vendredi 25 février 2022
Au quartier-général de Laville, le 8 août 1804.
Le gouverneur général, au général Pétion.
Citoyen général,
Je vous salue avec amitié,
dimanche 20 février 2022
Liberté, ou la Mort.
J.-J. Dessalines, gouverneur général,
Aux habitans d’Haïti.
Des forfaits, jusqu’alors inouïs, faisaient frémir la nature, la mesure était à son comble…… Enfin, l’heure de la vengeance a sonné, et les implacables ennemis des droits de l’homme ont subi le châtiment dû à leurs crimes.J’ai levé mon bras, trop longtemps retenu sur leurs têtes coupables. À ce signal, qu’un Dieu juste a provoqué, vos mains, saintement armées, ont porté la hache sur l’arbre antique de l’esclavage et des préjugés. En vain le temps, et surtout la politique infernale des Européens, l’avaient environné d’un triple airain ; vous avez dépouillé son armure, vous l’avez placée sur votre cœur, pour devenir, comme vos ennemis naturels, cruels, impitoyables. Tel qu’un torrent débordé qui gronde, arrache, entraîne, votre fougue vengeresse a tout emporté dans son cours impétueux. Ainsi périsse tout tyran de l’innocence, tout oppresseur du genre humain !
Quoi donc ! courbés depuis des siècles sous un joug de fer, jouets des passions des hommes, de leur injustice et des caprices du sort ; victimes mutilées de la cupidité des blancs français, après avoir engraissé de nos sueurs ces sangsues insatiables, avec une patience, une résignation sans exemple, nous aurions encore vu cette horde sacrilège attenter à notre destruction, sans distinction de sexe ni d’âge ; et nous, hommes sans énergie, sans vertu, sans délicatesse, nous n’aurions pas plongé dans leur sein nos bras désespérés ! Quel est ce vil Haïtien, si peu digne de sa régénération, qui ne croit point avoir accompli les décrets éternels en exterminant ces tigres altérés de sang ? S’il en est un, qu’il s’éloigne, la nature indignée le repousse de notre sein ; qu’il aille cacher sa honte loin de ces lieux : l’air qu’on y respire n’est point fait pour ses organes grossiers ; c’est l’air pur de la liberté, auguste et triomphante.
Oui, nous avons rendu à ces vrais cannibales guerre pour guerre, crimes pour crimes, outrages pour outrages. Oui, j’ai sauvé mon pays, j’ai vengé l’Amérique. Mon orgueil et ma gloire sont dans l’aveu que j’en fais à la face des mortels et des dieux. Qu’importe le jugement que prononceront sur moi les races contemporaines et futures ? J’ai fait mon devoir, ma propre estime me reste, il me suffit. Mais, que dis-je ? La conservation de mes malheureux frères, le témoignage de ma conscience, ne sont pas ma seule récompense ; j’ai vu deux classes d’hommes nés pour s’aimer, s’entr’aider, se secourir, mêlées enfin et confondues ensemble, courir à la vengeance, se disputer les premiers coups.
Noirs et jaunes, que la duplicité raffinée des Européens a cherché si longtemps à diviser ; vous qui ne faites aujourd’hui qu’un même tout, qu’une seule famille, n’en doutez pas, votre parfaite réconciliation avait besoin d’être scellée du sang de vos bourreaux. Mêmes calamités ont pesé sur vos têtes proscrites, même ardeur à frapper vos ennemis vous a signalés, même sort vous est réservé, mêmes intérêts doivent donc vous rendre à jamais unis, indivisibles, inséparables. Maintenez cette précieuse concorde, cette heureuse harmonie parmi vous ; c’est le gage de votre bonheur, de votre salut, de vos succès ; c’est le secret d’être invincibles.
Faut-il, pour resserrer ces nœuds, vous retracer le cours des atrocités commises contre notre espèce ; le massacre de la population entière de cette île, médité dans le silence et le sangfroid du cabinet ; l’exécution de ce projet, à moi proposée sans pudeur, et déjà entamée par les Français avec ce front calme et serein accoutumé à de pareils forfaits ; la Guadeloupe saccagée et détruite ; ses ruines encore fumantes du sang des enfans, des femmes et des vieillards passés au fil de l’épée ; Pelage lui-même, victime de leur astuce, après avoir lâchement trahi son pays et ses frères ; le brave et immortel Delgresse, emporté dans les airs avec les débris de son fort plutôt que d’accepter des fers ? Guerrier magnanime ! ton noble trépas, loin d’étonner notre courage, ne fait qu’irriter en nous la soif de te venger ou de te suivre. Rappellerai-je encore à votre souvenir les trames tout récemment ourdies à Jérémie ; l’explosion terrible qui devait en résulter, malgré le pardon généreux accordé à ces êtres incorrigibles, à l’expulsion de l’armée française ; leurs émissaires leur ont répondu à propos dans toutes les villes pour susciter une nouvelle guerre intestine ; le sort déplorable de nos frères déportés en Europe ; enfin, le despotisme effroyable, précurseur de la mort, exercé à la Martinique ? Infortunés Martiniquais ! que ne puis-je voler à votre, secours et briser vos fers ! Hélas ! un obstacle invincible nous sépare…… Mais peut-être une étincelle du feu qui nous embrase jaillira dans votre âme ; peut-être, au bruit de cette commotion, réveillés en sursaut de votre léthargie, revendiquerez-vous, les armes à la main, vos droits, sacrés et imprescriptibles.
Après l’exemple terrible que je viens de donner, que tôt ou tard la justice divine déchaîne sur la terre de ces âmes fortes, au-dessus des faiblesses du vulgaire, pour la perte et l’effroi des méchans, tremblez, tyrans, usurpateurs, fléaux du Nouveau-Monde ; nos poignards sont aiguisés, vos supplices sont prêts ! Soixante mille hommes, équipés, aguerris, dociles à mes ordres, brûlent d’offrir un nouvel holocauste aux mânes de leurs frères égorgés. Qu’elle vienne, cette puissance assez folle pour oser m’attaquer ! Déjà, à son approche, le génie irrité d’Haïti, sorti du sein des mers, apparaît ; son front menaçant soulève les flots, excite les tempêtes ; sa main puissante brise ou disperse les vaisseaux ; à sa voix redoutable, les lois de la nature obéissent ; les maladies, la peste, la faim dévorante, l’incendie, le poison, volent à sa suite… Mais pourquoi compter sur le secours du climat et des élémens ? Ai-je donc oublié que je commande à des âmes peu communes, nourries dans l’adversité, dont l’audace s’irrite des obstacles, s’accroît par les dangers ? Qu’elles viennent donc, ces cohortes homicides ; je les attends de pied ferme, d’un œil fixe. Je leur abandonne s’ans peine le rivage et la place où les villes ont existé ; mais malheur à celui qui s’approchera trop près des montagnes ! Il vaudrait mieux pour lui que la mer l’eût englouti dans ses profonds abîmes, que d’être dévoré par la colère des enfans d’Haïti.
Guerre à mort aux tyrans ! voilà ma devise ; liberté, indépendance ! voilà notre cri de ralliement.
Généraux, officiers, soldats ; peu semblable à celui qui m’a précédé, à l’ex-général Toussaint Louverture, j’ai été fidèle à la promesse que je vous ai faite en prenant les armes contre la tyrannie ; et tant qu’un reste de souffle m’animera, je le tiendrai, ce serment : Jamais aucun colon ni Européen ne mettra le pied sur ce territoire à titre de maître ou de propriétaire. Cette résolution sera désormais la base fondamentale de notre constitution.
Que d’autres chefs, après moi, creusent leur tombeau et celui de leurs semblables, en tenant une conduite diamétralement opposée à la mienne ; vous n’en accuserez que la loi inévitable du destin qui m’aura enlevé au bonheur et au salut de mes concitoyens. Mais, puissent mes successeurs suivre la marche que je leur aurai tracée ! C’est le système le plus propre à consolider leur puissance : c’est le plus digne hommage qu’ils pourront rendre à ma mémoire.
Comme il répugne à mon caractère et à ma dignité de punir quelques innocens des fautes de leurs semblables, une poignée de blancs, recommandables par la religion qu’ils ont toujours professée, qui, d’ailleurs, ont prêté serment de vivre avec nous dans les bois, a éprouvé ma clémence. J’ordonne que le glaive les respecte, et qu’on ne porte aucune atteinte à leurs travaux ni à leur conservation.
Je recommande de nouveau, et j’ordonne à tous les généraux de départemens, commandans d’arrondissemens et de places, d’accorder secours, encouragement et protection aux nations neutres et amies qui voudront établir avec cette île des relations commerciales.
Fait au quartier-général du Cap, le 28 avril 1804, an 1er de l’indépendance.
Signé : Dessalines.
Pour copie conforme : le Secrétaire général,
Signé : Juste Chanlatte
samedi 19 février 2022
Le gouverneur général,
À tous qu’il appartiendra, salut.
Le citoyen N…… nous ayant manifesté le désir qu’il avait de participer aux bienfaits de notre gouvernement, et désirant, à cet effet, obtenir des lettres de naturalisation ;
Après nous être convaincu de la religion (politique), des mœurs et des vertus civiques du citoyen N……
Serment prêté entre nos mains de renoncer à jamais à la France, de vivre et de mourir sous les lois émanées de notre autorité, de ne jamais rien entreprendre directement ni indirectement contre notre puissance légitime, et de contribuer de toutes ses forces, de tous ses moyens, à la conservation et à la prospérité de l’île d’Haïti dont il devient par ces présentes l’enfant adoptif et le membre intéressé ;
Voulant traiter favorablement ledit exposant ;
Déclarons par ces présentes admettre au nombre des Enfans d’Haïti, le citoyen N…… Voulons et entendons qu’il soit reconnu pour tel et qu’il jouisse, sans acception de couleur, des mêmes droits et prérogatives que les naturels du pays.
En foi de quoi lui avons délivré ces présentes, pour lui servir et valoir à ce que de raison ; et pour notre décision sortir son plein et entier effet dans tous les lieux soumis à notre obéissance.
Donné en notre quartier-général de…… le…… 1804, an 1er de l’indépendance.
Signé : Dessalines
vendredi 18 février 2022
jeudi 17 février 2022
mercredi 16 février 2022
Aux habitans de la ville du Cap.
Citoyens,
(Signé) DESSALINES.
mardi 15 février 2022
Au citoyen Toussaint Louverture, général en chef de l’armée de Saint-Domingue.Citoyen général,La paix avec l’Angleterre et toutes les puissances de l’Europe, qui vient d’asseoir la République au premier degré de puissance et de grandeur, met à même le gouvernement de s’occuper de la colonie de Saint-Domingue. Nous y envoyons le citoyen général Leclerc, notre beau-frère, en qualité de capitaine-général, comme premier magistrat de la Colonie. Il est accompagné de forces convenables pour faire respecter la souveraineté du peuple français. C’est dans ces circonstances que nous nous plaisons à espérer que vous allez nous prouver, et à la France entière, la sincérité des sentimens que vous avez constamment exprimés dans les différentes lettres que vous nous avez écrites.Nous avons conçu pour vous de l’estime, et nous nous plaisons à reconnaître et à proclamer les grands services que vous avez rendus au peuple français ; si son pavillon flotte sur Saint-Domingue, c’est à vous et aux braves noirs qu’il le doit.Appelé par vos talens et la force des circonstances au premier commandement, vous avez détruit la guerre civile, mis un frein à la persécution de quelques hommes féroces, remis en honneur la religion et le culte de Dieu de qui tout émane.La constitution que vous avez faite, en renfermant beaucoup de bonnes choses, en contient qui sont contraires à la dignité et à la souveraineté du peuple français, dont Saint-Domingue ne forme qu’une portion.Les circonstances où vous vous êtes trouvé, environné de tous côtés d’ennemis, sans que la métropole puisse ni vous secourir, ni vous alimenter, oui rendu légitimes les articles de cette constitution qui pourraient ne pas l’être ; mais aujourd’hui que les circonstances ont si heureusement changé, vous serez le premier à rendre hommage à la souveraineté de la nation qui vous compte au nombre de ses plus illustres citoyens par les services que vous lui avez rendus, et par les talens et la force de caractère dont la nature vous a doué. Une conduite contraire serait inconciliable avec l’idée que nous avons conçue de vous. Elle vous ferait perdre vos droits nombreux à la reconnaissance de la République, et creuserait sous vus pas un précipice qui, en vous engloutissant, pourrait contribuer au malheur de ces braves noirs dont nous aimons le courage, et dont nous nous verrions avec peine obligés de punir la rébellion.Nous avons fait connaître à vos enfans et à leur précepteur les sentimens qui nous animaient, et nous vous les renvoyons.Assistez de vos conseils, de votre influence et de vos talens le capitaine-général. Que pouvez-vous désirer ? La liberté des noirs ? Vous savez que dans tous les pays où nous avons été, nous l’avons donnée aux peuples qui ne l’avaient pas. De la considération, des honneurs, de la fortune ? Ce n’est pas après les services que vous avez rendus, que vous pouvez rendre encore dans cette circonstance, avec les sentimens particuliers que nous avons pour vous, que vous devez être incertain sur votre considération, votre fortune, et les honneurs qui vous attendent.Faites connaître aux peuples de Saint-Domingue que la sollicitude que la France a toujours portée à leur bonheur, a été souvent impuissante par les circonstances impérieuses de la guerre ; que les hommes venus du continent pour l’agiter et alimenter les factions étaient le produit des factions qui elles-mêmes déchiraient la patrie ; que désormais la paix et la force du gouvernement assurent leur prospérité et leur liberté. Dites-leur que, si la liberté est pour eux le premier des biens, ils ne peuvent en jouir qu’avec le titre de citoyens français, et que tout acte contraire aux intérêts de la patrie, à l’obéissance qu’ils doivent au gouvernement et au capitaine-général qui en est le délégué, serait un crime contre la souveraineté nationale, qui éclipserait leurs services et rendrait Saint-Domingue le théâtre d’une guerre malheureuse où des pères et des enfans s’entre-égorgeraient. Et vous, général, songez que si vous êtes le premier de votre couleur qui soit arrivé à une si grande puissance, et qui se soit distingué par sa bravoure et ses talens militaires, vous êtes aussi devant Dieu et nous, le principal responsable de leur conduite.S’il était des malveillans qui disent aux individus qui ont joué le principal rôle dans les troubles de Saint-Domingue, que nous venons pour rechercher ce qu’ils ont fait pendant les temps d’anarchie, assurez-les que nous ne nous informerons que de leur conduite dans cette dernière circonstance, et que nous ne rechercherons le passé que pour connaître les traits qui les auraient distingués dans la guerre qu’ils ont soutenue contre les Espagnols et les Anglais, qui ont été nos ennemis.Comptez sans réserve sur notre estime, et conduisez-vous comme doit le faire un des principaux citoyens de la plus grande nation du monde.Paris, le 27 brumaire an 10 (18 novembre 1801).
Le Premier Consul, Bonaparte.
lundi 14 février 2022
Au quartier-général de Saint-Marc, le 20 pluviôse an X (9 février), Le gouverneur général de Saint-Domingue,Au citoyen Dommage, général de brigade, commandant l’arrondissement de Jérémie.J’envoie auprès de vous, mon cher général, mon aide de camp Chancy. Il est porteur de la présente, et il vous dira de ma part ce que je lui ai chargé.Les blancs de France et de la colonie, réunis ensemble, veulent ôter la liberté. Il est arrivé beaucoup de vaisseaux et de troupes qui se sont emparés du Cap, du Port-Républicain et du Fort-Liberté.Le Cap, après une vigoureuse résistance, a succombé ; mais les ennemis n’ont trouvé qu’une ville et une plaine de cendres : les forts ont sauté, et tout a été incendié.La ville du Port-Républicain leur a été livrée par le traître général de brigade Agé, ainsi que le fort Bizotons, qui s’est rendu sans coup férir, par la lâcheté et la trahison du chef de bataillon Bardet, ancien officier du Sud. Le général de division Dessalines maintient dans ce moment un cordon à la Croix-des-Bouquets, et toutes nos autres places sont sur la défensive.Comme la place de Jérémie est très forte par les avantages de la nature, vous vous y maintiendrez et la défendrez avec le courage que je vous connais. Méfiez-vous des blancs ; ils vous trahiront, s’ils le peuvent ; leur désir bien manifesté est le retour à l’esclavage.En conséquence, je vous donne carte blanche ; tout ce que vous ferez sera bien fait. Levez en masse les cultivateurs, et pénétrez les bien de cette vérité : — qu’il faut se méfier des gens adroits qui pourraient avoir reçu secrètement des proclamations de ces blancs de France, et qui les feraient circuler sourdement pour séduire les amis de la liberté.Je donne l’ordre au général de brigade Laplume de brûler la ville des Cayes, les autres villes et toutes les plaines, dans le cas qu’il ne pourrait résister à la force de l’ennemi ; et alors toutes les troupes des différentes garnisons, et tous les cultivateurs iraient vous grossir à Jérémie. Vous vous entendrez parfaitement avec le général Laplume pour bien faire les choses ; vous emploierez à planter des vivres en grande quantité toutes les femmes cultivatrices.Tâchez, autant qu’il sera en votre pouvoir, de m’instruire de votre position. Je compte entièrement sur vous, et vous laisse absolument le maître de tout faire pour nous soustraire au joug le plus affreux.Bonne santé je vous souhaite. Salut et amitié.Toussaint Louverture.Nota : Cette lettre a été interceptée par les Français, sans parvenir à son destinataire, le général de brigade Dommage. (Etudes sur l'histoire Haïti, Beaubrun Ardouin, tome 5)
dimanche 13 février 2022
Au quartier-général des Gonaïves, le 19 pluviôse an X (8 février).Le gouverneur général de Saint-Domingue,Au général Dessalines, commandant en chef l’armée de l’Ouest.Rien n’est désespéré, citoyen général, si vous pouvez parvenir à enlever aux troupes de débarquement les ressources que leur offre le Port-Républicain. Tâchez, par tous les moyens de force et d’adresse, d’incendier cette place ; elle est construite tout en bois ; il ne s’agit que d’y faire entrer quelques émissaires fidèles. Ne s’en trouvera-t-il donc point sous vos ordres d’assez dévoués pour rendre ce service ? Ah ! mon cher général, quel malheur qu’il y ait eu un traître dans cette ville, et qu’on n’y ait pas mis à exécution vos ordres et les miens !Guettez le moment où la garnison s’affaiblira par des expéditions dans les plaines, et tâchez alors de surprendre et d’enlever cette ville par ses derrières.N’oubliez pas qu’en attendant la saison des pluies qui doit nous débarrasser de nos ennemis, nous n’avons pour ressource que la destruction et le feu. Songez qu’il ne faut pas que la terre, baignée de nos sueurs, puisse fournir à nos ennemis le moindre aliment. Carabinez les chemins, faites jeter des cadavres de chevaux dans toutes les sources ; faites tout anéantir et tout brûler, pour que ceux qui viennent pour nous remettre en esclavage rencontrent toujours devant leurs yeux l’image de l’enfer qu’ils méritent.Salut et amitié, TOUSSAINT LOUVERTURE.Nota : Cette lettre a été interceptée par les Français et apportée au général Boudet. Par conséquent, Dessalines n'a jamais reçu ladite missive (Études sur l'histoire d'Haïti, Beaubrun Ardouin, tome 5)
samedi 12 février 2022
Au quartier général du Cap, le 14 pluviôse an X (5 février)Henri Christophe, général de brigade, commandant l’arrondissement du Cap,
Au général en chef Leclerc,
Votre aide de camp, général, m’a remis votre lettre de ce jour. J’ai eu l’honneur de vous faire savoir que je ne pouvais vous livrer les forts et la place confiés à mon commandement, qu’au préalable j’aie reçu les ordres du gouverneur Toussaint Louverture, mon chef immédiat, de qui je tiens les pouvoirs dont je suis revêtu. Je veux bien croire que j’ai affaire à des Français, et que vous êtes le chef de l’armée appelée expéditionnaire ; mais j’attends les ordres du gouverneur, à qui j’ai dépêché un de mes aides de camp pour lui annoncer votre arrivée et celle de l’armée française ; et jusqu’à ce que sa réponse me soit parvenue, je ne puis vous permettre de débarquer. Si vous avez la force dont vous me menacez, je vous prêterai toute la résistance qui caractérise un général ; et si le sort des armes vous est favorable, vous n’entrerez dans la ville du Cap que lorsqu’elle sera réduite en cendres, et même sur ces cendres, je vous combattrai encore.
Vous dites que le gouvernement français a envoyé à Saint-Domingue des forces capables de soumettre des rebelles, si l’on devait y en trouver : c’est vous qui venez pour en créer parmi un peuple paisible et soumis à la France, d’après les intentions hostiles que vous manifestez ; et c’est nous fournir des argumens pour vous combattre, que de nous parler de rébellion.
Quant aux troupes qui, dites-vous, débarquent en ce moment, je ne les considère que comme des châteaux de cartes que le vent doit renverser.
Comment pouvez-vous me rendre responsable des événemens ? Vous n’êtes point mon chef, je ne vous connais point, et par conséquent, je n’ai aucun compte à vous rendre jusqu’à ce que le gouverneur vous ait reconnu.
Pour la perte de votre estime, général, je vous assure que je ne désire pas la mériter au prix que vous y attachez, puisqu’il faudrait agir contre mon devoir pour l’obtenir.J’ai l’honneur de vous saluer, H. ChristopheNota : Trouvez la lettre du Général Leclerc au Général Henry Christophe en cliquant sur ce lien.
vendredi 11 février 2022
mardi 8 février 2022
Le samedi 9 février, à 6 heures du matin, Boyer inspecta les troupes ; elles étaient dans une tenue admirable. Immédiatement après, le général Borgella pénétra dans l’enceinte de Santo-Domingo par la porte del Conde : il marchait avec son état-major en tête des huit régimens de son corps, défilant par pelotons ; puis venait la garde à pied. Le Président d’Haïti, en costume de colonel, était précédé d’un grand état-major et escorté des officiers généraux Pierrot, Toussaint, Prophète Daniel, Riche, Sainte-Fleur, Beauregard, Voltaire et Inginac, secrétaire général : la garde terminait cette colonne.
À la porte del Conde se trouvaient José Nunez de Cacérès et les magistrats de la ville, venus pour y recevoir le chef de la République ; les troupes de cette cité, s’élevant à environ 500 hommes, formaient une haie des deux côtés de la rue del Conde. Le carillon des cloches des nombreuses églises, la salve d’artillerie tirée de tous les forts de la place, le bruit des tambours, le son de la musique, les cris de : Viva el senor Présidente ! poussés par la population accourue sur les lieux : tout contribuait à faire de cette journée, l’une de celles dont Boyer devait se ressouvenir le plus. Successeur heureux du grand citoyen dont la bienfaisante politique avait jeté les bases de toutes les prospérités de la patrie, marchant sur ses traces, imitant sa modération intelligente, il recueillait ainsi, l’un après l’autre, les glorieux fruits de son gouvernement.
En voyant Nunez de Cacérès, Boyer descendit de cheval et lui donna une accolade, en signe de la satisfaction qu’il éprouvait de sa résignation à reconnaître l’autorité de la République, pour ne pas compromettre le sort de ceux de ses concitoyens qui avaient partagé ses premières idées ; car c’était leur tracer un exemple utile à leur bonheur personnel, que de les persuader de la nécessité de se rallier au vœu général. Cet acte, qui décelait les sentimens fraternels et patriotiques du chef qui se trouvait en ce moment à la tête d’une puissante armée, fut d’un heureux effet sur tous les assistans. Ensuite, le Président remonta à cheval et se rendit sur la place de la cathédrale où il inspecta les régimens de sa garde, à l’arsenal et sur d’autres points que le général Borgella avait fait occuper de suite, puis il se porta au palais des anciens gouverneurs pour l’Espagne ; là s’étaient rendus Nunez de Cacérès avec les magistrats de la ville et les citoyens les plus notables.
Le Président leur dit : « J’éprouve un vif plaisir à me trouver au milieu de vous ; mais ce plaisir serait bien plus vif si j’étais assuré, citoyens, que la réunion qui vient de s’opérer vous est aussi agréable qu’elle l’est à tous les autres citoyens de la partie occidentale de la République. » Ces paroles furent accueillies avec un chaleureux enthousiasme. Boyer savait en inspirer à ses auditeurs, par la facilité de sa diction, par sa dignité dans ses fonctions et surtout par la physionomie agréable, prévenante, qui le distinguait dans ses heureux momens ; car alors toute la bonté de son cœur se reflétait sursa figure et dans son regard.
Après avoir pris possession de Santo-Domingo militairement, par la puissance des armes, le Président d’Haïti, reconnaissant la nécessité de sanctionner ce fait par l’investiture de l’autorité civile et politique dans toute la partie de l’Est, appuyée de la consécration religieuse, invita Nunez de Cacérès et les magistrats d’aller avec lui au Cabildo ou Municipalité, afin de constater régulièrement cette cérémonie par un procès-verbal, pour se rendre ensuite à la cathédrale et assister à un Te Deum chanté en actions de grâces.
La vanité et l’orgueil de Nunez de Cacérès attendaient ce moment, il paraît, pour se manifester par une sorte de protestation contre sa déchéance de la haute position qu’il s’était créée dans l’Est, par la révolution éphémère du 1er décembre. Indépendamment des défauts de son caractère qui le portèrent toujours à lutter contre ses supérieurs, — témoin les tracasseries qu’il suscita à Juan Sanches et aux autres gouverneurs, — lui qui n’avait été poussé à l’indépendance, dans ces derniers temps, que pour se venger du gouvernement espagnol, ainsi que nous l’avons dit, il ne put se soumettre franchement à descendre du rang où il s’était placé.
Il adressa donc à Boyer, dans la salle du Cabildo remplie de fonctionnaires, de citoyens et d’officiers de tous grades, un discours qu’il prononça en espagnol, bien qu’il parlât fort bien le français, non-seulement dans la pensée d’embarrasser le Président dans la réponse que celui-ci lui ferait, mais pour être mieux compris de ses anciens complices ou adhérens et de ses autres compatriotes. Il essaya d’abord de se disculper d’avoir adopté le pavillon colombien, en disant que ce n’était pas un signe d’adhésion particulière ni d’incorporation à la Colombie ; mais que c’était en vue d’honorer la mémoire de Colomb qui avait découvert l’Amérique. Ensuite, il prétendit qu’entre les populations des deux anciens territoires d’Haïti, la différence d’origine, de langage, de législation, de mœurs, d’habitudes, était une cause puissante pour s’opposer à leur réunion en un seul et même État, et que l’avenir se chargerait de prouver, par les faits, que cette assertion est fondée ; qu’il avait promis à ses compatriotes de leur procurer l’indépendance, et qu’il espérait qu’ils rendraient justice à ses intentions, si le résultat de son œuvre politique avait tourné autrement qu’il ne le désirait. Il termina enfin son discours, en manifestant l’espoir que le Président d’Haïti les défendrait et les protégerait de son bras puissant, afin de les rendre heureux, etc.
Toutefois, Nunez promit fidélité à la République et à son gouvernement ; ensuite, il fit présenter au Président les clefs de Santo-Domingo sur un plat d’argent, en signe de la soumission de cette ville et du territoire de l’Est, dont elle était la capitale. C’était renouveler ce qui s’était fait à l’égard de Toussaint Louverture.
S’adressant alors à tous ceux qui assistaient à cette cérémonie, Boyer leur exprima le regret de n’avoir pu comprendre toutes les parties du discours prononcé par Nunez, afin d’y répondre de point en point. Mais il déclara qu’en venant dans l’Est, il n’était mu par aucune ambition, et que ce n’était que pour remplir son devoir, aux termes de la constitution ; et il rappela qu’il avait déjà fait sa profession de foi à cet égard, dans sa dépêche du 11 janvier, traduite en espagnol, imprimée et publiée par les soins de Nunez. « Je reçois avec satisfaction, ajouta-t-il, les protestations que vous me faites de la soumission et de la fidélité que vous jurez à la République. Quant aux clefs de la ville qui me sont offertes, je ne les accepte point, parce que je ne suis pas venu ici en conquérant, que ce n’est pas la force des armes qui m’y a amené, mais bien la volonté des habitans qui m’ont librement appelé pour les garantir des droits et des avantages dont ils n’ont jamais joui. En conséquence, je déclare, comme chef de l’État, que je ferai tous mes efforts pour que ceux qui augmentent aujourd’hui la famille haïtienne ne soient jamais dans le cas d’éprouver aucun regret de la démarche qu’ils viennent de faire. »
Ces paroles furent accueillies par les acclamations de tous les citoyens, particulièrement de ceux de Santo-Domingo qui y trouvaient une garantie, franchement et loyalement donnée, que leurs droits seraient respectés par le gonvernement de la République. On se rendit ensuite à la cathédrale, l’archevêque Pedro Valera, vieillard vénérable, entonna lui-même le Te Deum en actions de grâces. Un procès-verbal des deux cérémonies fut dressé par le Cabildo. Le Président d’Haïti fut enfin reconduit à son palais par le même cortège, et là, l’archevêque vint, à la tête de son clergé, lui faire visite et le complimenter sur la prise de possession de la partie de l’Est, qui réunissait tous les Haïtiens sous les mêmes lois.
Nota : Récit de Beaubrun Ardouin dans son livre études sur l'histoire d'Haiti, tome 10.
Traduccion al Español
El sábado 9 de febrero, a las 6 de la mañana, Boyer inspeccionó a las tropas, que vestían un vestido admirable. Inmediatamente después, el general Borgella entró en el recinto de Santo Domingo a través de la Porte del Conde: marchó con su personal a la cabeza de los ocho regimientos de su cuerpo, marchando en pelotones; luego llegó la guardia a pie. El Presidente de Haití, vestido de coronel, fue precedido por un gran estado mayor y escoltado por los generales Pierrot, Toussaint, el Profeta Daniel, Riche, Sainte-Fleur, Beauregard, Voltaire e Inginac, secretario general: la guardia terminó esta columna.
En la Porte del Conde estaban José Núñez de Cáceres y los magistrados de la ciudad, que habían venido a recibir allí al jefe de la República; las tropas de esta ciudad, que ascendían a unos 500 hombres, formaban un seto a ambos lados de la calle del Conde. El repique de las campanas de las muchas iglesias, la descarga de artillería disparada desde todos los fuertes de la plaza, el sonido de los tambores, el sonido de la música, los gritos de: ¡Viva el señor Presidente! empujados por la gente se apresuraron a la escena: todo ayudó a hacer de este día, uno de los que Boyer tuvo que redescubrir más. Feliz sucesor del gran ciudadano cuya política benéfica había sentado las bases de toda la prosperidad de la patria, siguiendo sus pasos, imitando su inteligente moderación, recogió así, uno tras otro, los gloriosos frutos de su gobierno.
Al ver a Núñez de Cacérès, Boyer se bajó del caballo y le dio un abrazo, como señal de la satisfacción que sentía por su renuncia de reconocer la autoridad de la República, para no poner en peligro la suerte de aquellos de sus conciudadanos que habían compartido sus primeras ideas; porque era un ejemplo útil para su felicidad personal, para persuadirlos de la necesidad de unirse al voto general. Este acto, que reveló los sentimientos fraternales y patrióticos del líder que en ese momento estaba a la cabeza de un poderoso ejército, tuvo un efecto feliz en todos los asistentes. Luego el Presidente volvió a montar a caballo y se dirigió a la plaza de la catedral, donde inspeccionó los regimientos de su guardia, el arsenal y otros puntos que el general Borgella había ocupado inmediatamente, luego se dirigió al palacio de los antiguos gobernadores de España; allí Núñez de Cáceres había ido con los magistrados de la ciudad y los ciudadanos más notables.
El Presidente les dijo: "Es un gran placer para mí estar entre ustedes, pero sería mucho más placer si pudiera asegurarles, ciudadanos, que la reunión que acaba de tener lugar es tan agradable para ustedes como lo es para todos los demás ciudadanos de la parte occidental de la República. "Estas palabras fueron recibidas con cálido entusiasmo. Boyer supo inspirar a sus oyentes, por la facilidad de su dicción, por su dignidad en sus deberes y sobre todo por la fisionomía agradable y considerada, que lo distinguía en sus momentos felices ; porque entonces toda la bondad de su corazón se reflejaba en su figura y en su mirada.
Después de haber tomado posesión militar de Santo Domingo, por el poder de las armas, el Presidente de Haití, reconociendo la necesidad de sancionar este hecho con la inauguración de la autoridad civil y política en todo el Oriente, apoyada por la consagración religiosa, invitó a Núñez de Cáceres y a los magistrados a ir con él al Cabildo o Municipio, para anotar regularmente esta ceremonia en un registro, para luego ir a la catedral y asistir a un Te Deum cantado en acción de gracias.
La vanidad y el orgullo de Núñez de Cáceres esperaban este momento, al parecer, para manifestarse en una especie de protesta contra su pérdida de la alta posición que se había creado en Oriente, por la efímera revolución del 1 de diciembre. A pesar de los defectos de su carácter que siempre le llevaron a luchar contra sus superiores, - sean testigos de las molestias que despertó en Juan Sanches y en los demás gobernadores, - el que había sido empujado a la independencia, en los últimos tiempos, solo para vengarse del gobierno español, como hemos dicho, no podía someterse francamente a descender del rango donde se había colocado.
Por lo tanto, dirigió un discurso a Boyer, en la sala del Cabildo llena de funcionarios, ciudadanos y oficiales de todos los rangos, que pronunció en español, aunque hablaba muy bien francés, no solo para avergonzar al Presidente en la respuesta que le daría, sino para ser mejor comprendido por sus antiguos cómplices o adherentes y sus otros compatriotas. Al principio trató de exonerarse por haber adoptado la bandera colombiana, diciendo que no era una señal de membresía especial o incorporación a Colombia ; pero que era para honrar la memoria de Colón que había descubierto América. Luego, afirmó que entre las poblaciones de los dos antiguos territorios de Haití, la diferencia de origen, idioma, legislación, moral y hábitos, era una causa poderosa para oponerse a su reunión en un solo y mismo estado, y que el futuro sería responsable de probar, con hechos, que esta afirmación se basa en el hecho de que los dos antiguos territorios ; que había prometido a sus compatriotas que procurarían la independencia para ellos, y que esperaba que hicieran justicia a sus intenciones, si el resultado de su trabajo político había resultado diferente de lo que deseaba. Finalmente terminó su discurso, expresando la esperanza de que el Presidente de Haití defenderlos y protegerlos con su poderoso brazo, a fin de hacerlos felices, etc.
Sin embargo, Núñez prometió lealtad a la República y a su gobierno; luego hizo entregar al Presidente las llaves de Santo Domingo en un plato de plata, como señal de la sumisión de esta ciudad y del territorio oriental, del que era la capital. Esto era exactamente lo que se le había hecho a Toussaint Louverture.
Hablando a todos los que asistieron a la ceremonia, Boyer expresó su pesar por no poder entender todas las partes del discurso de Núñez, para poder responderlas punto por punto. Pero declaró que cuando llegó a Oriente, no se movía por ninguna ambición, y que era solo para cumplir con su deber, según la Constitución; y recordó que ya había hecho su profesión de fe al respecto, en su despacho del 11 de enero, traducido al español, impreso y publicado por Núñez. "Recibo con satisfacción-añadió-las protestas que me hacen por la sumisión y lealtad que juran a la República. En cuanto a las llaves de la ciudad que me ofrecen, no las acepto, porque no vine aquí como conquistador, porque no fue la fuerza de las armas lo que me llevó allí, sino la voluntad de los habitantes que me llamaron libremente para garantizarles derechos y beneficios que nunca han disfrutado. En consecuencia, declaro, como Jefe de Estado, que haré todos mis esfuerzos para que los que hoy están aumentando la familia haitiana nunca lo hagan, en caso de que lamenten el paso que acaban de dar. »
Estas palabras fueron saludadas por los vítores de todos los ciudadanos, especialmente los de Santo Domingo, que encontraron en ellas una garantía, dada franca y lealmente, de que sus derechos serían respetados por el gobierno de la República. Luego fuimos a la catedral, el arzobispo Pedro Valera, un anciano venerable, cantó el Te Deum en acción de gracias. Un registro de las dos ceremonias fue preparado por el Cabildo. El Presidente de Haití finalmente fue llevado de vuelta a su palacio por la misma caravana, y allí, el arzobispo vino, a la cabeza de su clero, a visitarlo y felicitarlo por tomar posesión de la parte oriental, que unió a todos los haitianos bajo las mismas leyes.
Nota: El relato de Beaubrun Ardouin en su libro études sur l'histoire d'Haiti, volumen 10.
samedi 5 février 2022
Citoyens sénateurs,
L’art. 40 de l’acte constitutionnel a donné à la République, pour limites, toute l’étendue de l’ile de l’Est à l’Ouest et du Nord au Sud ; et les îles qui en dépendent. Tant que nous avions à pacifier certaines parties du Sud, de l’Ouest et du Nord, il eut été imprudent de songer à donner à nos frères de l’Est la direction naturelle qu’ils doivent avoir, en les faisant rentrer sous les drapeaux de la patrie ; car il eût été raisonnable de penser que les hommes qui, dans une autre circonstance, leur avaient donné une direction opposée à leurs intérêts et aux nôtres, auraient encore cherché à faire naître en eux de l’opposition. Et plutôt que de faire gémir l’humanité en fournissant aux méchans et aux insensés l’occasion de répandre le sang humain, toutes les veilles, toute la sollicitude du gouvernement n’ont tendu qu’à opérer une révolution morale qui, en amenant nos frères de l’Est à partager les avantages de notre constitution, aurait fourni une garantie puissante aux Haïtiens général, contre ceux qui, tôt ou tard, pourraient vouloir lui disputer sa liberté et sen indépendance.
Cette révolution avait déjà commencé sa marche. Les bonnes dispositions des habitans des anciennes frontières, les communications de quelques citoyens notables des parties les plus distantes, me faisaient espérer que bientôt les choses arriveraient à leur maturité naturelle, lorsque tout à coup, des hommes qui paraissaient être vendus aux cabinets étrangers ont proclamé à Santo-Domingo, le 1er de ce mois, une déclaration d’indépendance et une constitution provisoire, toutes diamétralement opposées aux intérêts communs du peuple de toute l’Ile.
Sénateurs, vous connaissez les deux actes qui nous sont parvenus sur cette affaire ; il n’est pas besoin d’en rappeler ici le contenu.
Voilà la République placée dans une crise politique de la plus haute importance, et qui demande un concours aussi prompt qu’énergique de toutes les autorités auxquelles sont confiées les destinées d’Haïti.
Si la responsabilité de la tranquillité publique, du maintien de l’État dans son intégrité pèse sur moi, sénateurs, le dépôt sacré de la constitution est aussi sous votre responsabilité. Je viens donc proposer à vos sages délibérations les solutions écrites aux questions suivantes :
1° Pouvons-nous souffrir que, contre les dispositions de l’art. 40 de la constitution, un État séparé de la République se forme et se maintienne dans l’Est de notre territoire ?
2° Si les habitans de l’Est de notre territoire étaient, en tout ou en partie, sourds à la voix pacifique du gouvernement, quel parti faudrait-il prendre à leur égard ?
3° Pouvons-nous, dans aucun cas, souffrir que des principes constitutifs contraires à ceux qui nous régissent et que nous avons tous juré d’observer, soient établis sur la même terre que la nôtre ?
Voilà ce qu’il importe de décider avec la plus grande promptitude.
N’oublions pas que nous occupons une île dont toutes les côtes, étant accessibles, nécessitent que toute sa population soit une et indivisible et sous une même direction, pour fournir à son indépendance des garanties indispensables à son maintien.
Le cas est urgent, citoyens sénateurs ; vos délibérations doivent être promptes, et j’attendrai vos avis pour me décider sur ce que mon devoir m’impose de faire en cette circonstance extraordinaire.
J’ai l’honneur, citoyens sénateurs, de vous saluer avec une condération bien distinguée.

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