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Santo Domingo

jeudi 5 juin 2025

Note confidentielle de l'Ambassade de la Confédération suisse au Mexique sur la situation en Haïti et dans d'autres pays des Caraïbes

mercredi 4 juin 2025



Santo-Domingo, le 6 janvier 1801.
Très-Excellent Seigneur,

La lettre de Votre Excellence par duplicata, en date du 29 frimaire, que je viens de recevoir, m’est aussi étrange que celle du 14 nivôse qui l’accompagne : l’une et l’autre sont incompréhensibles, et ne peuvent s’accorder avec ce que Votre Excellence m’a écrit le 1er thermidor (20 juillet, datée du Petit-Goave). Cette dernière est digne de celui qui a été élevé à la suprématie des deux nations.

Dans vos dites lettres, il paraît que Votre Excellence traite tantôt d’une vengeance qui n’est dirigée ni contre moi, ni contre ces peuples honorables, tantôt il paraît qu’elle traite de la prise de possession.

L’agent, par son arrêté du 27 prairial an 8 (16 juin) a annulé celui du 7 floréal (27 avril) de la même année ; il me l’a transmis par sa lettre du 15 vendémiaire (7 octobre), approuvant mes résolutions, et convenant d’attendre en tout, ce que diraient l’Espagne et la France.

À présent, je me trouve avec des lettres, l’une avec le titre de duplicata, et l’autre écrite de Saint-Jean dans laquelle vous me parlez d’éviter l’effusion du sang, que Votre Excellence approche de notre juridiction pacifique à la tête de ses troupes menaçantes, et dans le style d’un ennemi déclaré.

Je dois douter que ce soit Votre Excellence qui ait dicté ces lettres, ni qu’on puisse comprendre que ce soit Votre Excellence qui agisse de la sorte. Notre sang se versera toutes les fois que par son effusion il pourra résulter quelque honneur à notre gouvernement. Il ne se versera pas pour causer un scandale, une horreur, ni pour baigner un territoire où règnent de meilleurs sentimens que ceux de l’humanité.

Votre Excellence me donne des éloges dans ses lettres ; Votre Excellence a des considérations pour ses voisins : comment devons-nous concilier cela avec l’idée de la vengeance ? Votre Excellence a renvoyé ses prétendus griefs à la souveraineté de la République française, et j’ai renvoyé les miens à mon monarque : étant ainsi d’accord par cette sage mesure, comment nous arrangerons-nous à présent d’une nouveauté attentatoire des meilleures mesures ou satisfactions que nous sommes sur le point d’espérer de qui nous commande, à Votre Excellence et à moi, et dans le temps que j’attends avec soumission un résultat quelconque, ou une inculpation ?

Monsieur Agé n’a reçu aucune insulte, comme Votre Excellence l’a reconnu dernièrement et m’en a remercié par ses lettres ; ceci me persuade que je ne suis pas dans l’erreur, et les personnes les plus étrangères et les plus impartiales qui connaissent notre cas me le confirment ; d’où il résulte qu’où il n’y a pas d’injure, il n’est pas besoin de réparation ; et, s’il en fallait, ce serait l’affaire de nos gouvernemens.

Que Votre Excellence revienne sur elle-même ; qu’elle éloigne de soi tous les conseillers qui la conduisent si mal : car les mouvemens propres de Votre Excellence sont tout différens et dérivent de la religion. Que Votre Excellence n’afflige plus ces peuples qui respirent la simplicité et l’innocence : la France le sait, et j’assure Votre Excellence que c’est le seul moyen de les conserver et de les attacher, et qu’il n’en reste aucun autre à Votre Excellence pour conserver sa réputation intacte, depuis tant de temps qu’elle combat pour mériter les éloges de sa patrie.

Autrement, je vous fais mille et une protestations, dans la conviction que c’est un territoire et un vasselage de la République française que vous menacez sans lui en donner avis, et dont la conservation et la tranquillité me sont confiées jusqu’à la détermination suprême de les délivrer, ainsi que j’en ai les ordres.

Dieu garde Votre Excellence un grand nombre d’années, Très-Excellent Seigneur.

Don Joachim Garcia.

mardi 3 juin 2025



À la Maguana, le 4 janvier 1801 (14 nivôse an 9).
Le général en chef Toussaint Louverture,
À Son Excellence Don Joachim Garcia.

J’ai eu l’honneur de vous écrire, Monsieur le Président, le 29 frimaire dernier du Cap, par le général Moïse. Ignorant si ma lettre vous est parvenue, je vous en fais passer une copie sous ce pli, à laquelle je vous invite de me répondre sans perte de temps, en me l’adressant dans cette ville-ci.

J’ai été depuis au Port-Républicain, pour faire marcher la troupe nécessaire dans la route du Sud, sous les ordres d’un autre général ; mais, afin d’éviter l’effusion du sang, et de conserver cette partie intacte et protéger les habitans, je me suis déterminé à y venir moi-même en personne. Veuillez me répondre de suite.

J’ai l’honneur d’être, avec tous les égards dus à votre mérite et à votre dignité, etc.

Toussaint Louverture.


Nota : la lettre a été rédigée alors que les troupes louverturiennes avaient été à San Juan de La Maguana, dans la partie orientale de l'ile, se dirigeant vers la ville de Santo Domingo.

samedi 31 mai 2025

Traité de paix entre la République Française et le Roi d’Espagne

République Française & Sa Majesté le Roi d’Espagne, également animées du désir de faire cesser les calamités de la guerre qui les divisent, intimement convaincus qu’il existe entre les deux nations des intérêts respectifs qui commandent un retour réciproque d’amitié & de bonne intelligence, & voulant, par une paix solide & temps avait constamment été la base durable, rétablir la bonne harmonie, qui depuis longtemps avait constamment été la base des relations des deux pays, elles ont chargé de cette négociation importante, savoir:

La République Française, le citoyen François Barthélemy, son ambassadeur en Suisse
Et Sa Majesté catholique, son ministre plénipotentiaire & envoyé extraordinaire près du Roi & de la République de Pologne, Don Domingo de Triarte, chevalier de l’Ordre royal de Charles III, &c.

Lesquels, après avoir échangé leurs pleins pouvoirs, ont arrêté les articles suivants :

ART. 1 – Il y aura paix, amitié & bonne intelligence entre la République Française & le Roi d’Espagne.

ART. 2 – En conséquence, toutes hostilités entre les deux puissances contractantes cesseront à compter de l’échange des ratifications du présent traité, & aucune d’elles ne page 2 ne pourra, à compter de la même époque, fournir contre l’autre, en quelque qualité & à quelque titre que ce soit, aucun secours ni contingent, soit en hommes, en chevaux, vivres, argent, munitions de guerre, vaisseaux ou autrement.

ART. 3 – L’une des puissances contractantes ne pourra accorder passage sur son territoire à des troupes ennemies de l’autre.

ART. 4 – La République Française restitue au roi d’Espagne Restita toutes les conquêtes qu’elle à faites sur lui dans le cours de la guerre actuelle : les places & pays conquis seront évacués par les troupes françaises dans les quinze jours qui suivront l’échange des ratifications du présent traité.

ART. 5 – Les places fortes dont il est fait mention dans pièces l’article précédent seront restituées à l’Espagne, avec fortes les canons, munitions de guerre & effets à Tutage de ces places, qui y auront existé au moment de la signature de ce traité.

ART. 6 – Les contributions, livraisons, fournitures & prestations de guerre, cesseront entièrement à compter de quinze jours après la signature du présent acte de pacification. Tous les arriérages dus à cette époque, de même que les billets & promesses données ou faites à cet égard, seront de nul effet. Ce qui aura été pris ou perçu après l’époque susdite, sera d’abord rendu gratuitement ou payé en argent comptant.

ART. 7 – Il sera incessamment nommé de part & d’autre des commissaires pour procéder à la confection d’un traité de limites entre les deux puissances. Ils prendront, autant que possible, pour base de ce traité, à l’égard des terrains qui étaient en litige avant la guerre actuelle, la crête des montagnes qui forment les versants des eaux de France & d’Espagne.

ART. 8 – Chacune des puissances contractantes ne pourra, à dater d’un mois après l’échange des ratifications du présent traité, entretenir sur ses frontières respectives que le nombre des troupes qu’on avait coutume d’y tenir avant la guerre actuelle.

ART. 9 – En échange de la restitution portée par l’article 4, le Roi d’Espagne, pour lui & ses successeurs, cède & abandonne en toute propriété à la République Française toute partie espagnole de l’île de St. Domingue aux Antilles.

Un mois après que la ratification du présent traité sera connue dans cette île, les troupes espagnoles devront se tenir prêtes à évacuer les places, ports & établissements qu’elles y occupent, pour les remettre aux troupes de la République Française au moment où celles-ci se présenteront pour en prendre possession.

Les places, ports & établissements dont il est fait mention ci-dessus, seront remis à la République Française, avec les canons, munitions de guerre & effets nécessaires à leur défense, qui y existeront au moment où le présent traité sera connu à Saint-Domingue.
Les habitants de la partie espagnole de St. Domingue qui par des motifs d’intérêt ou autres, préféreraient de se transporter avec leurs biens dans les possessions de Sa Majesté catholique, pourront le faire dans l’espace d’une année, à compter de la date de ce traité.
Les généraux & commandants respectifs des deux nations se concerteront pour les mesures à prendre pour l’exécution du présent article.

ART. 10 – Il sera accordé respectivement aux individus des deux nations la main-levée des effets, revenus, biens de quelque genre qu’ils soient, détenus, saisis ou confisqués à cause de la guerre qui a eu lieu entre la République Française & Sa Majesté catholique, de même qu'une prompte justice à l’égard des créances particulières quelconques que ces individus pourraient avoir dans les Etats des deux puissances contractantes.

ART. 11 – En attendant qu’il soit fait un nouveau traité commerce entre les parties contractantes, toutes les communications. & relations commerciales seront rétablies entre la France & l’Espagne sur le pied où elles étaient avant la présente guerre.

Il sera libre à tous négociants français de repasser & de reprendre en Espagne leurs établissements de commerce, & d’en former de nouveaux, selon leur convenance, en se soumettant, comme tous autres individus, aux lois & usages du pays.

Les négociants espagnols jouiront de la même faculté en France, & aux mêmes conditions.

ART. 12 – Tous les prisonniers faits respectivement depuis le commencement de la guerre, sans égard à la différence du nombre & des grades, y compris les marins & matelots pris sur des vaisseaux français ou espagnols, soit d’autres nations, ainsi qu’en général tous ceux détenus de part & d’autre pour cause de la guerre, seront rendus dans l’espace de deux mois au plus tard après l’échange des ratifications du présent traité, sans répétition quelconque de part ni d’autre, en payant toutefois les dettes particulières qu’ils pourraient avoir contractées pendant leur captivité. On en usera de même à l’égard des blessés aussitôt après leur guérison.

Il sera nommé incessamment des commissaires de part & d’autre pour procéder à l’exécution du présent article.

ART. 13 – Les prisonniers Portugais faisant partie des troupes portugaises, qui ont servi avec les armées & sur les vaisseaux de Sa Majesté Catholique, seront également compris dans l’echange sus-mentionné.

La réciprocité aura lieu à l’égard des Francois pris par les troupes portugaises dont il est question.

ART. 14 – Les mêmes paix, amitié & bonne intelligence, stipulées par le présent traité entre la France & le Roi d’Espagne, auront lieu entre le Roi d’Espagne & la République des Provinces-Unies, alliée de la République Française.

ART. 15 – La République Française voulant donner un témoignage d’amitié à Sa Majesté catholique, accepte sa médiation en faveur de la Reine de Portugal, du Roi de Naples, du Roi de Sardaigne, de l’Infant duc de Parme & des autres États de l’Italie, pour le rétablissement de la paix entre la République Française et chacun de ces Princes et États.

ART. 16 – La République Française connaissant l’intérêt que Sa Majesté catholique prend à la pacification générale de l’Europe, consent également à accueillir ses bons offices en faveur des autres puissances belligérantes, qui s’adresseraient à elle pour entrer en négociation avec le gouvernement français.

ART. 17 – Le présent traité n’aura son effet qu’après avoir été ratifié par les parties contractantes, et les ratifications seront échangées dans le délai d’un mois, ou plus tôt, s’il est possible, à compter de ce jour.

En foi de quoi, nous soussignés plénipotentiaires de la République Française et de Sa Majesté le Roi d’Espagne, en vertu de nos pleins pouvoirs, avons signé le présent traité de paix & d’amitié, et y avons fait apposé nos sceaux respectifs.

Fait à Bâle, le quatrième Thermidor, l’an troisième de la République (22 juillet 1795).

Signé : François Barthelemy, Dominco d’Yriartes.

Décret de Ratification de la part de la Convention Nationale, adopté le 1er août 1795 (10 Thermidor an III).

La convention nationale, après avoir entendu le rapport de son comité de salut public, confirme et ratifie le traité passé le 4 Thermidor présent mois, entre le citoyen François Barthelemy, ambassadeur de la République Française près les Cantons Helvétiques, fondé de pouvoirs du comité de salut public, et Don Domingo d’Yriartes, chevalier de l’ordre royal de Charles III, ministre plénipotentiaire du Roi d’Espagne.

Source : Documents du Droit international

Au Cap, le 29 frimaire an 9 de la République française une et indivisible.

Toussaint Louverture, général en chef de l’armée de Saint-Domingue,

À Son Excellence Don Joachim Garcia, etc.
Monseigneur,

J’avais eu l’honneur de vous mander des Cayes, que je me réservais à mon premier voyage au Cap, de vous écrire pour vous demander justice de l’insulte faite au gouvernement, en la personne d’un de ses officiers-généraux, son envoyé auprès de l’audience espagnole. Je vous avoue que si j’ai dû être surpris d’un procédé si contraire aux règles établies entre les nations policées, mon devoir me prescrit impérativement d’en obtenir une réparation. J’espère donc, Monseigneur, que vous ne me la laisserez pas désirer plus longtemps, en me répondant d’une manière satisfaisante à ma réclamation.

Des raisons d’État ont déterminé l’agent du gouvernement à m’ordonner, le 7 floréal an 8 (27 avril) de prendre, au nom de la République, possession de la partie de cette île cédée à la France par Sa Majesté Catholique, d’après le traité conclu à Bâle entre les deux nations. En conséquence, je vous préviens que j’ai chargé le général Moïse, commandant en chef la division du Nord, de cette importante expédition ; et, d’après l’outrage qu’a essuyé le gouvernement en la personne du général Agé pour la même mission, j’ai dû faire accompagner le général Moïse d’une force armée suffisante, pour l’exécution du traité et pour la protection de toute cette partie de l’île, contre les entreprises des ennemis de la République.

Je désire de tout mon cœur que la conduite franche et loyale des habitans et la vôtre, Monseigneur, réalise mes espérances et me mette à même de contremander la plus grande partie des troupes que l’expérience a nécessité de mettre en mouvement, pour assurer la pleine et entière exécution des ordres du gouvernement.

J’espère également, Monseigneur, que vous voudrez bien ne point laisser ignorer aux Espagnols qui resteront sous les lois françaises, que leurs personnes et leurs propriétés seront respectées, et qu’il ne sera rien innové aux usages religieux qu’ils professent. Recevez-en, Monseigneur, je vous prie, ma parole inviolable de militaire. Soyez en même temps persuadé que si j’insiste sur la réparation que je réclame de Votre Excellence, à l’occasion de l’insulte faite au gouvernement en la personne du général Agé, c’est parce que j’ai uniquement à cœur, en faisant respecter le nom français, d’entretenir les liaisons d’amitié qui existent entre les deux métropoles.

Que Dieu vous prenne, Monseigneur, en sa sainte garde.

J’ai l’honneur d’être, avec tous les égards dus à votre mérite et à votre dignité, etc.

Toussaint Louverture.

samedi 26 avril 2025


Haïti a été le refuge des combattants de la Restauration lorsqu'ils ont échappé aux troupes espagnoles. Ils s'y sont réorganisés, ont reçu des armes des Haïtiens et sont rentrés au pays pour continuer le combat.

« À court de munitions, je me suis mis en route pour Haïti : le général Sylvain Salnave m'a vu au Trou ; il m'a offert des armes et des vivres qu'il avait recueillis par souscription auprès de ses amis du Cap-Haïtien ». Le récit est celui du général Benito Monción, héros et initiateur de la guerre de restauration.

« C'est au Cap Haïtien (la ville la plus importante après la capitale) que fut établie la fabrication des premières cartouches, que furent fournis les autres éléments de la guerre et que fut rédigé le second Manifeste déclarant la guerre à l'Espagne ». Ce récit est celui de Casimiro Rodríguez, combattant et espion au service de la révolution et frère du général et patriote Santiago (Chago) Rodríguez. Ce dernier était propriétaire terrien dans la Línea Noroeste.

Il (Casimiro) explique que son frère Chago a dû fuir avec sa famille et s'installer en Haïti, où, avec d'autres patriotes (Monción, Pedro Antonio Pimentel, José Cabrera), ils se sont regroupés pour que la guerre de restauration puisse entrer dans sa phase finale.

C'est en Haïti que les drapeaux ont été fabriqués et hissés le 16 août 1863 à Capotillo en République dominicaine, officialisant ainsi le début de la guerre. La Seconde République est ainsi rétablie, la République dominicaine ayant été convertie en colonie espagnole en 1861, sous la direction du général Pedro Santana. (Source : Magazine Clío (2013)-Académie dominicaine d'histoire).


Nota : Cet article est écrit par Roberto Valenzuela et publié dans le média dominicain Noticias SDN le 25 avril 2022. Il a été traduit en langue française par nos soins.

vendredi 25 avril 2025

La révolution d'avril 1965 en République dominicaine a été non seulement un soulèvement national pour le retour à la constitutionnalité, mais aussi un exemple de solidarité internationale. Parmi les groupes qui ont rejoint la cause constitutionnelle, le Commando haïtien, composé d'exilés politiques et d'anciens militaires haïtiens, a apporté son expérience et son engagement à la lutte dominicaine.

Origine et composition du commando haïtien

Après la chute de la dictature de Rafael Trujillo en 1961, la République dominicaine est devenue un refuge pour de nombreux Haïtiens fuyant le régime de François Duvalier. Ces exilés, dont beaucoup avaient reçu une formation militaire, se sont organisés en Commando haïtien au début de la révolution en avril 1965. Ils se sont d'abord installés dans une boulangerie abandonnée près du parc de l'Indépendance, avant de déménager dans les locaux du Centre libano-syro-palestinien, à l'ouest du parc.  C'était la première fois que, sur le sol dominicain, des Haïtiens et des Dominicains se battaient ensemble contre un ennemi commun.

Contributions au champ de bataille

Le commando haïtien a joué un rôle crucial dans la résistance des Constitutionalistas. Selon le capitaine Ernesto González González, dit « El Gato », interrogé par l'Archivo de la Nación, « ces combattants étaient des experts en armement et étaient chargés de réparer les carabines, fusils et autres armes cassés à Parque Independencia ». « Leur capacité à fabriquer et à réparer des pièces essentielles, telles que des clous d'arrachage d'obus, était inestimable pour maintenir la capacité opérationnelle des forces révolutionnaires », selon le capitaine Gonzalez.

En plus de leur travail technique, les membres du Commando haïtien ont été actifs lors d'engagements clés. Renel Baptiste, par exemple, a manié un bazooka pendant la bataille du pont Duarte, détruisant un char ennemi et sauvant la vie de dirigeants tels que Montes Arache. Cette action a été confirmée, plus tard, par José Francisco Peña Gómez (Isalguez, « La Revolución de abril 65 » p. 10). Fred Baptiste s'est distingué lors de la prise de Fortaleza Ozama, en conduisant un char AMX grâce à sa formation d'artilleur. Il a également participé aux combats des 15 et 16 juin dans les locaux du journal La Nación.

Sacrifice et reconnaissance

L'engagement du commando haïtien pour la cause dominicaine a coûté cher. Jean Sateur, second commandant du commando, est mort lors de l'assaut manqué du Palais national le 19 mai 1965. Son corps, ainsi que celui d'un autre combattant haïtien non identifié, a été retrouvé quelques heures plus tard en raison des tirs nourris de l'ennemi. Malgré son sacrifice, Sateur n'a pas reçu la naturalisation posthume accordée à d'autres combattants étrangers tels qu'Ilio Capozzi et Jacques Viau [un poète haïtien, ndlr], ce qui témoigne d'un manque de reconnaissance institutionnelle de sa contribution.

Héritage de la solidarité

La participation du commando haïtien à la révolution d'avril 1965 symbolise la solidarité entre les peuples haïtien et dominicain dans la lutte contre l'oppression et pour la démocratie. Leur bravoure et leurs compétences techniques ont été fondamentales pour la résistance constitutionnelle, et leur héritage demeure un exemple d'unité et d'engagement en temps de crise.

Nota : Cet article a été publié initialement par la Resvista dominicana le 24 avril 2025 sous le titre El Comando Haitiano en la Revolución de Abril: Solidaridad y Lucha Compartida.


vendredi 18 avril 2025


L'attention décente et le respect dus à l'opinion de tous les hommes, et à celle des nations civilisées, exigent que lorsqu'un Peuple qui a été uni à un autre, veut reprendre ses droits, les défendre, et dissoudre ses liens politiques, il déclare avec franchise et bonne foi, les causes qui le poussent à la séparation, de peur que l'on ne croie que c'est l'ambition, ou l'esprit de nouveauté qui le poussent.

Nous croyons avoir démontré avec une constance héroïque qu'il faut souffrir les maux d'un gouvernement, tant qu'ils sont supportables, plutôt que de rendre justice en abolissant les formes ; mais lorsqu'une longue série d'injustices, de violations et de vexations, se poursuivant dans le même but, dénote le dessein de tout réduire au despotisme et à la tyrannie la plus absolue, il devient le droit sacré du peuple, et son devoir, de secouer le joug d'un tel gouvernement, et de fournir de nouvelles garanties, assurant sa stabilité et sa prospérité futures. Car les hommes étant réunis en sociétés dans le seul but de conspirer à leur conservation, qui est la loi suprême, ils ont reçu de la nature le droit de proposer et de solliciter les moyens de l'obtenir ; et pour la même raison, ces principes les autorisent à se prémunir contre tout ce qui pourrait les priver de ce droit, dès que la société est menacée.

Voici pourquoi le peuple de la partie orientale de l'île anciennement connue sous le nom d'Hispaniola ou de Saint-Domingue, usant de son propre pouvoir, poussé par vingt-deux ans d'oppression et entendant de toutes parts les cris de la patrie, a pris la ferme résolution de se séparer à jamais de la République haïtienne, et de se constituer en État libre et souverain. Il y a vingt-deux ans, le peuple dominicain, par une de ces fatalités du destin, subissait l'oppression la plus ignominieuse... Que sa chute ait dépendu de l'ignorance de son véritable intérêt national, ou qu'il se soit laissé emporter par le torrent des passions individuelles, le fait est qu'un joug plus désuet et plus dégradant que celui de son ancienne métropole lui a été imposé. Il y a vingt-deux ans que les peuples sont privés de tous leurs droits, qu'ils sont violemment privés des avantages auxquels ils ont droit, s'ils sont considérés comme agrégés à la République, et qu'ils ne tardent pas à perdre jusqu'au désir de s'affranchir d'un esclavage aussi humiliant !

Quand, en février 1822, la partie orientale de l'île, ne cédant qu'à la force des choses, ne refusa pas de recevoir l'armée du général Boyer, qui, en ami, traversait la frontière de part en part, les Dominicains espagnols ne crurent pas que, par une perfidie si déguisée, il avait manqué aux promesses qui lui servaient de prétexte pour occuper les villages, et sans lesquelles il aurait dû surmonter d'immenses difficultés et peut-être marcher sur nos cadavres si la chance l'avait favorisé. Aucun Dominicain ne le reçut alors sans manifester des signes de sympathie pour ses nouveaux concitoyens : la partie la plus simple des villages qu'il occupait, venant à sa rencontre, crut trouver dans celui qui venait de recevoir dans le Nord le titre de pacificateur, la protection qu'il avait si hypocritement promise. Mais bientôt, à travers le déguisement qui dissimulait les sinistres desseins qu'il apportait avec lui, tous s'aperçurent qu'ils étaient entre les mains d'un oppresseur, d'un tyran féroce !!! En entrant dans la ville de Saint-Domingue, le désordre et le vice entrèrent avec lui en masse ! Perfidie, division, calomnie, violence, délation, usurpation, haine et personnalités jusqu'alors peu communes chez ces peuples innocents. Leurs décrets et leurs dispositions sont le début de la discorde et le signe de la destruction. Par son système désorganisateur et machiavélique, il força l'émigration des principales et des plus riches familles, et avec elles les talents, les richesses, le commerce et l'agriculture ; il écarta de son conseil et des principaux postes, les hommes qui auraient pu représenter les droits de leurs concitoyens, demander le remède aux maux, et exprimer les vraies exigences du pays. Au mépris de tous les principes du droit public et du droit des gens, il réduisit plusieurs familles à l'indigence, en leur enlevant leurs biens, pour les réunir aux possessions de la République, et les donner aux particuliers de la partie occidentale, ou les leur vendre à très bas prix. Il ravagea les champs, dépouilla les églises de leurs richesses, piétina et vilipenda les ministres du culte, leur enleva leurs rentes et leurs droits, et par sa négligence laissa les édifices publics tomber en ruine, afin que leurs gouvernants pussent profiter du butin et assouvir ainsi la cupidité qu'ils avaient apportée de l'Occident. Plus tard, pour donner à ses injustices un semblant de légalité, il fit voter une loi pour que les biens des absents, dont les frères et les proches parents vivent encore dans la misère, entrent dans l'État. Non content de son avarice, d'une main sacrilège il s'attaqua aux biens des enfants de l'Orient ; il autorisa le vol et la fraude par la loi du 8 juillet 1824 ; il interdit la communauté des terres communales qui, en vertu de conventions et pour l'utilité et la nécessité des familles, s'étaient conservées depuis la découverte de l'île, afin d'en tirer parti au profit de son État, pour achever de ruiner l'élevage des animaux et d'appauvrir une multitude de pères de famille. Tout détruire, tout ruiner, tel était l'objet de son insatiable avidité ! Fécond à penser aux maux par lesquels il devait consommer l'œuvre de notre ruine et réduire tout à rien, il mit en place un système monétaire, qui insensiblement réduisit par degrés, les familles, les employés, les marchands et la généralité des habitants, à la plus grande misère. C'est dans ce but que le Gouvernement haïtien a propagé ses principes corrupteurs. Par l'influence de sa politique infernale, il déchaînait les passions, excitait les partis, forgeait des plans détracteurs, établissait l'espionnage, introduisait l'ivraie et la discorde jusque dans les foyers domestiques. S'il s'élevait en espagnol contre la tyrannie et l'oppression, il était dénoncé comme suspect, traîné au cachot, et les uns montaient à l'échafaud pour effrayer les autres, et pour expirer aussitôt les sentiments qui nous avaient été transmis par nos pères. Le pays, combattu et persécuté, ne pouvait trouver d'asile sûr contre les fureurs de la tyrannie que dans le sein d'une jeunesse affligée et de quelques âmes pures qui savaient cacher leurs principes sacrés, pour faire de la propagande, dans des temps plus heureux, et ranimer par l'énergie ceux qui gisaient dans l'abattement et la torpeur. Les vingt et un ans de l'administration pervertie de Boyer s'écoulèrent, pendant lesquels les habitants de l'Orient subirent toutes les privations qu'on ne saurait énumérer : il traita ses habitants plus mal qu'un peuple conquis par la force : il en pressa le jus, en tirant tout le profit qu'il put pour assouvir sa cupidité et celle des siens : Il en a fait des esclaves au nom de la liberté ; il les a obligés à payer une dette qu'ils n'avaient pas contractée comme ceux de la partie occidentale, qui ont profité des biens d'autrui ; alors qu'au contraire, ils nous doivent les richesses qu'ils nous ont usurpées ou détournées. Tel était le triste tableau de cette partie, lorsque le 27 janvier de l'année dernière, les Clés du Sud de l'île poussèrent le cri de la réforme : avec la rapidité d'un feu électrique, le peuple s'enflamma ; il adhéra aux principes d'un manifeste du 1er septembre 1842, et la partie orientale se flatta, mais en vain, d'un avenir plus heureux. Que sa bonne foi atteignit-elle ! Le commandant Rivière, s'est proclamé chef d'exécution interprète de la volonté du peuple souverain ; il a dicté des lois à sa fantaisie ; il a établi un gouvernement sans aucune forme légale, sans compter pour lui, sans aucun des habitants de cette partie qui s'étaient déjà prononcés en faveur de sa révolution ; il a parcouru l'île, et dans le département de Santiago sans motifs légaux, il a rappelé avec douleur, les tristes temps de Toussaint et de Dessalines amenant avec lui un état-major monstrueux, qui a démoralisé partout : Il a vendu les emplois, il a dépouillé les églises ; il a détruit les élections que le peuple avait faites pour se donner des représentants pour défendre ses droits, et ce afin de laisser cette partie toujours dans la misère et dans le même sort et de se donner des candidats qui l'élèveraient à la Présidence bien que sans mandat spécial de ses mandants : C'est ainsi qu'il menaça l'assemblée constituante et que d'étranges communications faites par lui à l'armée sous son commandement, il devint président de la République... Sous prétexte qu'une séparation de territoire était envisagée dans cette partie, par la Colombie, il remplit les cachots de Port-au-Prince des dominicains les plus ardents, dans la poitrine desquels régnait l'amour de la patrie, sans autre aspiration que celle d'améliorer notre sort, et que nous soyons égaux en droits, et que nos personnes et nos biens soient respectés : d'autres, pères de famille, durent s'expatrier pour se libérer des persécutions qui leur étaient infligées. Et lorsqu'il estima que ses desseins étaient accomplis et que l'objectif qu'il s'était proposé était atteint, il les laissa en liberté, sans aucune satisfaction pour les torts ou les préjudices subis. Rien n'a changé dans notre condition : les mêmes outrages, le même traitement de l'administration précédente, les mêmes impôts ou des impôts plus élevés, le même système monétaire sans garantie, qui entraîne la ruine de ses peuples, et une constitution mesquine qui n'apportera jamais le bonheur au pays, ont marqué le sceau de l'ignominie, en nous privant, contre la loi naturelle, de la seule chose qui nous restait en tant qu'Espagnols - notre langue maternelle ! et en écartant notre auguste Religion, afin qu'elle disparaisse de notre milieu : car si, lorsque cette religion d'État, si lorsqu'elle était protégée, elle et ses ministres, étaient méprisés et vilipendés, que ne sera-t-elle pas aujourd'hui entourée de sectaires et d'ennemis ?

La violation de nos droits, de nos coutumes et de nos privilèges, et tant de vexations, ont réveillé en nous notre position, nous ont fait connaître notre servitude et notre abaissement, et les principes du droit des gens tranchent la question en faveur de notre patrie, comme ils l'ont tranchée en faveur des Pays-Bas contre Philippe II en 1581. Sur l'autorité de ces principes, qui oserait insulter la résolution du peuple des Cayes, lorsqu'il s'est levé contre Boyer et l'a déclaré traître à la patrie ? et qui oserait insulter la nôtre, en déclarant la partie orientale de l'île séparée de la république d'Haïti ? Nous n'avons aucune obligation envers celui qui ne nous donne pas les moyens de la remplir : aucun devoir envers celui qui nous prive de nos droits.

Si la partie orientale était considérée comme volontairement incorporée à la République haïtienne, elle devait jouir des mêmes avantages que ceux avec lesquels elle s'était unie ; et si, en vertu de cette union, nous étions tenus de soutenir son intégrité, elle était tenue de son côté de nous donner les moyens de l'accomplir : elle y a manqué, violant nos droits par nous à l'obligation. Si elle est considérée comme soumise à la République, elle doit a fortiori jouir sans restriction de tous les droits et de toutes les prérogatives qui lui ont été concédés ou promis ; or, sans la condition unique et nécessaire de sa soumission, elle est libre et entièrement désobligée ; et les devoirs qu'elle a envers elle-même l'obligent à pourvoir à sa propre conservation par d'autres moyens. Si l'on considère la constitution d'Haïti de 1816, on verra qu'outre l'originalité du cas, qui consiste à donner une constitution bâtarde à un pays étranger qui n'en avait pas besoin, et qui n'avait pas nommé ses députés naturels pour la discuter, il y a aussi une usurpation des plus scandaleuses, parce que les Haïtiens n'étaient pas alors en possession de cette partie, et qu'auparavant, lorsque les Français furent expulsés de la partie française, ils la donnèrent, celle-ci, parce qu'elle n'était pas à eux. Par le traité de Bâle, cette partie fut cédée à la France, puis restituée ou rendue à l'Espagne par la paix de Paris, en vertu de laquelle les Espagnols en prirent possession en 1809, et qui dura jusqu'au 30 novembre 1821, date à laquelle elle fut séparée de la métropole. Lorsque les fils de l'Ouest révisèrent la constitution en 1816, cette partie n'appartenait ni à Haïti ni à la France : le drapeau espagnol flottait sur leurs forteresses, en vertu d'un droit parfait, et de ce que l'île de Saint-Domingue était appelée Haïti par ses indigènes, il ne s'ensuit pas que la partie occidentale, qui fut d'abord constituée en état souverain et reçut le nom de République d'Haïti, soit appelée partie orientale ou orientale, comme en faisant partie intégrante, lorsque la première appartenait aux Français et la seconde aux Espagnols. Ce qui est bien certain, c'est que si la partie orientale appartient à une domination autre que celle de leurs propres enfants, ce serait à la France ou à l'Espagne, et non à Haïti, car nous de l'Est avons plus de droit à dominer ceux de l'Ouest que le contraire, si nous remontons aux premières années de la découverte de l'immortel Colomb. Par conséquent, dans l'hypothèse retenue, il y a une usurpation qui ne légitime le droit de personne, dans un cas comme le nôtre.

Considérant que les vexations et les violences commises en vingt-deux ans contre l'Espagne antérieure l'ont réduite à la plus grande misère et achèveront sa ruine ; que le devoir de sa propre conservation et de son bien-être futur l'oblige à pourvoir à sa sécurité par des moyens appropriés, étant de droit : (qu'un peuple qui s'est volontairement constitué dépendant d'un autre, pour obtenir sa protection, est libéré de ses obligations, dès que ce dernier lui fait défaut, fût-ce par l'impossibilité du protecteur). Considérant qu'un peuple qui est obligé d'obéir par la force et qui obéit, se porte bien, et que lorsqu'il peut résister et qu'il résiste, il se porte mieux. Considérant enfin qu'en raison de la différence des coutumes et de la rivalité qui existe entre les uns et les autres, il n'y aura jamais d'union et d'harmonie parfaites. Les peuples de l'ancienne partie espagnole de l'île de Saint-Domingue, convaincus qu'en vingt-deux ans d'agrégation à la République haïtienne, ils n'ont pu en retirer aucun avantage, et qu'au contraire ils ont été ruinés, appauvris, dégradés, et traités de la manière la plus basse et la plus abjecte, ont résolu de se séparer pour toujours de la République haïtienne, de pourvoir à leur sécurité et à leur conservation, en se constituant, dans leurs anciennes limites, en un État libre et souverain. Dans lequel, et en vertu de ses lois fondamentales, il protégera et garantira le régime démocratique : la liberté des citoyens en abolissant à jamais l'esclavage : l'égalité des droits civils et politiques sans distinction d'origine ou de naissance : la propriété sera inviolable et sacrée : la religion catholique, apostolique et romaine sera protégée dans toute sa splendeur comme celle de l'État ; mais nul ne sera persécuté ni puni pour ses opinions religieuses : La liberté d'impression sera protégée : la responsabilité des fonctionnaires publics sera assurée : il n'y aura pas de confiscation de biens pour crimes ou délits : l'instruction publique sera encouragée et protégée aux frais de l'État : les droits seront réduits au minimum possible : il y aura un oubli total des votes et des opinions politiques exprimés jusqu'à cette date, à condition que les individus adhèrent de bonne foi au nouveau système. Les grades et emplois militaires seront maintenus selon des règles à établir. L'agriculture, le commerce, les sciences et les arts seront également favorisés et protégés, ainsi que la condition des personnes nées sur notre sol, ou celle des étrangers qui viendront l'habiter conformément aux lois. Enfin, nous nous efforcerons d'émettre, le plus tôt possible, une monnaie ayant une garantie réelle et véritable, sans que le public perde la monnaie haïtienne. C'est le but que nous nous proposons par notre séparation, et nous sommes résolus à donner au monde entier le spectacle d'un peuple qui se sacrifiera pour la défense de ses droits et qui sera réduit en cendres et en ruines, si ses oppresseurs, qui se vantent d'être libres et civilisés, veulent nous imposer des conditions plus dures encore que la mort. Si, contre la raison et la justice, ils veulent nous faire transmettre à nos enfants et à notre postérité un esclavage honteux, alors, bravant tous les dangers, avec une fermeté persévérante, nous jurons solennellement devant Dieu et devant les hommes de nous servir de nos armes pour défendre notre liberté et nos droits, ayant confiance dans la miséricorde du Tout-Puissant qui nous protégera heureusement, rendant nos adversaires enclins à une réconciliation juste et rationnelle, évitant l'effusion de sang et les calamités d'une guerre épouvantable que nous ne provoquerons pas ; mais qui sera une guerre d'extermination s'il en est ainsi.

DOMINICAINS! (Sont compris sous ce nom tous les enfants de la partie orientale du pays et ceux qui veulent suivre nos destinées). Par une ferme résolution, montrons-nous les dignes défenseurs de la liberté : sacrifions les haines et les personnalités au nom de la patrie : que le sentiment de l'intérêt public soit le mobile qui nous décide pour la juste cause de la liberté et de la séparation ; avec lui, nous ne diminuons pas le bonheur de la République d'Occident, et nous le faisons nôtre. Notre cause est sainte : nous ne manquerions pas de ressources, outre celles que nous avons sur notre propre sol, car, s'il le faut, nous utiliserons celles que des étrangers pourraient nous fournir en pareil cas. Le territoire de la République dominicaine étant divisé en quatre provinces, à savoir Saint-Domingue, Santiago ou Cibao, Azua à partir de la limite d'Ocoa et Seybo, le gouvernement sera composé d'un certain nombre de membres de chacune d'elles afin qu'elles participent proportionnellement à sa souveraineté. Le gouvernement provisoire sera composé d'une junte de onze membres élus dans le même ordre. Cette junte reprendra tous les pouvoirs jusqu'à ce que la constitution de l'État soit formée, et déterminera les moyens qu'elle jugera les plus appropriés pour maintenir la liberté acquise, et appellera finalement l'un des patriotes les plus distingués au commandement en chef de l'armée, qui devra protéger nos limites, en y ajoutant les subalternes qui pourraient être nécessaires. A l'union dominicaine ! comme le moment opportun se présente de Neiba à Samaná, d'Azua à Monte Cristi, les opinions sont d'accord et il n'y a pas un dominicain qui ne s'exclame pas avec enthousiasme : SÉPARATION, DIEU, PATRIOTE ET LIBERTÉ. 

Santo-Domingo et 16 janvier 1844 et 1er jour de la Patrie. 

Tomás Bobadilla, M. R. Mella, F. Sánchez, M. Jimenes, Feliz Mercenario, José M. Pérez hijo, Juan Arriaga, Carlos Moreno, Ldo. Valverde, Pedro Bonilla, P. de Castro y Castro, Manuel Cabral, Silvano Puyol, José M. Caminero, Mariano Echavarría, Ramón Echavarría, Angel Perdomo, Bernardo Santin, Juan Santin, Pedro Mena, Juan Ruiz, F. Sosa, Manuel Guerrero, W. Guerrero, Tomás Concha, Jacinto Concha, J. N. Ravelo, P. Valverde, Joaquín Puello, Gavino Puello, W. Concha, J. de la Cruz García, J. Pichardo, Pablo Pichardo, Gabrie J. de Luna, Luis Betances, Joaquín Lluveres, Domingo Rodríguez, C. Rodríguez, J.G. Brea, Jacinto Brea, Antonio Brea, Juan Pina, M. Leguisamon, Narciso Sánchez, Antonio Volta, Ignacio Padua, Pedro M. Mena, M. Aybar, José Piñeyro, Ramón Alonso, Hipólito Billini, E. Billini, José Billini, Fermín Gonzáles, P.A. Bobea, Felipe Alfau, A. Alfau, Julián Alfau, D. Rocha, Nicolás Henríquez, Francisco Continos, Tomás Troncoso, Benito Peres, Nicodemo Peres, Francisco Santelises, Santiago Santelises, Juan Barriento, Manuel Antonio Rosas, Ramón González, Juan Álvarez, Félix María Ruiz, José María Leyba, José María Serra, Fernando Serra, Fernando Herrera, Ignacio Bona, Carlos Gaton, Víctor Herrera, Emeterio Arredondo, Carlos Castillo, Joaquín Gomes, Gregorio Contino, Leonardo Contin, José María Silberio, Gregorio Ramires, Carlos García, Manuel Franco, Manuel María Bello, Narciso Carbonell, Manuel Galván, Emil Palmantier, José Ramón Alvares, Diego Hernandes, José María García, Ramón Ocumares, Antonio Moreno, Alejandro Bonilla, Juan Francisco María Acevedo, Teodoro Acosta, Edoit Lagard, Blas Ballejo, Ysidro Abreu, Juan Vicioso, Justiniano Bobea, Nicolás Lugo, Pedro Díaz, Marcos Rojas, Eusebio Puello, Rafael Rodríguez, Román Bidó, Juan Luis Bidó, Miguel Rojos, Jacinto Fabelo, Manuel Castillo, Ildefonso Mella, Juan Puvbert, Manuel Morillo, Juan Ariza, Pedro Pérez, José Valverde, Baltazar Paulino, José Peña, José Nazario Brea, Toribio Villanueva, Villanueva Padre, Narciso Castillo, Eusebio Pereyra, Juan Alvarez, Esteban Roca, Nolasco Brea, Lorenzo Mañón, Manuel de Regla Mota, José Heredia, Francisco Soñé, Damián Ortis, Valentín Sánchez, Pedro Herrera, Rosendo Herrera, Narciso Ramires Peralta, Pedro Santana, Norberto Linares, Ramón Santana, Juan Contrera, Pedro Brea, Tito del Castillo, Bernabé Sandoval, Juan Rodríguez Pacheco, Jacinto de Castro, José Joaquín Bernal, José del Carmen García, Domingo Báez, Francisco Romero, P. Serón.

vendredi 21 mars 2025


Haïtiens,

Quand, il y a quelques semaines, à la tête de mon armée, je quittai la capitale, je crus nécessaire de vous faire connaitre ma détermination.

Tout me commandait d'entreprendre au plustot la campagne de l'Est : mon obéissance au serment que j'ai prêté de maintenir la constitution ; l'imminence surtout d'une invasion étrangère dans cette partie, voilà les motifs puissants qui me guidèrent.

Aucuns sacrifices ne m'avaient couté pour assurer le bien-être de mes soldats et le succès de cette campagne. Mais, j'avais compté sans la trahison.

Déjà à Manuel-Revo les aigles impériales avaient reçu le double baptême de la victoire et du feu ; dèjà à Las Matas, et Baito, nos colonnes, refoulant tout devant elles, avaient pénétré dans les villes de Saint-Jean de Neybe [San Juan de Neyba, ndlr], quand quelques traitres, sortis des rangs de l'armée, vinrent paralyser mes efforts et nous faire perdre le fruit de nos premiers succès.

Les lâches ! Ils n'ont point senti, dans leur aveuglement, qu'ils foulaient aux pieds cette constitution qu'ils avaient juré de défendre ! Ils n'ont point compris, ces indignes descendants des fondateurs de notre indépendance que, répudiant l'héritage de nos pères, livraient à l'étranger le sol de la Patrie, tiède encore du sang de leurs ancêtres ! 

Dans ces circonstances, je retourne sur mes pas, ajournant l'accomplissement du serment que j'ai prêté de maintenir l'intégrité de notre territoire !

Haïtiens, Soyez calmes ! Votre Empereur veille sur vous ! Je vous ai donné la tranquillité, je saurai vous la conserver. Déjà les traitres ont payé de leur vie leur conduite infâme :

Officiers et soldats qui êtes restés fidèles à votre serment, je suis content de vous. Quelques traitres de moins et notre mission était accomplie. Aussi, retournez dans vos foyers le front haut, car vous avez fait votre devoir.

Vive l'indépendance !

Vive la constitution !


Nota : Cette proclamation aux Haïtiens et à l'Armée de Faustin Soulouque a été publié le 27 janvier 1856 après des défaites successives dans l'Est de l'île. Ces dernières ont mis fin à son ambition de reprendre la partie dominicaine de l'île aux mains des insurgés nationalistes et a participé à la fragilisation de son pouvoir, la fin de son règne et la consolidation de l'indépendance de la République dominicaine.

samedi 16 novembre 2024

Proclamation au peuple à l'occasion de la réunion des départements du Cibao et de l'Ozama à la République d'Haïti

mercredi 13 novembre 2024

Entrée du président Boyer et des Forces armées
 de la République haïtienne à Santo Domingo
Crédit : Ramon Sandoval (Diario Libre)

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