jeudi 21 mai 2020
LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ
RÉPUBLIQUE D’HAÏTI
Proclamation
Au Peuple et à l’Armée
![]() |
| Pierre Nord ALEXIS |
Haïtiens, mes compatriotes,
Je me suis imposé comme un devoir impérieux, de me rendre
aux Gonaïves pour célébrer le premier centenaire de notre Indépendance.
C’est une bien grande satisfaction pour moi de venir à la même
place que le FONDATEUR, faire renouveler sur l’Autel de la Patrie notre serment
de l’Indépendance.
Mais, en cette circonstance solennelle, je ne veux pas
manquer de vous rappeler nos malheurs et ce que nous devons à la Patrie.
Pendant le cours de cent années, par nos luttes intestines,
nos déclarations de principes faux ou vrais, mais prématurés et toujours dans
le but de réaliser de mesquines ambitions, nous avons retardé la prospérité
nationale.
De nos discordes civiles nous avons recueilli la ruine de
nos familles, la désolation de la société, l’affaiblissement de la Patrie.
On ne pouvait s’y attendre des Haïtiens de la génération de
l’Indépendance.
Chacun doit en appeler à sa conscience.
Nous ne devons pas cependant perdre la foi en l’avenir, désespérer du salut de la Patrie. Pour réparer nos fautes, conjurer nos malheurs et réaliser
le rêve de nos ancêtres, il nous faut, comme eux, être unis.
Ce n’est pas en vain que nous avons pour devise : « L’Union
fait la force ». Renonçons à nos erreurs ; qu’elles nous servent d’expérience
pour demain.
Unissons-nous dans la noble intention de rendre la
République prospère. Rappelons-nous que nous sommes un peuple et que nous
représentons une race. Nous ne devons point faillir à cette double tache que
Dessalines nous a assignée ; d’être un peuple et de représenter une race.
Je vous convie donc tous, Haïtiens, mes compatriotes, à l’Union,
afin de sauvegarder notre Patrie, notre race et notre Indépendance.
Vive l’Indépendance nationale ! Vive l’Union !
Vive la Paix ! Vive le Travail !
NORD ALEXIS
Fait aux Gonaïves le 1er Janvier 1904, an 101ème
de l’Indépendance.
Une salve de 21 oups de canon, conformément au programme de
la fête, salua ce discours. Puis les troupes défilèrent et allèrent prendre
leur ligne de bataille en face et aux abords de l’église, où le cortège se
rendit.
À l’arrivée de son Excellence le Président, il fut reçu et
conduit à sa place.
Après la cérémonie religieuse, le président donna audience
au Palais National.
mardi 19 mai 2020
« Tous les hommes naissent égaux. Le Créateur nous a donné des droits inviolables, le droit de vivre, le droit d’être libres et le droit de réaliser notre bonheur. »Cette parole immortelle est tirée de la Déclaration d’Indépendance des États-Unis d’Amérique en 1776. Prise dans un sens plus large, cette phrase signifie : tous les peuples sur la terre sont nés égaux ; tous les peuples ont le droit de vivre, d’être heureux, d’être libres.La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de la Révolution française de 1791 proclame également : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. »Ce sont là des vérités indéniables.Et pourtant, pendant plus de quatre-vingts années, les colonialistes français, abusant de drapeau de la liberté de l’égalité, de la fraternité, ont violé notre terre et opprimé nos compatriotes. Leurs actes vont directement à l’encontre des idéaux d’humanité et de justice.Dans le domaine politique, ils nous ont privés de toutes les libertés.Ils nous ont imposé les lois inhumaines. Ils ont constitué trois régimes politiques différents dans le Nord, le Centre et le Sud du Viet Nam pour détruire notre unité nationale et empêcher l’union de notre peuple.Ils ont construit plus de prisons que d’écoles. Ils ont sévi sans merci contre nos patriotes. Ils ont noyé nos révolutions dans les fleuves de sang. Ils ont jugulé l’opinion publique et pratiqué une politique d’obscurantisme. Ils nous ont imposé l’usage de l’opium et de l’alcool pour affaiblir notre race.Dans le domaine économique, ils nous ont exploités jusqu’à la moelle, ils ont réduit notre peuple à la plus noire misère et saccagé impitoyablement notre pays.Ils ont spolié nos rizières, nos mines, nos forêts, nos matières premières. Ils ont détenu le privilège d’émission des billets de banque et le monopole du commerce extérieur.Ils ont inventé des centaines d’impôts injustifiables, acculé nos compatriotes, surtout les paysans et les commerçants, à l’extrême pauvreté.Ils ont empêché notre bourgeoisie nationale de prospérer. Ils ont exploité nos ouvriers de la manière la plus barbare.En automne 1940, quand les fascistes japonais, en vue de combattre les Alliés, ont envahi l’Indochine pour organiser de nouvelles bases de guerre, les colonialistes français se sont rendus à genoux pour leur livrer leur pays.Depuis, notre peuple, sous le double joug japonais et français, a été saigné littéralement. Le résultat a été terrifiant. Dans les derniers mois de l’année passée et le début de cette année, du Quang Tri au Nord Viet Nam, plus de deux millions de nos compatriotes sont morts de faim.Le 9 mars dernier, les Japonais désarmèrent les troupes françaises. Les colonialistes français se sont enfuis ou se sont rendus. Ainsi, bien loin de nous « protéger » en l’espace de cinq ans, ils ont par deux fois vendu notre pays aux Japonais.Avant le 9 mars, à plusieurs reprises, la Ligue Viet Minh a invité les Français à se joindre à elle pour lutter contre les Japonais. Les colonialistes français, au lieu de répondre à cet appel, ont sévi de plus belle contre les partisans du Viet Minh. Lors de leur débandade, ils sont allés jusqu’à assassiner un grand nombre de prisonniers politiques incarcérés à Yen Bay et à Cao Bang.Malgré tout cela, nos compatriotes ont continué à garder à l’égard des Français une attitude clémente et humaine. Après les événements du 9 mars, la Ligue Viet Minh a aidé de nombreux Français à passer la frontière, en a sauvé d’autres de prisons nippones et a protégé la vie et les biens de tous les Français.En fait, depuis l’automne de 1940, notre pays a cessé d’être une colonie française pour devenir une possession nippone.Après la reddition des Japonais, notre peuple tout entier s’est dressé pour reconquérir sa souveraineté nationale et a fondé la République démocratique du Viet Nam.La vérité est que notre peuple a repris son indépendance des mains des Japonais et non de celles des Français.Les Français s’enfuient, les Japonais se rendent, l’empereur Bao Dai abdique. Notre peuple a brisé toutes les chaînes qui ont pesé sur nous durant près d’un siècle, pour faire de notre Viet Nam un pays indépendant. Notre peuple a, du même coup, renversé le régime monarchique établi depuis des dizaines de siècles, pour fonder la République démocratique.Pour ces raisons, nous, membres du gouvernement provisoire, déclarons, au nom du peuple du Viet Nam tout entier, nous affranchir complètement de tout rapport colonial avec la France impérialiste, annuler tous les traités que la France a signés au sujet du Viet Nam, abolir tous les privilèges que les Français se sont arrogés sur notre territoire.Tout le peuple du Viet Nam, animé d’une même volonté, est déterminé à lutter jusqu’au bout contre toute tentative d’agression de la part des colonialistes français.Nous sommes convaincus que les Alliés qui ont reconnu les principes de l’égalité des peuples aux conférences de Téhéran et de San Francisco, ne peuvent pas ne pas reconnaître l’indépendance du Viet Nam.Un peuple qui s’est obstinément opposé à la domination française pendant plus de quatre-vingts ans, un peuple qui, durant ces années, s’est résolument rangé du côté des Alliés pour lutter contre le fascisme, ce peuple a le droit d’être libre, ce peuple a le droit d’être indépendant.Pour ces raisons, nous, membres du gouvernement provisoire de la République démocratique du Viet Nam, proclamons solennellement au monde entier :Le Viet Nam a le droit d’être libre et indépendant et, en fait, est devenu un pays libre et indépendant. Tout le peuple du Viet Nam est décidé à mobiliser toutes ses forces spirituelles et matérielles, à sacrifier sa vie et ses biens pour garder son droit à la liberté et à l’indépendance.
dimanche 10 mai 2020
Nous reprenons l'interview in extenso de l'Amiral Hammerton Killick, Chef de la Marine de guerre de la République d'Haïti au journal Le Drapeau. Cette interview est parue le samedi 23 octobre 1897, dans un contexte de crise diplomatique entre la République d'Haïti et l'Empire d'Allemagne, suite à l'arrestation d'Émile Lüders, un citoyen allemand. L'Allemagne réclama réparation pour Lüders et des exigences encore plus inacceptables et menaça de bombarder la capitale, Port-au-Prince.INTERVIEWUn Collaborateur du DRAPEAU a été chargé d’interviewer le vice-amiral Killick au sujet du différend allemand.Notre Collaborateur : Je suis chargé Monsieur l’Amiral, par la Rédaction du DRAPEAU, de vous interviewer sur le différend allemand. Êtes-vous disposer à nous répondre ?L’Amiral : Je suis entièrement disposé d’autant plus, mes canons sont astiqués et mes braves marins attendent !Le Collaborateur : Très bien ! Pensez-vous Monsieur l’Amiral, que nos braves marins sauront se mettre à la hauteur de la situation, si le cas se présentait, c’est-à-dire si BRUTALEMENT, notre drapeau venant à être insulté par l’escadre allemande ?L’Amiral : D’abord, cette complication suscitée par le consul est très grave et mérite toute l’attention du gouvernement, car il s’agit de la dignité du Drapeau national. Quant à moi et mes braves marins, nous saurons faire notre devoir jusqu’au bout, si à Dieu ne plaise la situation devenait brûlante.Le Collaborateur : Très bien ! Très bien ! Croyez-vous , Monsieur l’Amiral, que nos navires seront en sûreté dans la rade de Port-au-Prince, en présence de l’escadre allemande si elle arrivait ?L’Amiral : Nos navires de guerre n’en sortiront pas, mais ils garderont l’entrée de notre rade et ils défendront Port-au-Prince.Le Collaborateur : Mais, s’il y avait surprise, croyez-vous que nos marins seraient assez actifs pour empêcher que notre drapeau soit souillé ?L'Amiral : Jamais, jamais, le drapeau ne sera souillé, d’abord j’ai juré au général Sam, particulièrement une fidélité inébranlable, et à mon pays une bravoure indomptable, or ces deux vertus réunies sauront sauvegarder l’honneur du pays et la dignité de mon gouvernement. Quand il s’agit de ma part d’activité dans un cas semblable, elle est incomparable.Le Collaborateur : Très bien ! Très bien ! Mais M. l’Amiral nos bateaux ne sont pas entièrement armés pour la guerre, et en outre ils sont de petites proportions.L’Amiral : Une hécatombe, Monsieur le Collaborateur, vaut une bataille gagnée, quand il s’agit de la Patrie.Le Collaborateur : Nous comptons sur le courage de nos braves marins pour sauvegarder notre drapeau sur mer, tandis que nous ferons notre devoir sur terre quand le cas l’exigera ! À bientôt monsieur l’Amiral.L'Amiral : À bientôt, oui !En présence de cet enthousiasme et de cette manifestation patriotique du chef de notre marine de Guerre, LE DRAPEAU serait satisfait de voir le président de la République faire visite officielle à l’État-major de nos braves marins réunis sur la « Crête-à-Pierrot ».Source : Journal Le Drapeau du 23 Octobre 1897
jeudi 30 avril 2020
Vu l’article 35 de la Constitution ;
Vu le message du président de la République au comité
permanent de l’Assemblée nationale en date du 12 Décembre 1941 ;
Vu l’autorisation accordée par le Comité permanent de l’Assemblée
nationale au Chef du Pouvoir Exécutif de déclarer la guerre au Reich allemand ;
Considérant que l’étroite relation qui existe entre Haïti et
les États-Unis de l’Amérique du Nord exige que la République d’Haïti pose
notamment les actes nécessités par circonstances actuelles ;
Considérant que les relations pacifiques ne sont plus
possibles entre la République d’Haïti et le Reich allemand qui a provoqué un
état de guerre avec les États-Unis ;
Considérant que l’attitude de cet État totalitaire constitue
une menace pour la paix durable du continent, il y a donc lieu pour la
République d’Haïti de prendre position dans le conflit, en déclarant la guerre
au Reich allemand.
DÉCRÈTE
Article 1er.- La République d’Haïti est en état
de guerre avec le Reich allemand.
Article 2.- Le présent décret sera publié et exécuté à la
diligence de tous les Secrétaires d’Etat, chacun en ce qui le concerne.
Fait au Palais National, le 12 Décembre 1941, an 138ème
de l’Indépendance.
Par le Président.
Le Secrétaire d’État des Relations Extérieures et des Cultes ;
Le Secrétaire d’Etat de l’Intérieur et de la Justice ;
Le Secrétaire d’Etat des Travaux Publics ;
Le Secrétaire d’Etat de l’Instruction publique, de l’Agriculture
et du Travail.
Source : Journal Le Nouvelliste du 12 Décembre 1941
lundi 27 avril 2020
Discours du président d’Haïti, François Denys Légitime, au Peuple et à l’Armée à l'occasion du 85ème anniversaire de l’Indépendance nationaleLa célébration de l’anniversaire de notre glorieuse Indépendance ne devrait jamais avoir lieu qu’avec un sentiment général d’enthousiasme et d’allégresse.Peut-on se reporter, par la pensée, à ce jour mémorable du premier Janvier 1804, sans sentir vibrer en soi la fibre puissante de l’amour du pays et des nobles attaches de la reconnaissance ?L’Haïtien, quoi qu’on en dise, n’est pas, de nos jours, devenu si indifférent et si dénaturé, au point de rire et de ne plus tenir compte du souvenir du fait le plus extraordinaire accompli au seuil du dix-neuvième siècle, de cet acte sublime et héroïque, affirmant l’ère nouvelle et véritable de la liberté pour des hommes rendus injustement esclaves, et imposant le principe généreux de la réhabilitation pour toute une race calomniée et trop longtemps assujettie aux brutales et cupides passions d’une portion de l’humanité…Non, ce sentiment d’un stupide aveuglement et de dégénérescence anticipée ne peut point trouver de place dans le cœur de l’Haïtien.L’Haïtien d’aujourd’hui, par suite de la triste influence des troubles politiques qui ont agité le pays, entretenu la discorde et semé partout la division et la haine, est devenu simplement timide, défiant, enclin à l’isolement et à toutes les mauvaises inspirations de l’égoïsme et du découragement. En ajoutant à tout cela, même en temps de calme, l’exercice continuel et brutal de l’intervention militaire, au lieu de l’application rassurante et rationnelle du régime légal de l’autorité civile, on comprendra facilement que, dans un tel milieu, chacun se croit intéressé à déguiser ses vrais sentiments, à étouffer les élans généreux de son cœur, à rapetisser les qualités et les ressources de son esprit, afin de s’épargner le désagrément d’être mal compris ou de se voir appliquer tous les désastreux effets d’une interprétation intéressée ou outrée de ses opinions ou de ses convictions personnelles.Avec l’ère actuelle où un gouvernement loyal et progressiste s’annonce si heureusement, l’heure a sonné en faveur de tous pour la reprise de leurs droits et l’exercice obligé de leurs devoirs.Plus de haines, plus de rancunes ! Immolons sur l’autel de la Patrie tous nos anciens sujets de division, toutes nos haines issues des méandres tortueux de la politique !Écoutons plutôt la voix solennelle, patriotique et vraie du Chef de l’État !Après avoir félicité le peuple de se réunir, eu ce jour solennel, pour remercier Dieu de ses faveurs et honorer la mémoire des illustres Fondateurs de notre nationalité, il nous demande d’avoir, enfin, la foi de nos Pères, parce que nous croyons tous, qui que nous soyons, au salut du pays. Plus de prépondérance de classe, ne voyons plus que de la prépondérance des principes et des vertus, l’exemple de respect et d’obéissance dus aux lois.Consolante et noble déclaration qui, définitivement mise en pratique, rallumera le feu du patriotisme, en faisant revivre, chez nous, l’ardeur, le zèle et le noble dévouement aux intérêts de la Patrie, comme on les constatait dans les premiers temps de notre organisation sociale.Et pour l’armée, nos braves soldats, si peu protégés et honorés jusqu’ici, le Chef de l’État entend relever le prestige du drapeau, raviver la vieille gloire de chaque légion, en lui rappelant sans cesse une date heureuse de victoire, un nom illustre sorti de ses rangs.Cette proclamation du Chef, comme chacun l’a remarqué, a un caractère tout nouveau et nous propose d’avoir, pour devise : « Le Progrès par le travail ».Que la Providence nous redonne l’Unité nationale, sans nouveaux sacrifices pénibles, et que la Nation, enfin désabusée, revenue au vrai sentiment de l’amour patriotique, et s’applaudisse d’avoir des Gouvernants réellement anxieux de travailler au relèvement de la chose publique.Publié dans l’hebdomadaire Le Plaidoyer national le samedi 5 janvier 1889
samedi 25 avril 2020
En 1963, l'Armée dominicaine avec l'appui des États-Unis chassent le président Juan Bosch pourtant élu démocratiquement. Les Américains le soupçonnent d’être communiste et proche de Cuba de Fidel Castro. Deux ans après, en 1965, pour éviter qu'il revienne au pouvoir, les Américains envoient des milliers d'hommes sur place et restent dans le pays jusqu'en 1966. Entre-temps, des partisans de Juan Bosch prennent les armes contre l'envahisseur. Ils ont été épaulés par plusieurs haïtiens dont le poète Jacques Viau Renaud qui a été tué par un mortier.
Le poète Jacques Viau Renaud est né en Haïti en 1941. A l'âge de 7 ans, il part pour Santo Domingo avec son père, où il se lie d'amitié avec des poètes et des artistes de la génération des années soixante. Il combat aux côtés des constitutionnalistes contre l'occupation américaine de 1965. Son père, Alfred Viau, était un avocat de renom qui, en raison de ses opinions politiques et du climat de troubles en Haïti, a dû s'exiler en République Dominicaine en 1948.
![]() |
| Jacques Viau Renaud |
Dans la Ciudad Trujillo (Santo Domingo) d'alors, il a travaillé comme professeur de français. Dès son plus jeune âge, Viau Renaud s'intéressait à la littérature. Après la fin de l'Ère Trujillo en 1961, il a fait de l'enseignement et rejoint les mouvements culturels de cette période. Il a participé activement à la vie littéraire dominicaine du début des années soixante, rejoignant des groupes tels que "art et libération" du peintre Silvano Lora.
Alors qu'il luttait pour la liberté et la souveraineté de la République Dominicaine, il a été frappé par un mortier et est mort une semaine plus tard. Le 21 juin, jour de son enterrement, le président constitutionnaliste Francisco Caamaño a publié le décret no 55 qui lui a accordé la nationalité dominicaine à titre posthume, officialisant l'adoption de Jacques comme l'un des nôtres. Ainsi, émerge un héros national, symbole de fraternité et de solidarité entre Haïti et la République Dominicaine, symbole qui nous oblige à penser l'île comme deux nations sœurs. Et c'est qu'à l'âge de 23 ans, Jacques Viau Renaud a eu la détermination et le courage de défier la mort en luttant pour le sort de l'île dans le glorieux exploit d'avril 1965.
Cela représente le fait historique et littéraire le plus étonnant de l'histoire récente des deux nations, un fait qui n'a pas été reconnu dans sa juste dimension ni suffisamment débattu par les historiens, les éducateurs et les lettrés des deux nations. Jacques Viau Renaud n'était pas seulement un héros national, mais sa poésie, qu'il a écrite en espagnol, a une énorme signification littéraire, tant pour l'Île que pour l'Amérique latine et le monde.
Sa poésie rend hommage au Grand Walt Whitman, le leader Afro-Américain des droits civiques Medgar Evers, et à tous les peuples opprimés du monde. Il a été publié dans des anthologies et des revues littéraires qui reconnaissent sa vision et a été traduit en anglais et en français, étant accueilli avec ferveur par ceux qui aspirent à un message d'amour, de solidarité et d'humanité.
Malheureusement, sa poésie et sa contribution à la lutte pour la démocratie et la souveraineté nationale n'ont pas été correctement reconnu par les autorités dominicaines. Sa mémoire ne figure pas dans les programmes culturels ou dans un projet de nation progressiste. C'est parce que la politique culturelle de l'état dominicaine a favorisé des attitudes conservatrices dans ses relations avec Haïti.
Le décret de naturalisation posthume de Jacques Viau Renaud
![]() |
mardi 21 avril 2020
Article écrit par Eduardo Galeano en 1996, journaliste et écrivain uruguayen, est l'une des personnalités les plus en vue de la littérature latino-américaine. Ses livres ont été traduits en plusieurs langues. Ses œuvres les plus connues sont Memoria del fuego (1986) et Las venas abiertas de América Latina (1971).La démocratie haïtienne est née il y a peu de temps. Au cours de sa brève vie, cette créature affamée et malade n'a reçu que des gifles. Elle est née récemment au cours des fêtes de fin d'années de 1991, quand elle a été assassinée par le coup-d'état du général Raoul Cédras. Trois ans plus tard, il a été ressuscité. Après avoir fait entrer et sortir tant de dictateurs militaires, les États-Unis ont fait déposé et remis au pouvoir le président Jean-Bertrand Aristide, qui avait été le premier dirigeant élu par le vote populaire dans l'histoire d'Haïti et qui avait eu la folie de vouloir un pays moins injuste.Le vote et le vetoPour effacer les traces de la participation américaine à la dictature du carnassier général Cédras, les Marines ont pris 160 mille pages des archives secrètes. Aristide est revenu enchaîné. Ils lui ont donné la permission de regagner le Palais national, mais ils l'ont interdit le pouvoir. Son successeur, René Préval, a remporté près de 90 pour cent des voix, a moins de pouvoir qu'un fonctionnaire de quatrième catégorie du Fonds monétaire international ou de la Banque mondiale, même s'il n'a reçu un seul vote du peuple haïtien.Le veto est plus fort que le vote. Veto des réformes : chaque fois que Préval ou l'un de ses ministres, demande des crédits internationaux pour donner du pain aux affamés, l'école aux analphabètes ou des terres aux paysans, il ne reçoit aucune réponse, ou des réponses lui ordonnant :- Réciter la leçon. Et alors que le gouvernement haïtien continue d'apprendre qu'il est nécessaire de démanteler les quelques services publics qui subsistent, le dernier parasol pour l'un des peuples les plus démunis du monde, les enseignants tiennent l'examen pour acquis.L'alibi démographiqueÀ la fin de l'année dernière, quatre députés allemands se sont rendus en Haïti. En arrivant, la misère du village leur frappa les yeux. Alors, l'ambassadeur allemand leur a expliqué, à Port-au-Prince, quel était le problème:"C'est un pays surpeuplé," dit-il. La femme haïtienne veut toujours, et l'homme haïtien peut toujours.Et il se mit à rire. Les députés se taisent. Cette nuit-là, l'un d'eux, Winfried Wolf, a consulté les chiffres. Et il a constaté qu'Haïti est, avec El Salvador, le pays le plus surpeuplé des Amériques, mais il est autant surpeuplé que l'Allemagne: il a presque le même nombre d'habitants par kilomètre carré.Durant leur séjour en Haïti, le député Wolf a été non seulement frappé par la misère mais il a également été ébloui par les compétences de beauté des peintres populaires. Et il a conclu qu'Haïti est surpeuplé ... d'artistes.En fait, l'alibi démographique est plus ou moins récent. Jusqu'à il y a quelques années, les puissances occidentales parlaient plus clairement.La tradition racisteLes États-Unis ont envahi Haïti en 1915 et ont gouverné le pays jusqu'en 1934. Ils se sont retirés après avoir atteint leurs deux objectifs: la collecte des dettes de la Citibank et l'abrogation de l'article constitutionnel interdisant la vente de terres aux étrangers. À ce moment-là, Robert Lansing, Secrétaire d'État américain, a justifié la longue et féroce occupation militaire en expliquant que la race noire est incapable de se gouverner elle-même, qu'elle a “une tendance inhérente à la vie sauvage et une incapacité physique de civilisation.” L'un des responsables de L'invasion, William Philips, avait bien avant lancé l'idée astucieuse: "c'est un peuple inférieur, incapable de préserver la civilisation laissée par les Français".Haïti avait été la perle de la couronne, la colonie la plus riche de France: une grande plantation sucrière, avec le travail esclave. Dans L'esprit des lois, Montesquieu l'avait expliqué sans langue de bois: “le sucre serait trop cher si les esclaves ne travaillaient pas dans sa production. Ces esclaves sont noirs des pieds à la tête et leur nez est tellement écrasé qu'il est presque impossible de les plaindre. Il est impensable que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout si une bonne âme, dans un corps entièrement noir”.Au lieu de cela, Dieu avait mis un fouet dans la main du maître. Les esclaves ne se distinguaient pas par leur volonté de travailler. Les noirs étaient esclaves par nature et vagabonds aussi par nature, et la nature, complice de l'ordre social, était l'œuvre de Dieu : l'esclave devait servir le maître et le maître devait punir l'esclave, qui ne manifestait pas d'enthousiasme pour accomplir le plan divin.
Karl von Linneo, contemporain de Montesquieu, avait dépeint l'homme noir avec une précision scientifique : "un vagabond, un paresseux, un négligent, un indolent ayant des coutumes dissolues." Plus généreusement, un autre contemporain, David Hume, avait constaté que le noir "peut développer certaines capacités humaines, comme le perroquet qui parle quelques mots."Humiliation impardonnableEn 1803, le peuple noir d'Haïti a écrasé les troupes de Napoléon Bonaparte, et l'Europe n'a jamais pardonné cette humiliation infligée à la race blanche. Haïti a été le premier pays libre des Amériques. Les États-Unis avaient auparavant accédé à l'indépendance, mais avaient un demi-million d'esclaves travaillant dans des plantations de coton et de tabac. Jefferson, qui était propriétaire d'esclaves disait que tous les hommes sont égaux, mais il disait également que les noirs ont été, sont et seront inférieurs.Le drapeau des libres s'élevait au-dessus des ruines. La terre haïtienne a été dévastée par la monoculture du sucre et rasée par les calamités de la guerre contre la France, et un tiers de la population est tombé au combat. Alors que le blocus a commencé. La nation nouveau-née était vouée à la solitude. Personne ne commerçait avec elle, personne ne la reconnaissait.Le crime de dignitéMême Simon Bolivar, qui était si courageux, n'a pas eu le courage de signer la reconnaissance diplomatique du pays noir. Bolivar avait pu relancer sa lutte pour l'Indépendance latino-américaine, alors que l'Espagne l'avait déjà vaincu, grâce au soutien d'Haïti. Le gouvernement haïtien lui avait donné sept navires et beaucoup d'armes et de soldats, à la seule condition que Bolívar libère les esclaves, une idée que le Libérateur ne lui passait pas par la tete. Bolivar a rempli cet engagement, mais après sa victoire, alors qu'il dirigeait déjà la Grande Colombie, il a tourné le dos au pays qui l'avait sauvé. Et quand il convoquait les nations américaines à la réunion de Panama, il n'a pas invité Haïti mais a invité l'Angleterre.Les États-Unis n'ont reconnu Haïti que soixante ans après la fin de la guerre d'indépendance, tandis qu'Étienne Serres, un génie français de l'anatomie, a découvert à Paris que les noirs sont primitifs car ils ont une courte distance entre le nombril et le pénis. À cette époque, Haïti était déjà aux mains de dictatures militaires massacrantes, qui utilisaient les peu de ressources ressources du pays pour rembourser la dette française: l'Europe avait imposé à Haïti l'obligation de verser à la France une compensation gigantesque, en guise de pardon pour avoir commis le crime de la dignité.L'histoire du harcèlement contre Haïti, qui a aujourd'hui des dimensions de tragédie, est aussi une histoire de racisme dans la civilisation occidentale.Source : CubadebateTraduction de l'espagnol: Haitianaute
samedi 11 avril 2020
Au quartier Général,
Habitation de Frère,
Plaine du Cul de Sac
23 Juin 1803
Jean Jacques Dessalines, Général en chef de l’Armée de Saint-Domingue
à
Monsieur le président des Etats-Unis d'Amérique
Monsieur Le Président,
La Goélette des États-Unis (La Fédérale, Capitaine Neheniah Barr) forcée d’entrer dans le port du Petit Goâve par nos chaloupes en croisière, m’offre l’honneur de vous instruire des événements survenus dans notre malheureuse isle depuis l’arrivée des Français et de la révolution qu’y a occasionné la tirannie de leur gouvernement oppresseur.
Lassé de payer par l’effusion de tout notre sang le prix de notre aveugle fidélité à une métropole qui égorge ses enfans, le peuple de Saint Domingue, à l’exemple des nations les plus sages, a secoué le joug de la tirannie et juré l’expulsion de ses bourreaux.
Déjà nos campagnes sont purgées de leur aspect; quelques villes leur restent encore, mais n’offrent plus rien à leur avide rapacité.
Le commerce avec les États-Unis, Monsieur le Président, présente aux immenses récoltes que nous avons en dépôt et à celles plus riantes encore qui se préparent cette année, un débouché que nous réclamons des armateurs de votre Nation. Ses anciennes Relations avec St. Domingue ont du la convaincre de la loyauté et de la bonne foi avec lesquelles ses bâtimens seront accueillis dans nos ports.
Le retour de la goélette la Fédérale lui prouvera nos dispositions actuelles.
Agréez, Monsieur Le Président, l’expression de la plus haute considération pour Votre personne.
Dessalines
Translation
Headquarters, Frère plantation,
Cul-de-Sac plain
23 June 1803
Mister President,
The American schooner The Federal, under Captain Nehemiah Barr, forced by our patrol boats to enter the port of Petit-Goâve, provides me the honor of informing you of the events that have occurred on our unfortunate island since the arrival of the French and the revolution caused in France by the tyranny of their oppressive government.
The people of Saint-Domingue, tired of paying with our blood the price of our blind allegiance to a mother country that cuts her children’s throats, and following the example of the wisest nations, have thrown off the yoke of tyranny and sworn to expel the torturers.
Our countryside is already purged of their sight. A few cities are still under their domination but have nothing further to offer to their avid rapacity.
Commerce with the United States, Mister President, offers a market for the huge harvests we have in storage and the even more abundant ones that are now growing. Your country’s shippers are calling for it. Your nation’s long-standing relations with Saint-Domingue are evidence of the loyalty and good faith that await your ships in our ports.
The return of the schooner The Federal will prove to your country our current disposition.
Please be sure, Mister President, of the eagerness with which I will exert all my authority for the safety of the United States’ ships and the benefits they will reap from trading with us.
Accept, Mister President, the expression of my highest consideration.
Dessalines


Source : American National Archives
mardi 7 avril 2020
Lettre de remerciement et de gratitude du baron de Dessalines, fils du Père de la Patrie, Jean-Jacques Dessalines, à l'Empereur d'Haïti, Faustin 1er. Cette missive est publiée dans le numéro du journal Le Moniteur haïtien, paru en janvier 1854.
À Sa Majesté l’Empereur,
Sire,
Votre subordonné et très fidèle
sujet vient aux pieds de votre auguste Majesté renouveler tous les souhaits qu’il
invoque toujours à l’Être suprême pour votre bonheur et pour celui de votre
grande famille :
La prolongation de vos jours, qui
sont pour nous aussi précieux que le soleil qui nous éclaire, et une parfaite
santé.
Qu’il daigne, le très haut,
bénir toute votre tendre sollicitude. C’est sous votre règne que le peuple haïtien
a vu la mémoire de Dessalines vénérée. Cet exemple, Sire, que vous montrez est
une alliance de bonté et de fraternité que vous manifestez à ses enfants. Je
saisis cette occasion pour déposer aux pieds de votre auguste Majesté ma
reconnaissance, mes respects et mon amour pour vous.
Grand monarque, permettez que
votre sujet vous dise, que jusque dans la tombe sa reconnaissance vous sera éternelle.
Votre
subordonné.
DESSALINES
Décret
FAUSTIN 1er. Empereur d’Haïti, à tous présents et
à venir, SALUT :
Vu l’article 63 de la Constitution ;
Avons décrété et décrétons ce qui suit :
Art. 1er. Sont nommés sénateurs de l’Empire, en
remplacement des sénateurs Léveillé et F. de Sévère :
Messieurs,
1o Eyssalenne, directeur du Conseil des notables
de la Croix-des-Bouquets.
2o Mirtil de Latortue, chevalier de l’ordre
impérial et militaire de St. Faustin, chevalier de l’ordre impérial de la
Légion d’Honneur, etc., etc.
Art. 2. Le ministre de l’intérieur fera exécuter le présent.
Donné en notre Palais impérial du Port-au-Prince, le 24
décembre 1853, an 50e de l’indépendance et de notre règne le 5e.
FAUSTIN
Par l’Empereur :
Le duc de la Bande-du-Nord, ministre de l’intérieur et de l’agriculture
D’HYPPOLITE
lundi 6 avril 2020
![]() |
| Empereur Faustin 1er |
Haïtiens,
Le 1er Janvier 1854 est le 51e anniversaire
de l’indépendance d’Haïti.
Ce jour nous réunit ici tous les ans pour solenniser notre
glorieuse émancipation.
Il y a un demi-siècle déjà depuis cet évènement à jamais
mémorable. Haïti a constamment maintenu son rang parmi les nations civilisées,
en consolidant de plus en plus l’œuvre des fondateurs de sa liberté.
Quand elle luttait si héroïquement pour conquérir cette
liberté, elle poursuivait le triomphe de la plus sainte des causes. Depuis lors
elle a toujours vécu en paix avec le monde entier.
Réjouissons-nous du bonheur d’être une nation libre et
indépendante.
Bénissons le jour et la date de cet heureux évènement,
honorons la mémoire des guerriers, fondateurs de la patrie, et allons au pied
des autels de Dieu le louer et le remercier de ses bienfaits, et lui demander
de continuer sa suprème protection.
Vive l’Indépendance !
Vive la Liberté !
Vive l’Union !
Vive la Constitution !
S.M. FAUSTIN Ier
Ce discours fut accueilli par les vives acclamations, au
milieu des cris de vives l’Indépendance, vive l’Empereur, et des détonations de
21 coups de canon de l’artillerie impériale.
| Le Moniteur haïtien du 24 janvier 1846 |
Les officiers supérieurs de tout rang et de tout grade, les
officiers-généraux, les corps judiciaire et administratif se sont rendus au palais
national du Cap-Haïtien, ce jourd’hui 1er. Janvier 1846, à huit heures
précises du matin : la marche étant ouverte, le président d’Haïti ayant à
ses cotés les ministres et précédé du conseil d’état , s’est transporté dans l’ordre
établi, au Champ-de-Mars où étaient réunies les troupes de la garnison, à l’effet
de renouveler le salaire de nos pères qui, à pareil jour, jurèrent de vivre
libres, indépendans, ou de mourir, plutôt que de se soumettre à la domination
de n’importe quelle puissance étrangère.
Montant sur l’autel de la patrie avec les principaux membres
de son cortège, le chef de l’Etat invite le ministre de la guerre, de la marine
et des relations extérieures d’haranguer l’armée et de l’entretenir sur l’objet
de cette réunion annuelle. Le ministre, prenant la parole, retrace aux troupes
et aux citoyens, dans un discours improvisé et approprié à la circonstance, les
efforts que firent les héros de l’indépendance pour nous léguer une patrie et l’obligation
que nous prescrit l’honneur de conserver intacts et cet héritage et l’intégrité
du territoire.
Immédiatement après ce discours, le chef de l’Etat s’adresse
à l’armée et lui annonce l’ouverture prochaine de la campagne contre les
insurgés de la partie de l’Est, les militaires, ivres d’enthousiasme,
accompagnent leur serment de défendre la cause sainte de l’indivisibilité du
territoire, des cris cent fois répétés de vive la liberté ! vive l’indépendance !
vive le président d’Haïti ! et qui furent couverts de plusieurs salves d’artillerie.
Le président d’Haïti s’est rendu, du Champ-de-Mars au temple
du Seigneur, où un Te-Deum a été chanté avec pompe, et où aussi le ministre du
culte a prononcé, à cette occasion, un sermon qui a édifié toute l’assemblée :
la cérémonie ainsi terminée, le cortège est retourné au palais national dans le
même ordre qu’il avait suivi en sortant.
Le reste de la journée s’est écoulé dans une parfaite
tranquillité ; le peuple content, s’est livré avec décence à la joie
excessive qu’inspire le souvenir d’un jour si mémorable et qui fait époque dans
nos annales politiques.
Clos les jours, mois et au que dessus.
B. JN.-SIMON
samedi 21 mars 2020
Drapeau de la République de Cuba Il était une fois un petit pays des Antilles que la plus grosse puissance militaire au monde n’aimait pas, mais pas du tout. Alors, elle le qualifiait de pays voyou, de pays terroriste, elle disait même qu’il représentait une menace pour la paix dans le monde. Depuis plus de soixante ans, elle tentait de l’étouffer, de l’asphyxier jusqu’à ce que mort s’en suive. Elle a donc érigé, autour de cette île, un véritable blocus commercial et économique et elle va même jusqu’à arraisonner les bateaux qui s’en approchent, soit parce qu’ils sont en affaires avec ce pays, soit parce ces bateaux et leurs passagers veulent tout simplement passer quelques heures ou quelques jours sur cette île pour y découvrir ses trésors.Or, voilà qu’un bateau de croisière, le MS Breamar, propriété d’une entreprise britannique, avec plus de mille personnes à bord — 682 passagers et 381 membres d’équipage —, croisait tout près de Cuba, quelque part dans la mer des Caraïbes. Ce bateau était plus ou moins en perdition car il y avait parmi les vacanciers cinq personnes atteintes du coronavirus Covid-19 et quelques autres en quarantaine. Le capitaine avait frappé à quelques portes des alentours mais personne ne voulait accueillir les pestiférés pour qu’ils puissent regagner leur pays, la Grande-Bretagne, le plus rapidement possible et dans des conditions sécuritaires.Sûrement qu’un médecin à bord du bateau errant avait déjà entendu toutes sortes d’histoires à propos de Cuba. Vous savez comment ils sont les médecins, ils se partagent tous les secrets du métier. Or, cette île accueillante s’était taillé une solide réputation en matière d’aide internationale. Plus de 28 000 professionnels cubains de la santé sont à pied d’œuvre dans 34 pays, dont plusieurs ont rapporté des cas de patients atteints du nouveau coronavirus. Un médecin bien informé, quelle que soit sa nationalité, doit savoir que les médecins cubains se sont illustrés dans la lutte à l’Ébola, en Afrique occidentale, en 2014, ou lors du terrible tremblement de terre en Haïti, en 2010, pour ne mentionner que ces deux événements.Fort de ces témoignages, si nombreux qu’ils doivent bien renfermer quelque vérité indéniable, le médecin du bord a dû convaincre le capitaine de prendre contact avec les autorités cubaines pour voir si cette opération humanitaire pouvait avoir lieu en sol cubain, ce pays soi-disant voyou qui supporte un autre pays soi-disant voyou, le Venezuela, un autre que l’empire étatsunien a dans sa mire. Et le gouvernement cubain a accepté sans hésiter. Les Cubains, ce sont comme ces bons gars qui sont toujours prêts à donner un coup de main, à aider leur voisin dans le besoin, sans jamais calculer ce qu’il va leur en coûter. Il y en a peu mais ils sont vrais.Bien sûr, les plus grandes mesures de sécurité ont été mises en place. L’opération a duré plusieurs heures. J’imagine le casse-tête que cela représentait de déplacer par autobus tout ce monde, du port de Mariel, en banlieue de la Havane, jusqu’à l’aéroport José Marti de La Havane, sans nuire aux activités habituelles de l’aéroport international et sans mettre en péril la santé des autres passagers.
Entre-temps, l’Angleterre avait envoyé quatre gros porteurs — dont un avion-hôpital —, qui sont finalement partis les uns à la suite des autres, dans la soirée de mercredi à jeudi. Mission accomplie. Ils étaient nombreux les passagers du bateau errant à remercier Cuba en montant l’escalier menant aux aéronefs, posés sur la piste du terminal 5 de l’aéroport de La Havane. Peut-être auront-ils le goût de revenir, un jour, dans ce petit pays « bloqueado », qui, malgré toutes les difficultés et privations, a su faire preuve d’une générosité et d’une solidarité exemplaires ?
samedi 14 mars 2020
Cuba produit de l'interféron Alfa 2B, un médicament utilisé par la Chine pour traiter ses patients atteints de coronavirus et qui a suscité un intérêt d'achat dans une quinzaine de pays, ont rapporté vendredi des spécialistes médicaux de l'île.C'est un antiviral qui reconstitue les défenses humaines. "L'interféron est un produit thérapeutique, pas un vaccin", a déclaré Eduardo Martinez, président du groupe industriel public BioCubaFarma, niant les publications sur les réseaux sociaux qui affirment que le pays dispose d'un remède contre cette pandémie.Il a rappelé que, selon l'association pharmaceutique chinoise, "parmi les propositions (pour lutter contre le coronavirus), le premier produit à action antivirale qui est recommandé est l'interféron", parmi une trentaine d'options.Martínez a expliqué qu'en plus de Cuba, la drogue est également fabriquée par une entreprise commune en Chine, ce qui a facilité sa disponibilité pour le traitement. "C'est un médicament que nous avons toutes les capacités de fournir au système de santé national à Cuba et en Chine.Selon le directeur du Centre cubain de génie génétique et de biotechnologie (CIGB), Eulogio Pimentel, une quinzaine de pays sont intéressés par l'acquisition de ce produit en Amérique latine, en Europe, en Afrique et en Asie."Nous recevons des demandes d'un grand nombre de pays qui nous demandent des offres. Nous avons la capacité de l'approvisionner sans mettre en danger les quantités nécessaires pour le pays", a déclaré vendredi Eduardo Martinez, président du groupe pharmaceutique d'État BioCubaFarma, lors d'une conférence de presse.Nous avons un "inventaire d'interféron, de produit fini, pour les cas qui dans un horizon de trois à six mois pourraient apparaître à Cuba. Et en cours de réalisation, nous disposons d'un stock équivalent pour traiter toutes les personnes infectées qui se sont produites en Chine", a-t-il ajouté.Lors des épidémies d'autres coronavirus et du SRAS, les interférons ont été utilisés à des fins de prévention et de traitement, a expliqué la vice-présidente de la CIGB, Marta Ayala."Les interférons sont des molécules que l'organisme produit lui-même en réponse à des attaques virales. C'est une première défense naturelle du système immunitaire pour combattre l'entrée du virus et l'inhiber", a-t-elle expliqué.Mais le coronavirus, au lieu d'induire la production d'interférons, la diminue. "L'administration d'interféron de l'extérieur pourrait être une approche correcte au milieu de la gamme des traitements utilisés", a-t-il déclaré.Le médicament est administré par injection, mais en Chine, il a été appliqué par nébulisation "parce qu'il atteint rapidement les poumons et agit au stade précoce de l'infection", a déclaré M. Ayala.Produit depuis janvier de cette année à l'usine sino-cubaine ChangHeber dans la province chinoise de Jilin, l'interféron est l'un des produits phares de la biotechnologie cubaine et est également utilisé contre les infections virales causées par le VIH, le papillomavirus humain et les hépatites de types B et C.Quatre cas de coronavirus ont été signalés sur l'île jusqu'à présent. Le gouvernement est en train de produire un million de masques. Le tourisme est un moteur important de l'économie cubaine. Pour l'instant, le gouvernement n'a pas prévu de fermer ses frontières et a renforcé les contrôles à l'entrée.Source : portafolio.co
dimanche 1 mars 2020
Le monde fait face actuellement à un défi majeur : le Covid-19, communément appelé Coronavirus. L’épidémie est partie de la ville chinoise de Wuhan en décembre 2019, s'est répandu à d’autres villes de l’Empire du Milieu pour aujourd’hui, atteindre plus d’une soixantaine de pays des cinq continents. À ce jour, près de 90 000 personnes ont été touchées dont environ 3 000 morts. L’un des derniers pays à être touché par la maladie est la République Dominicaine, avec laquelle nous partageons l’île d’Haïti. En effet, les autorités dominicaines viennent d'annoncer un premier cas, un touriste de nationalité italienne de 62 ans.
Cette situation devrait conduire nos dirigeants politique à prendre des décisions importantes pour protéger notre population face à cette menace qui est à nos portes sachant qu’en tout état de cause, Haïti n’est pas prête à faire face au Covid-19 vu l’état désastreux de nos hôpitaux publics et privés. Haïti est donc un terrain propice pour la propagation d'une telle épidémie.
La priorité devrait être aujourd’hui la prévention c'est-à-dire tout mettre en œuvre pour empêcher l’entrée du virus dans notre pays en renforçant les contrôles aux frontières notamment avec la Dominicanie qui représente, pour l’instant, la plus grande menace pour nous en raison du mouvement important de population qui existe entre les deux pays ainsi que l’intensité des activités commerciales. Outre le fait que tous les individus, Haïtiens ou étrangers, venant d’un pays touchés par le Coronavirus devraient être contrôlés dans nos aéroports, le gouvernement devrait également prendre des mesures plus strictes pour protéger la population.
Chaque semaine ont lieu à plusieurs endroits de la frontière haïtiano-dominicaine des marchés dits binationaux dont celui de Ouanaminthe-Dajabón, dans le département du Nord-est. Ces rassemblements sont le point de rencontre d'une multitude de vendeurs et d’acheteurs Haïtiens et Dominicains. Face à la présence de l’épidémie chez nos voisins de l'Est et son caractère très contagieux, une décision de bon sens serait la fermeture temporaire de ces marchés. En effet, le risque de propagation augmente avec de tels rassemblements, ce qu’a compris la Suisse qui a interdit les rassemblements dépassant 1 000 personnes. La France, de son côté, vient d'interdire tout rassemblement de plus de 5 000 individus.
Quant à la frontière terrestre avec la Dominicanie, longue de 375 kilomètres, des mesures devraient être prises également. Le long de cette frontière, sont installés de points de passage officiels à Ouanaminthe, à Belladère, à Malpasse ou encore à Anse-à-Pitre. La ligne frontalière est aussi parsemée de plusieurs dizaines de points de passage non-officiels sur lesquels les gouvernements haïtien et dominicain ont peu de contrôle. Les douanes à la frontière devraient faire l'objet des mêmes mesures que les aéroports. Quant aux points de passage clandestins, il est plus difficile de les contrôler complètement. Néanmoins, il ne serait pas inutile d'intervenir sur ces points en envoyant des fonctionnaires de police patrouiller dans ces zones. Car, ce qui importe avant tout, c'est protéger nos compatriotes face à ce fléau qui serait terrible pour notre pays.
Cette situation devrait conduire nos dirigeants politique à prendre des décisions importantes pour protéger notre population face à cette menace qui est à nos portes sachant qu’en tout état de cause, Haïti n’est pas prête à faire face au Covid-19 vu l’état désastreux de nos hôpitaux publics et privés. Haïti est donc un terrain propice pour la propagation d'une telle épidémie.
La priorité devrait être aujourd’hui la prévention c'est-à-dire tout mettre en œuvre pour empêcher l’entrée du virus dans notre pays en renforçant les contrôles aux frontières notamment avec la Dominicanie qui représente, pour l’instant, la plus grande menace pour nous en raison du mouvement important de population qui existe entre les deux pays ainsi que l’intensité des activités commerciales. Outre le fait que tous les individus, Haïtiens ou étrangers, venant d’un pays touchés par le Coronavirus devraient être contrôlés dans nos aéroports, le gouvernement devrait également prendre des mesures plus strictes pour protéger la population.
Chaque semaine ont lieu à plusieurs endroits de la frontière haïtiano-dominicaine des marchés dits binationaux dont celui de Ouanaminthe-Dajabón, dans le département du Nord-est. Ces rassemblements sont le point de rencontre d'une multitude de vendeurs et d’acheteurs Haïtiens et Dominicains. Face à la présence de l’épidémie chez nos voisins de l'Est et son caractère très contagieux, une décision de bon sens serait la fermeture temporaire de ces marchés. En effet, le risque de propagation augmente avec de tels rassemblements, ce qu’a compris la Suisse qui a interdit les rassemblements dépassant 1 000 personnes. La France, de son côté, vient d'interdire tout rassemblement de plus de 5 000 individus.
Quant à la frontière terrestre avec la Dominicanie, longue de 375 kilomètres, des mesures devraient être prises également. Le long de cette frontière, sont installés de points de passage officiels à Ouanaminthe, à Belladère, à Malpasse ou encore à Anse-à-Pitre. La ligne frontalière est aussi parsemée de plusieurs dizaines de points de passage non-officiels sur lesquels les gouvernements haïtien et dominicain ont peu de contrôle. Les douanes à la frontière devraient faire l'objet des mêmes mesures que les aéroports. Quant aux points de passage clandestins, il est plus difficile de les contrôler complètement. Néanmoins, il ne serait pas inutile d'intervenir sur ces points en envoyant des fonctionnaires de police patrouiller dans ces zones. Car, ce qui importe avant tout, c'est protéger nos compatriotes face à ce fléau qui serait terrible pour notre pays.
Inscription à :
Articles (Atom)













Social Media
Search