direction du parti, de mon poste de ministre, de mon grade de commandant, de ma condition de Cubain. Rien de légal ne me lie à Cuba, seulement des liens d'un autre genre qui ne peuvent être rompus comme des rendez-vous.
En racontant ma vie passée, je crois avoir travaillé avec suffisamment d'honnêteté et de dévouement pour consolider le triomphe de la Révolution. Mon seul manque de gravité est de ne pas vous avoir fait confiance dès les premiers instants de la Sierra Maestra et de ne pas avoir compris avec une vitesse suffisante vos qualités de pilote et de révolutionnaire. J'ai vécu des jours magnifiques et j'ai ressenti à vos côtés la fierté d'appartenir à notre peuple dans les jours lumineux et tristes de la crise des Caraïbes. Un homme d'État a rarement brillé plus haut qu'à cette époque, je suis également fier de vous avoir suivi sans hésitation, identifié à votre façon de penser, de voir et d'apprécier les dangers et les principes. D'autres pays du monde réclament l'assentiment de mes modestes efforts. Je peux faire ce qui vous est refusé par votre responsabilité à la tête de Cuba et le moment est venu de nous séparer.
Que je sache que je le fais avec un mélange de joie et de douleur; je laisse ici le plus pur de mes espoirs de bâtisseur et le plus aimé de mes proches... et je laisse un peuple qui m'a admis comme leur fils: cela lacère une partie de mon esprit. Sur les nouveaux champs de bataille, je porterai la foi que vous m'avez inculquée, l'esprit révolutionnaire de mon peuple, le sentiment d'accomplir le plus sacré des devoirs: combattre l'impérialisme où qu'il soit; cela réconforte et guérit amplement toutes les fractures.
Je dis une fois de plus que je dégage Cuba de toute responsabilité, sauf celle qui émane de son exemple. Que si la dernière heure me vient sous d'autres cieux, ma dernière pensée sera pour ce peuple et spécialement pour vous. Que je vous remercie pour vos enseignements et votre exemple et que j'essaierai d'être fidèle aux dernières conséquences de mes actions. Que j'ai toujours été identifié à la politique étrangère de notre Révolution et je le suis toujours. Que, où que je sois, je me sentirai responsable d'être un révolutionnaire cubain et, en tant que tel, j'agirai. Que je ne laisse rien de matériel à mes enfants et à ma femme et je ne suis pas désolé; je suis heureux qu'il en soit ainsi. Que je ne leur demande rien, car l'État leur donnera assez pour vivre et s'éduquer.
J'aurais beaucoup de choses à vous dire, à vous et à notre peuple, mais je pense qu'elles sont inutiles, les mots ne peuvent exprimer ce que je voudrais, et cela ne vaut pas la peine de brouiller les pages.
Jusqu'à la victoire toujours, la Patrie ou à la Mort!
Je vous embrasse avec toute la ferveur révolutionnaire
Che
Traduction : Haitianaute
Version original
"Ano de la agricultura"
La Habana
Fidel:
Me recuerdo en esta hora de muchas cosas, de cuando te conocí en casa de María Antonia, de cuando me propusiste venir, de toda la tensión de los preparativos.
Un día pasaron preguntando a quién se debía avisar en caso de muerte y la posibilidad real del hecho nos golpeó a todos. Después supimos que era cierto, que en una revolución se triunfa o se muere (si es verdadera). Muchos compañeros quedaron a lo largo del camino hacia la victoria.
Hoy todo tiene un tono menos dramático porque somos más maduros, pero el hecho se repite. Siento que he cumplido la parte de mi deber que me ataba a la revolución cubana en su territorio y me despido de ti, de los compañeros, de tu pueblo, que ya es mío.
Hago formal renuncia de mis cargos en la dirección del partido, de mi puesto de ministro, de mi grado de comandante, de mi condición de cubano. Nada legal me ata a Cuba, sólo lazos de otra clase que no se pueden romper como los nombramientos.
Haciendo un recuento de mi vida pasada creo haber trabajado con suficiente honradez y dedicación para consolidar el triunfo revolucionario. Mi única falta de alguna gravedad es no haber confiado más en ti desde los primeros momentos de la Sierra Maestra y no haber comprendido con suficiente celeridad tus cualidades de conductor y de revolucionario. He vivido días magníficos y sentí a tu lado el orgullo de pertenecer a nuestro pueblo en los días luminosos y tristes de la crisis del Caribe. Pocas veces brilló más alto un estadista que en esos días, me enorgullezco también de haberte seguido sin vacilaciones, identificado con tu manera de pensar y de ver y apreciar los peligros y los principios. Otras tierras del mundo reclaman el concurso de mis modestos esfuerzos. Yo puedo hacer lo que te está negado por tu responsabilidad al frente de Cuba y llegó la hora de separarnos.
Sépase que lo hago con una mezcla de alegría y dolor; aquí dejo lo más puro de mis esperanzas de constructor y lo más querido entre mis seres queridos… y dejo un pueblo que me admitió como su hijo: eso lacera una parte de mi espíritu. En los nuevos campos de batalla llevaré la fe que me inculcaste, el espíritu revolucionario de mi pueblo, la sensación de cumplir con el más sagrado de los deberes: luchar contra el imperialismo dondequiera que esté; esto reconforta y cura con creces cualquier desgarradura.
Digo una vez más que libero a Cuba de cualquier responsabilidad, salvo la que emane de su ejemplo. Que si me llega la hora definitiva bajo otros cielos, mi último pensamiento, será para este pueblo y especialmente para ti. Que te doy las gracias por tus enseñanzas y tu ejemplo y que trataré de ser fiel hasta las últimas consecuencias de mis actos. Que he estado identificado siempre con la política exterior de nuestra revolución y lo sigo estando. Que en dondequiera que me pare sentiré la responsabilidad de ser revolucionario cubano y como tal actuaré. Que no dejo a mis hijos y mi mujer nada material y no me apena; me alegro que así sea. Que no pido nada para ellos, pues el Estado les dará lo suficiente para vivir y educarse.
Tendría muchas cosas que decirte a ti y a nuestro pueblo pero siento que son innecesarias, las palabras no pueden expresar lo que yo quisiera, y no vale la pena emborronar cuartillas.
Hasta la victoria siempre, ¡Patria o Muerte!
Te abraza con todo fervor revolucionario
Che
Source : ciudadseva.com
dimanche 22 août 2021
Lettre de l'assemblée générale de Saint-Domingue à la municipalité des Cayes
Du Cap, le 23 Août 1791
MESSIEURS ET CHERS COMPATRIOTES,
Nous nous empressons de vous faire part des cruels et désastreux événemens qui nous arrivent depuis quelques jours. Les nègres esclaves se sont attroupés en nombre considérable; depuis quelques jours, par-tout où ils passent, ils incendient tout, et égorgent tous les blancs qu'ils rencontrent. Ils se saisissent de toutes les armes et s'en servent à cet effet. Les quartiers de l'Acul et de l'Imbé sont le centre de leur scélératesse. Par les différentes dispositions qu'ils ont faites, il paroit que le complot doit être général dans toute la colonie.
Déjà on a fait partir les troupes de ligne et patriotiques, et d'après un rapport qui vient de nous être fait, il vient d'y avoir une attaque où une centaine de nègres ont été tués ; le reste est en fuite, et on les poursuit vivement.
Vous devez sentir la nécessité d'établir la plus exacte surveillance, pour nous garantir du fléau qui nous afflige. Le temps ne nous permet pas de faire part à toutes les paroisses de l'événement dont nous vous donnons les détails. Nous vous invitons à leur faire passer le plus promptement possible copie de la présente. Nous avons l'honneur d'être, etc.
Les membres de l'assemblée générale,
Signé, JOUBERT, président.
HARDIVILLIERS, secrétaire.
Source : Journal Le Mercure universel du samedi 29 octobre 1791
vendredi 20 août 2021
jeudi 19 août 2021
LOI
qui exempte de l'impôt de locatif et foncier et du Droit de Patente, les habitants des Communes qui ont été désolées par les tremblements de terre des 7 mai 1842, et jours suivants.
LE PRÉSIDENT D'HAÏTI a proposé, et LA CHAMBRE DES REPRETANS DES COMMUNES, après la seconde lecture, et après avoir déclaré l'urgence, rend la Loi suivante.
ARTICLE PREMIER
Les habitants des Communes des Gonaïves, du Môle-St.-Nicolas, du Port-de-Paix, du Cap-Haïtien, du Limbé, de Plaisance, de la Petite Rivière, des Verrettes, et ceux de toutes les autres communes de la République, qui ont été dévastées par les tremblements de terre du 7 Mai courant et des jours suivants, seront exempts, jusqu'à nouvelle disposition, de payer l'impôt locatif et foncier et le Droit de patente.
Art. 2. La présente Loi aura son exécution à partir du jour de sa promulgation.
Art. 3. La présente Loi sera expédiée au Sénat, conformément à la Constitution.
Donné en la Chambre des Représentans des communes, au Port-au-Prince, le 18 Mai 1842, an 39e. de l'Indépendance.
Le président de la Chambre, ROQUIROI.
Les Secrétaires,
BIDON Aîné - Ls. Ate. DESROUILLERES
Le Sénat décrète l'acceptation de la Loi qui exempte de locatif et foncier, et du droit de Patente, les habitants des Communes qui ont été désolées par les tremblements de terre des 7 Mai 1842, et jours suivants, laquelle sera, dans les vingt-quatre heures, expédiée au Président d'Haïti, pour avoir son exécution, conformément à la Constitution.
Donné en la Maison Nationale, au Port-au-Prince, au Port-au-Prince, le 23 Mai 1842, an 39e. de l'Indépendance.
Le Président du Sénat,
B. ARDOUIN
Les Secrétaires,
MICHEL, Pre. ANDRÉ
AU NOM DE LA RÉPUBLIQUE
LE PRÉSIDENT D'HAÏTI ordonne que la Loi ci-dessus du Corps Législatif soit revêtue du sceau de la République, publiée et exécutée.
Donné au Palais national du Port-au-Prince, le 24 Mai 1842, an 39e de l'indépendance.
BOYER
Par le Président d'Haïti;
Le Secrétaire général
B. INGINAC
mardi 17 août 2021
Proclamation
Jean-Pierre Boyer, Président d'Haïti
Haïtiens ! Un événement affreux vient de plonger dans le deuil des milliers de familles.
Le 7 de ce mois, un tremblement de terre se fait sentir dans presque toutes les parties de l’île. C'est surtout dans les arrondissements du Nord-Est, du Nord et du Nord-Ouest que les effets en ont été les plus désastreux. La ville du Cap-Haïtien qui, après avoir tant souffert sous le régime de la tyrannie commençait à renaître à la postérité, a été détruite de fond en comble. Plus de la moitié de sa population à péri ; et ceux qui ont échappé à la catastrophe demeurent sans asile, en proie à toutes les souffrances, suites inévitables du fléau qui les a frappés. Au Port-de-Paix, le mal a été presque aussi grand en proportion de l'étendue de la ville et du nombre des habitants. Au Môle, à Saint-Louis du Nord, à Porte- Plate, et dans les autres villes où les secousses ont été les plus violentes, on n’a heureusement à regretter un petit nombre de victimes.
Cette immense calamité a déchiré mon cœur. Pourquoi faut-il que j'ai encore à déplorer encore des excès qui en sont venus combler la mesure ?
Haïtiens ! Vous avez partagé mon indignation, en apprenant qu'il y a eu des hommes assez dépravés, assez inhumains pour exercer le pillage au milieu des convulsions de la nature, et pour rappeler à des familles désolées les dernières ressources qui le restaient dans leur malheur, lorsque la religion comme l'humanité prescrivaient de voler alors à leur secours.
Mais des excès aussi monstrueux appellent, sur les misérables qui les ont commis, la flétrissure et la vindicte publique, combien il est satisfaisant de voir à la vive sympathie que le sort des victimes inspire à la grande généralité de la Nation ! La manifestation de ses sentiments généreux apportera sans doute un adoucissement à tant d’infortunes.
Et vous qui avez survécu à la perte de vos parents, il y a la destruction de vos propriétés, opposez le courage de la résignation a des fléaux qu’aucune puissance humaine ne pouvait ni prévenir ni empêcher. Vos affections sont grandes mais ne vous laissez pas abattre. La sollicitude de la République ne vous abandonnera pas dans votre détresse et s'il n'est pas au pouvoir de l'État de nous rendre ce que vous avez perdu, il fera du moins tout ce qu'il sera possible pour apporter quelques soulagements à vos maux.
Donné au Palais national du Port-au-Prince, le 18 mai 1842, an 39e de l'indépendance.
BOYER
samedi 14 août 2021
KreyolBon Dje ki fè latè. Ki fè solèy ki klere nou anwo. Bon Dje ki soulve lanmè. Ki fè gronde loray. Bon Dje nou ki gen zorèy pou tande. Ou ki kache nan nyaj. Kap gade nou kote ou ye la. Ou wè tout sa blan fè nou sibi. Dje Blan yo mande krim. Bon Dje ki nan nou an vle byen fè. Bon Dje nou an ki si bon, ki si jis, li odone vanjans. Se li kap kondui bra nou pou nou ranpote la viktwa. Se li kap ba nou asistans. Nou tout fèt pou nou jete potre dje Blan yo ki swaf dlo lan zye. Koute vwa la libète kap chante lan kè nou.Français
Le dieu qui créa la terre, qui créa le soleil qui nous donne la lumière. Le dieu qui détient les océans, qui fait gronder le tonnerre. Dieu qui a des oreilles pour entendre. Toi qui es caché dans les nuages, qui nous observe où que nous soyons, tu vois que le blanc nous a fait souffrir. Le dieu de l’homme blanc lui demande de commettre des crimes. Mais le dieu en nous veut que nous fassions le bien. Notre dieu, qui est si bon, si juste, nous ordonne de nous venger de nos préjudices. C’est lui qui dirigera nos armes et nous apportera la victoire. C’est lui qui nous aidera. Nous devrions tous rejeter l’image du dieu de l’homme blanc qui est si impitoyable. Écoutez la voix de la liberté qui chante dans tous nos cœurs.
Source : Mackandal Speaks
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vendredi 13 août 2021
Cet ouvrage a été publié par R. L. Perry en 1913.
mercredi 11 août 2021
lundi 9 août 2021
Cet ouvrage a été écrit par Julien Prévost, Comte de Limonade, sous le règne du Roi Henry Christophe en 1811.
dimanche 1 août 2021

Le 8 octobre, à 2 heures précises, toutes les troupes de la garnison se rendront au Champ-de-Mars, dans le meilleur ordre possible, et se formeront en bataillons carrés.
Un détachement de grenadiers formera aussitôt une haie jusqu'à la maison du commandant général de la division.
A 3 heures, toutes les autorités civiles et militaires s'assembleront chez le gouverneur, et elles se rendront ensuite au Champ-de-Mars, dans l'ordre suivant:
- Un peloton de grenadiers.
- Les instituteurs et un grand nombre de leurs élèves. La députation du corps des artisans, précédée d'un de ses principaux membres.
- Une députation de commerçants étrangers, précédée d'un de ses membres.
- Une députation des commerçants d'Haïti, précédée d'un de ses membres.
- Les juges et les officiers ministériels.
- Les officiers de l'armée attachés à la division.
- Les officiers de la marine militaire.
- L'état-major de la place et celui des environs.
- Les administrateurs et leurs employés.
- Le général commandant les divisions, accompagné de son état-major.
- Un peloton de grenadiers.
En arrivant au Champ-de-Mars, tous les tambours battront une marche, et le cortège approchera d'un amphithéâtre construit à cet effet.
On lira, à haute et intelligible voix, l'acte annonçant la nomination de l'Empereur.
Une salve d'artillerie, qui sera répétée par tous les forts de la ville et par les bâtiments du port, suivra la lecture de l'acte. Alors la cérémonie du couronnement se fera sur un trône élevé au milieu de l'amphithéâtre, et environné de tous les grands de l'empire. La cérémonie sera annoncée par une triple décharge d'artillerie et de mousqueterie. Ensuite, les troupes défileront du côté de l'église, et se rangeront en bataille.
Le cortège, dans l'ordre indiqué ci-dessus, se rendra à l'église, où l'on chantera un Te Deum en actions de grâces de cette journée mémorable.
Pendant le Te Deum, il y aura une autre décharge d'artillerie et de mousqueterie. Après le Te Deum, le cortège retournera dans le même ordre à la maison du général de division.
La fête sera terminée par une grande illumination dans les quartiers de la ville.
Donné au Port-au-Prince, le 6 septembre 1804, la Ire année de l'indépendance.
Le général de division, Signé : PÉTION.









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