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Ayiti

samedi 2 novembre 2024

Les communes d'Haïti en 1821 

dimanche 5 mai 2024



FORCES ARMÉES D'HAÏTI

QUARTIER GÉNÉRAL DU DÉPARTEMENT MILITAIRE

DE LA ZONE MÉTROPOLITAINE

PORT-AU-PRINCE, RÉPUBLIQUE D'HAÏTI


Le 14 Octobre 1993

NOTE DE PRESSE

    Le Département Militaire de la Zone Métropolitaine informe la population que, selon les premiers renseignements obtenus par le Service d'Investigation et Anti-Gang, le 14 octobre 1993, aux environs de 13 heures, le véhicule de fonction du Ministre de la Justice, Me. Guy MALARY, a été pris en chasse dans la zone de Turgeau à Port-au-Prince par un autre véhicule jusqu'à présent non identifiées ayant à son bord des hommes ARMÉES.

    Le véhicule du Ministre a été retrouvé immobilisé aux abords de l'Église du Sacré Cœur. Le Ministre de la Justice, Me. Guy MALARY, son chauffeur et un agent de sécurité y gisaient dans leur sang, mortellement atteints par les projectiles des assassins.

    Le Département militaire de la Zone Métropolitaine condamne énergiquement cet acte de provocation et profite de l'occasion pour présenter ses sympathies à Son Excellence le Premier Ministre Robert MALVAL, à son Gouvernement et aux familles des défunts.

    Ce Département, tout en exhortant témoins oculaires ou autres détenteurs d'informations à faire preuve de civisme, offre protection absolue et une prime de CINQ MILLE GOURDES (G. 5,000.00) à toute personne qui lui fournira des informations lui permettant de mettre la main aux collets des assassins. À cet égard, les intéressés sont priés de contacter le Capitaine Pierre EDWIGE, FAD'H., aux numéros de téléphone suivants : 22-4167 et 23-1017.

JOSEPH MICHEL FRANÇOIS

Lt.-Colonel, Forces Armées d'Haïti

Commandant du Département


mercredi 27 mars 2024

dimanche 3 décembre 2023


L’ancienne colonie de Saint Domingue, par la proclamation de son indépendance, le premier janvier 1804, a repris son ancien nom AYITI ou Haïti et est devenue la première république noire du monde. Le premier janvier 2017, je me retrouvais, donc aux Gonaïves, en ma qualité de chef de l’Etat et président de la République pour la commémoration du 213ème anniversaire de cet événement historique.

Je rappelle, pour l’histoire et en guise d’introduction, qu’elles étaient rares les années où, cadre de la fonction publique, directeur général, secrétaire d’Etat, ministre, conseiller au cabinet du président et sénateur de la république, je n’étais pas requis ou invité à faire le pèlerinage à la Cité de l’Indépendance et participer aux festivités commémoratives de cet événement historique. Cette ville des Gonaïves, au fil des années, est devenue après le Cap-Haitien celle où je compte le plus grand nombre d’amis et de connaissances, en dehors de mes villes d’origine et de résidence. J’ai tissé et entretenu, pendant de nombreuses années, d’excellentes relations d’amitié et de convenances sociales avec nombre de familles et personnalités originaires ou qui se sont installées dans de cette ville.

Je me permets de mentionner, en tout premier lieu mes camarades de promotion au lycée Max Amisial (Jacko) et Jean Robert Jean Noel et mes amis Ronald Saint-Jean, Fred Brutus, Gaël Painson, Docteur Billy Racine et magistrat Stephen Moise (Topa) et en suite les familles Baudin, Laforest, Auguste, Elysée, Thiesfeld, Latortue (etc.). Je ne saurais, non plus, oublier les nombreux contacts que j’ai eu à nouer, durant mon passage au ministère de l’intérieur et des collectivités territoriales, avec les principaux leaders des quartiers populaires de Raboteau, Jubilée-Blanc, Ka Soley, Bienac, Bigot etc.

Ministre de l’intérieur et des collectivités territoriales, j’étais au cœur des principales activités à se dérouler dans cette ville, dans le cadre des festivités commémoratives du bicentenaire de l’indépendance nationale le 1er janvier 2004. Depuis le 28 décembre 2003, à la demande du premier ministre, je me suis rendu aux Gonaïves et j’ai installé mon quartier général au village des dattes pour la supervision des préparatifs en cours. Mon séjour, qui s’est étendu du 28 décembre 2003 au premier janvier 2004, n’a été l’objet d’aucun acte d’agression. Je circulais librement, dans les principales artères de la ville, de jour comme de nuit, nonobstant l’occupation du quartier de Raboteau par les assaillants de la tristement célèbre armée cannibale et ses multiples attaques contre les principales institutions publiques. Je témoigne qu’il n’a été manifesté, à mon égard, aucun signe d’hostilité laquelle m’aurait fait sentir en situation d’insécurité. Le seul point d’ombre qu’il me revient de signaler est cette attaque armée, dirigée contre le stand officiel dans la matinée du 1er janvier 2004 et cette pluie de détonations d’armes lourdes qui a suivi le message de circonstance du Président Aristide, forçant les dignitaires et les nombreux assistants à la célébration à vider les lieux en catastrophe.

La sympathie des gonaïviens ne m’a jamais fait défaut. Elle m’a été, encore, renouvelée, au mois de juin 2006, quand je me suis rendu dans leur ville, comme détenu, pour répondre à l’appel que j’ai interjeté contre l’ordonnance scélérate du magistrat Clunie Pierre Jules, du Tribunal de Première Instance de Saint Marc. Les applaudissements nourris qui ont suivi le plaidoyer que j’ai eu à faire pour défendre ma cause, par devant la Cour d’Appel des Gonaïves, en sont un vibrant témoignage.

Le premier janvier 2017, en ma qualité de président de la République, je suis retourné au Gonaïves, la Cité de l’indépendance, pour magnifier la solennité et l’importance de ce jour et honorer la mémoire de ceux qui au prix de leur vie, nous ont laissé cette terre en héritage.

Le gouvernement de transition s’est donné, pour code de conduite, de prioriser l’intérêt national sur les menées subversives et cette guerre de basse intensité dont il est constamment l’objet, par certains partisans, élus, proches et alliés du gouvernement précédent. Avec beaucoup d’élégance, il a fait droit à la requête de financement des projets, activités et réjouissances populaires que veulent réaliser les sénateurs de ce département, pour leur propre visibilité, à l’occasion de cette célébration. L’opposition publique, si ce n’est l’hostilité manifeste, de ces derniers à mon encontre, importe peu pour l’administration Privert-Jean Charles, dans ses prises de décision.

Le Président du conseil municipal, à l’issue du te deum, invite les membres du gouvernement et les grands commis de l’Etat, au Palais municipal, pour un vin d’honneur. C’est dans ces lieux que le sénateur Latortue, bien au fait et peut-être impliqué aussi de ce qui se tramait, me glissait à l’oreille « Président, il y a un petit groupe de partisans du PHTK, qui se prépare à te chahuter au moment de ton discours. Je te le signale pour que tu ne sois pas surpris par leur action ». Merci sénateur, j’en prends bonne note.

« REZILTA, REZILTA, REZILTA, REZILTA »

Le maître de cérémonie, une fois, campé le symbolisme de cet important anniversaire qui réunit, tant de dignitaires haïtiens et étrangers, sur la place d’armes des Gonaïves, m’invite, en ma qualité de chef de l’Etat et président de la République à gravir la tribune pour le message du jour.

Je me suis, à peine, mis debout pour avancer vers la tribune qu’un groupuscule tel que le sénateur Latortue me l’avait annoncé, se met à tue-tête à vociférer, « Rezilta, rezilta, rezilta, rezilta ». Il s’agit, selon les informations reçues d’une honteuse manipulation de certains membres, d’organisations populaires, réputés proches de Jovenel Moise par un très honorable sénateur du département, pour m’intimider et m’empêcher de délivrer mon message de circonstance, à l’occasion de cette traditionnelle célébration
REZILTA, REZILTA, REZILTA, de quoi s’agit-il ?

Le conseil électoral provisoire, comme prévu dans le calendrier électoral, a publié les résultats préliminaires du premier tour des élections du 20 novembre 2016. Monsieur Jovenel Moise est classé en première position. Les candidats qui se sont estimés lésés par lesdits résultats, ont formulée leurs réserves et introduit leurs recours au bureau du contentieux électoral national (BCEN) en utilisant les voies tracées par le décret électoral. Cette étape est indispensable et préalable à la proclamation des résultats définitifs.
C’est un crime de lèse-patrie. Manipuler, et mentir à, de simples gens, pour la plupart pauvres d’esprit pour les porter à saboter un événement aussi important que la célébration de l’anniversaire de l’indépendance nationale, ne fait pas honneur à des hommes qui prétendent occuper des fonctions (sénateur et président) au plus haut sommet de l’Etat. Ces résultats que Jovenel Moise, à travers un sénateur, pousse ses partisans à réclamer, n’étaient même pas, encore, établis par le conseil électoral provisoire, voire à être transmis à l’Exécutif pour sa publication au Moniteur, journal officiel de la République.

Je ne suis pas homme à se laisser faire et à fuir devant ses responsabilités. Avec la force de caractère, qu’on me connait, j’ai puisé l’énergie nécessaire pour affronter courageusement cette adversité. Le ton était si haut qu’ils ont dû arrêter avec leur vocifération et se retrouver même à applaudir des passages de mon discours. A la fin de la cérémonie, j’ai descendu de la tribune, pour me faufiler parmi la foule et serrer les mains de ceux-là même d’il y a quelques minutes étaient déployés pour semer le trouble et le désordre. Tout est bien qui finit bien.

Nous voici rassemblés sur l’esplanade historique des Gonaïves pour commémorer l’une des dates les plus significatives de notre éphéméride nationale, au motif, qu’elle nous donne à célébrer simultanément deux événements majeurs de notre vie de peuple.

Le premier, commun à la plupart des cultures de l’Occident chrétien, carillonne l’avènement de l’An Nouveau, porteur de nos espoirs, de nos ambitions, des promesses comme de nos appréhensions de l’avenir. Le second nous est propre ; elle célèbre la naissance de la Nation haïtienne, la déclaration de notre indépendance en tant que peuple.

Je noterai également que depuis 50 ans, les Nations Unies ont ajouté une dimension extraordinaire à cette date déclarée depuis 1967 Journée Mondiale de la Paix. Et cette année, la Pape François a signé, depuis le 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception considérée par le monde catholique comme la Reine de la Paix, son Message dédié à la non-violence, en conviant toutes les nations de la planète « à construire un monde libéré de la violence, premier pas vers la justice et la paix ».

Si donc le Premier-Janvier, dans le calendrier solaire, julien et grégorien, ouvre le livre des saisons et des jours que la main de Dieu tourne, page après page, pour orienter le destin de l’humanité, au seuil du XIXe siècle, survenait le miracle haïtien: des hordes de va-nu-pieds coupaient de leur sabre indigène le fil de l’histoire colonialiste et esclavagiste et inscrivaient le Premier janvier au frontispice d’un nouvel ordre mondial de liberté, d’égalité e de fraternité pour tous les êtres humains. Et il ne me paraît pas sans intérêt de noter ici que cette place que nous revendiquons dans la construction du monde moderne trouve une illustration dans une courte phrase du message de félicitation adressé au peuple haïtien par le Président Barack Obama : « Haïti, écrit-il, a une place historique dans le combat partagé pour l’indépendance de l’Hémisphère occidental ».

Mes chers Compatriotes,

Au cœur de cette place brûlée de soleil et de ferveur, chaque Haïtien, chaque Haïtienne devrait ressentir le souffle puissant des Pères fondateurs qui proclamèrent ici même et signèrent à l’encre de leur sang versé l’Acte de l’Indépendance nationale pour que nous, leurs héritiers, puissions vivre dignes, libres et souverains.

En dépit des accidents de notre histoire qui nous valurent des humiliations inexpiables, la date du Premier-Janvier se charge pour nous d’une densité particulière d’émotions et de sentiments. A travers les aspérités du chemin parcouru, que ce soit sur les sentiers des saisons et des jours de l’année qui s’en va, que ce soit sur les grandes avenues tracées sous nos pas, des fois chancelants, par les sublimes ambitions et visions de nos Aïeux, le Premier-Janvier nous retrouve chaque année à ce pèlerinage du cœur et de l’esprit, au temple authentique des Gonaïves, le pôle de toutes les convergences patriotiques où nos Ancêtres, pour des raisons évidentes, ont choisi de poser la première pierre de l’Edifice national.

Cela ne servirait à rien de vous rappeler, en cette circonstance de communion nationale, les prouesses de nos Ancêtres, sans exalter les sacrifices qu’ils ont consentis pour nous libérer du joug infernal de l’esclavage. Retenons surtout la leçon qu’ils nous lèguent et dont nous devons nous inspirer chaque jour pour renouer avec le fil de notre existence de peuple marqué par le destin. Sans le pardon mutuel et l’Unité des Noirs et des Mulâtres, la proclamation de l’Indépendance d’Haïti eût été un rêve impossible, un projet improbable, condamné au sort désastreux de la flambée révolutionnaire menée par Spartacus dans l’antiquité romaine.

Mes chers Compatriotes,

Depuis 213 ans, notre pays est confronté à un ensemble de défis et de contraintes qui ne devraient point effrayer les descendants des titans de 1804. Nous sommes toujours incapables de nourrir notre population, d’éduquer nos enfants, d’assurer des soins de santé à nos compatriotes ou de construire les infrastructures nécessaires au développement économique de notre pays. La liste serait trop longue et la journée trop courte pour une déclinaison exhaustive de nos besoins. Nous avons déjà essayé une large panoplie des formes de gouvernement, et pourtant nous avons dégringolé, au fil des décennies, du statut de « perle des Antilles » à l’étiquette honteuse de « pays le plus pauvre des Amériques ».

Konpatriyòt mwen yo,

Mwen ta renmen nou fè yon ti reflechi e mande tet nou pou ki rezon peyi nou nan eta sa a. Nou se moun tankou tout pèp sou latè. Nou ka chita ansanm pou nou pale e deside ki sa nou vle… Men kisa ki anpeche nou fè dyalòg, youn pale ak lot pou nou byen konnen ki sa nou vle pou peyi nou an?
 
Jodi a mwen pa gen entansyon bay pèsonn moun leson. Nan kalfou peyi a ye, yon fason kou yon lòt, nou chak responsab. Nou oblije antann nou, fè meyakoulpa pou nou vanse. Nou tout se AYISYEN. Nou dwe aksepte ak imilite ke chak grenn Ayisyen gen kontribisyon pa yo yo ka pote nan chache solisyon pou pwoblèm nou yo. Okenn moun, okenn sektè pa ka pretann li ka rezoud pou kont li chay pwoblèm peyi Dayiti ap pote sou do l yo depi lontan.
 
Nou pa bezwen dakò sou tout bagay. Men nou ka antann nou sou kek gwo priyorite pou peyi a. Tankou : 
a)  tout timoun dwe ale lekòl ! 
b)  fòk jèn nou yo ki fini lekòl klasik yo ka jwen bon jan fòmasyon nan nivo pwofesyonèl ak inivesitè;
c)  tout manman dwe jwenn swen pou yo menm ak pitit yo;
d)  fòk pwoteksyon sosyal blayi pou klas ki pi defavorize yo;
e)  fòk gen plis travay ki kreye nan peyi a.
f) Kidonk nou dwe garanti sekirite ak estabilite politik pou moun ki gen kob ka envestí nan peyi a pou kreye job ak richess.
g) Leta dwe sispann konte sou èd lòt peyi chak fwa ke syklon ak gwo lapli pote inondasyon nan yon zòn;
h)   fòk tout timoun, tout granmoun ka jwen la swenyay san yo pa blije al plane ti kras byen yo reyisi genyen depi maladi frape yo.
i) Fok nou kreye yo demen chaje avek lespwa pou jen, pou yo sispan riske lavi yo nan lanme ak nan frontye lot peyi pou yo ale chache yon lavi miyo.

Eske gen yon pati politik, genn yon kandida ki pa dakò ak priyorite sa yo? Pou ki rezon nou pa ka antann nou sou yo? Ki diferans sa fè si se yon lòt prezidan ki pèmèt desantralizasyon fèt tout bon vre, depi moun kap viv nan vil pwovens yo ak nan  kominote riral yo jwenn sèvis ke leta dwe yo e ki pa janm egziste depwi 213 lane ?

Pèp ayisyen,

Se pa nan eleksyon nou te votem pou Prezidan ki fe mwen nan Palè nasyonal, kom Prezidan. Kidonk mwen pat fè nou okenn pwomès kanpay. Se Palman an ki te sèvi ak Konstitisyon an, manman lwa peyi a, pou jwenn yon solisyon ki te pèmèt peyi a evite gwo latwoublay sosyal ak politik. Palmante yo te banm yon sel misyon. Fe eleksyon pou nou kaba ak kriz ak enstabilite ki se de gwo kanse ki anpeche peyi a fe pwogre. Mwen te angagem poum ranpli misyon sa ak tout kè m, ak tout detèminasyon m.  Rèv mwen pou Ayiti cheri, se menm rèv sa ki nan kè tout Ayisyen pou peyi yo :
 
–    Wè Ayiti tankou tout peyi sou latè k ap vanse, k ap pwospere nan byennèt tout moun;

  • Gen enstitisyon djanm ki ka ede nou konstwi  yon peyi stab nan pwogrè ak devlopman.

Haïtiens, Haïtiennes,

Différentes personnalités et organisations de la communauté internationale, à titre de vœux pour cette nouvelle année 2017 et pour la célébration des 213 ans de notre indépendance, nous ont adressé messages de félicitations. Nous retenons que tous ils ont tourné autour de la nécessité pour nous haïtiens et haïtiennes de trouver à travers le pardon, l’unité, la réconciliation et le dialogue, la réponse aux maux qui freinent le développement de notre pays. Ces exhortations sont clairement exprimées tant dans la note publique de la Représentante Spéciale du Secrétaire Général des Nations Unies Madame Sandra Honore qu’à travers l’homélie prononcé, par Monseigneur Yves Marie Péan à l’occasion du Te Deum spécial tenu à la Cathédrale du Souvenir dans la Ville des Gonaïves.

Mes très chers Compatriotes

Fonctionnaires de carrière, j’ai pendant des années servi mon pays avec loyauté, dévouement et patriotisme. Je n’ai eu à commettre aucun crime dans l’exercice des différentes fonctions que j’ai eu le privilège d’assumer. Pourtant, pour des raisons inavouées et inavouables, j’ai passé plus de deux longues années de ma vie en prison pour des faits dont leur existence même m’est inconnue. Victime de persécutions politiques, j’ai connu des déboires inutiles et injustifiés ou même ma vie était en danger. Toutes les conditions étaient donc réunies pour faire germer dans mon cœur des sentiments légitimes de haine, d’aigreur, voire de vengeance contre mes accusateurs et pourfendeurs. Ces compatriotes, avec qui j’entretenais d’excellentes relations de collaboration et d’amitiés, ont voulu, à travers ces accusations mensongères et injustes, salir mon nom, mon image et ma réputation.

A ma sortie de prison, en juin 2006, suite à cette ordonnance opportune et courageuse, prise ici même dans cette ville des Gonaïves, par un collège de juge présidé par le très regretté et intègre juge Me Hugues St Pierre, dont je salue la mémoire. J’ai alors vite compris que, pour l’amour de mon pays et le bien-être de mes concitoyens, objet de tous mes combats, je devrais pratiquer le culte du pardon et m’asseoir avec tout le monde, même avec mes anciens geôliers. Comme Joseph a ses frères, j’ai dit à l’intention de mes thuriféraires « vous avez médité dans votre cœur de me faire du mal, Dieu l’a changé en bien ». C’est justement ce séjour en prison qui m’a, dans un premier temps, ouvert les portes du Sénat de la République et plus tard celle de la Présidence.

Mes Chers compatriotes,

Le contact avec mes futurs mandants et l’immensité des problèmes à résoudre, m’ont vite convaincu que seule l’union de toutes les forces vives de la Nation permettrait d’apporter des solutions durables aux maux qui affectent notre pays et notre peuple. Nos Ancêtres l’avaient bien comprise et l’ont mis à profit pour concrétiser leur rêve d’indépendance. Aujourd’hui encore nous sommes, une nouvelle fois, condamnés à nous unir pour prendre, en main, le destin de notre pays. Cependant, il n’y a pas d’unité sans la confiance. Et pour qu’il y ait confiance il faut se connaitre et c’est par le dialogue et le pardon que nous devons commencer.

Je sais qu’il est difficile de pardonner, mais nous devons nous rappeler que sans le pardon, il n’y aurait pas eu de Congrès fondateur de l’Arcahaie conduisant à la proclamation de l’Indépendance aux Gonaïves.

Aujourd’hui, nous sommes dans une situation délicate, et probablement nos Pères, du haut de leur Olympe, nous regardent avec des yeux éjectés de reproches et de remontrances : car, des soldats étrangers se trouvent sur notre territoire à cause de nos conflits interminables. Quel que soit le niveau d’opportunité ou de nécessité de cette présence, le bilan de nos inconséquences laisse un gout amer dans la bouche de tout vrai patriote. A cet égard, la célébration de ce jour de l’indépendance ne revêtirait aucun sens, si elle n’inspirait un serment de réinsertion sur la vision des Ancêtres, si elle ne comportait un engagement réel et sincère de tous les camps de s’unir pour faire gagner Haïti!

La solidarité qui a entouré l’Exécutif, que je dirige, à l’occasion de notre décision d’assumer entièrement le financement de nos élections apporte la preuve irrécusable que chaque Haïtien, chaque Haïtienne sait oublier ses dissensions politiques pour promouvoir et supporter toutes mesures prises pour la sauvegarde de notre dignité et de notre souveraineté. Je vous annonce d’ailleurs que mon administration et le gouvernement du Premier ministre Enex Jean-Charles laisseront en héritage aux générations futures la création d’un « Fonds de financement électoral », afin de leur épargner l’humiliation sporadique de solliciter des fonds pour élire nos représentants et nos dirigeants.

Concitoyens, concitoyennes,

A la veille de remettre le pouvoir à un président élu, mes inquiétudes sur l’avenir du pays sont grandes. Mais je sais que sortir du tunnel de la pauvreté et de l’instabilité est à la portée de citoyens et de citoyennes qui cultivent au plus haut degré l’amour de la patrie commune et immortelle. Pendant mon court mandat, j’ai eu le privilège de rencontrer tous les anciens présidents de la République ; j’ai également pu converser avec beaucoup de candidats à la présidence. J’ai, d’autre part, maintenu un dialogue permanent avec la société civile et les partenaires sociaux.

J’exhorte ceux qui auront demain à mener la barque nationale à continuer ce dialogue, qui reste et demeure la clé de l’apaisement social désiré par tous, ainsi que le moteur du développement économique attendu par chaque Haïtien et chaque Haïtienne.

Peuple haïtien,

Amis de la communauté internationale,

Puisque la commémoration de l’anniversaire de l’indépendance de notre pays coïncide avec la célébration du nouvel an, je souscris avec le plus grand plaisir à la tradition de formuler des souhaits avec cette spontanéité de sincérité et de vérité qui ont toujours caractérisé mes rapports avec autrui. A vous tous, Haïtiens d’ici et d’outre-mer, Diplomates et Consuls accrédités au pays, étrangers qui ont élu domicile ou décidé de passer les fêtes dans l’enchantement du paysage haïtien, je vous adresse un cordial salut. Que les vœux les plus chers de chacun d’entre vous se réalisent au cours de cette nouvelle année 2017 !

Que Dieu nous protège tous !
Que Dieu protège Haïti.
Je vous remercie.


Source : Site officiel de l'ex-président Jocelerme Privert

jeudi 19 octobre 2023

Rapport final du Groupe d’experts sur Haïti présenté en application de la résolution 2653

Cliquez ICI pour ouvrir ou télécharger le document.

samedi 24 décembre 2022

 

Liberté       Egalité       Fraternité

République d’Haïti

 

Camp général, le 14 août 1919

Charlemagne Masséna Péralte,

Chef suprême de la Révolution d’Haïti

Au

Corps de la Gendarmerie, Maïssade

Mes Concitoyens,

              Je saisis l’occasion pour vous faire ces lignes, car je sais avoir affaire à ces Haïtiens, fils de la Patrie des Pétion, Dessalines. Aujourd’hui, la Révolution compte onze mois ; il ne se peut pas que vous ne prêtiez votre concours à votre pays, pour le triomphe définitif de la Révolution.

              Vous êtes des Noirs, mes frères, je vous aime tous. Frappez le bourg de Maïssade, et votre acte sera solennel et grand dans toutes les annales de l’histoire, car le citoyen se doit à son Dieu comme à sa patrie. Moi, je vous serai reconnaissant et vos fonctions seront hautes pour l’avenir, car vous aurez la joie d’être les fils des défenseurs d’une cause juste.

              Recevez, Messieurs, mes salutations en la patrie.

Ch. Péralte


Source : Gaillard Roger, les Blancs débarquent 1919-1934 : Charlemagne Péralte, le Caco, imprimerie Le Natal.

 

vendredi 23 décembre 2022


Dieu et Patrie

Liberté ou la Mort

République d'Haïti

    Nous, Généraux, Officiers et Soldats, avons fait choix du Général B. Batraville, conseiller en chef de la Révolution contre les Américains sur le sol d'Haïti, à partir de ce jour. Nous vous annonçons que nous avons choisi le dit général B. Batraville comme chef suprême provisoire remplaçant le général Ch. Péralte, pour le rétablissement de sa parfaite santé*. Prions aux autorités supérieures, officiers et soldats, de reconnaître à partir de ce jour, le général B. Batraville, chef suprême de la Révolution contre les américains qui se trouvent actuellement sur le territoire de la République d'Haïti. 

    Donné au Camp-général des Orangers**, ce jour 2 décembre mil neuf cent-dix-neuf, an cent-quinzième de l'indépendance. Ainsi signés les généraux supérieurs.                                                                                                                                                                                                                 (Signatures)

* Pour ne pas affecter le moral des troupes, la mort de Charlemagne Péralte n'a pas été annoncée.

** Localité située entre les communes de Saut-D'Eau et de Cabaret

Source : Gaillard Roger, les Blancs débarquent 1919-1934 : la guérilla de Batraville, imprimerie Le Natal, 1983

 

jeudi 4 août 2022

Président Elie Lescot


Port-au-Prince, le 23 juin 1941

Nous, ÉLIE LESCOT, Président de la République, recommandons personnellement à la bienveillance des autorités Civiles et Militaires, de la République, le Révérend Père C. Ed. PETERS, Missionnaire de la Compagnie de Marie, et nous approuvons entièrement la mission que R. P. PETERS a entreprise pour combattre le fétichisme et la superstition par des sermons en créole et autres actes de son saint ministère.

Sans qu'aucune violence ne soit employée contre ceux qui exercent des pratiques fétichistes et superstitieuses, nous demandons aux autorités Civiles et Militaires d'apporter leurs concours le plus complet au Révérend Père C. Ed. PETERS

Source: Damien François, Le vodou haïtien persécuté, la campagne renos de 1941-1942, imprimerie Manoirante, 2010.


lundi 18 avril 2022

mercredi 2 mars 2022


Propositions faites le 25 février 1793, à S. M. B. [Sa Majesté Britannique], par les propriétaires français de l’île de Saint-Domingue résidans en Angleterre, approuvées par les propriétaires et habitans de la Grande-Anse, représentés par M. Pierre Venault de Charmilly, propriétaire de Saint-Domingue, porteur de leurs pouvoirs, par brevet du conseil de sûreté dudit lieu, en date du 18 août même année, et présentés à Son Excellence Adam Williamson, lieutenant-gouverneur de la Jamaïque, etc.


Article 1er. Les habitans de Saint-Domingue ne pouvant recourir à leur légitime souverain pour les délivrer de la tyrannie qui les opprime, invoquant la protection de S. M. B., lui prêtant serment de fidélité, la supplient de lui conserver la colonie, et de les traiter comme bons et fidèles sujets jusqu’à la paix générale, époque à laquelle S. M. B., le gouvernement français et les puissances alliées décideront définitivemeat entre elles de la souveraineté de Saint-Domingue. — Accordé l’arlicle 1er.

2. Jusqu’à ce que l’ordre et la tranquillité soient rétablis dans la colonie, le représentant de S. M. B. aura tout pouvoir de régler et d’ordonner toutes les mesures de sûreté et de police qu’il jugera convenables. — Accordé l’article 2.

3. Personne ne pourra être recherché pour raison des troubles antérieurs ; excepté ceux qui seront juridiquement accusés d’avoir provoqué ou exécuté des incendies et des assassinats. — Accordé l’article 3.

4. Les hommes de couleur auront tous les privilège dont jouit cette classe d’habitans dans les colonies anglaises. — Accordé l’article 4.

5. Si, à la conclusion de la paix, la colonie reste sous la domination de la Grande-Bretagne, et que l’ordre y soit rétabli, alors les lois relatives à la propriété, à tous les droits civils qui existaient dans ladite colonie avant la révolution de France, seront néanmoins conservées jusqu’à la formation d’une assemblée coloniale ; S. M. B. aura le droit de la tenir provisoirement ainsi que l’exigera le bien général et la tranquillité de la colonie ; mais aucune assemblée ne pourra être convoquée qu’après le rétablissement de l’ordre dans tous les quartiers de la colonie. Jusqu’à cette époque, le représentant de S. M. B. sera assisté, dans tous les détails de police et d’administration, par un comité de six personnes qu’il devra choisir parmi les propriétaires des trois provinces de la colonie. — Accordé l’article 5.

6. Attendu les incendies, insurrections, révoltes des nègres, vols et pillages qui ont dévasté la colonie, le représentant de S. M. B., au moment où il prendra possession de la colonie, pour satisfaire à la demande qu’en font les habitans, les a autorisés à proclamer qu’il accorde, pour le paiement des dettes, un sursis de dix années, qui commenceront à courir du jour de la prise de possession ; et la suspension des intérêts commencera à courir depuis l’époque du 1er août 1791, pour n’expirer qu’à la fin des dix dites années de sursis accordées pour le paiement des dettes ; et cependant ne pourront être comprises dans lesdits sursis les dettes pour compte de tutèle et compte de gestion des biens des propriétaires absens, et aussi les dettes pour tradition de fonds de propriétaires. — Accordé l’article 6.

7. Les droits d’importation et d’exportation pour les denrées et marchandises d’Europe seront réglés sur le même pied que dans les colonies anglaises. — Accordé l’article 7. En conséquence, le tarif sera rendu public et affiché, pour que personne n’en ignore.

8. Les manufactures de sucre blanc conserveront le droit d’exporter leurs sucres, tenus sujets aux règlemens des droits qu’il sera nécessaire de faire à cet égard. — Accordé l’article 8. Les droits sur les sucres blancs seront les mêmes que ceux qui étaient perçus dans la colonie de Saint-Domingue, en 1789.

9. La religion catholique sera maintenue sans acception d’aucun autre culte évangélique. — Accordé l’article 9, à condition que les prêtres qui auront prêté serment de fidélité à la République seront renvoyés et remplacés par ceux réfugiés dans les États de S. M. B.

10. Les impositions locales, destinées à acquitter les frais de garnison et d’administration de la colonie, seront perçues sur le même pied qu’en 1789, sauf les modifications et décharges qui seront accordées aux habitans incendiés, jusqu’au moment où leurs établissemens seront réparés. Il en sera tenu en conséquence compte par la colonie de toute les avances qui pourront être faites par la Grande-Bretagne, pour suppléer au déficit desdites impositions. Ledit déficit, ainsi que toutes les autres dépenses publiques de la colonie (autres que celles relatives aux escadres de vaisseaux du roi qui y seront employées), seront défrayés par la colonie. — Accordé l’article 10.

11. Le représentant de S. M. B. à Saint-Domingue s’adressera au gouvernement espagnol, pour la restitution des nègres et des animaux vendus dans son territoire par les nègres révoltés. — Accordé l’art. 11.

12. L’importation des vivres, bestiaux, grains et bois de toute espèce, des États-Unis de l’Amérique, sera permise à Saint-Domingue sur des vaisseaux américains. — Accordé l’article 12, pourvu que les bâtimens américains n’aient, qu’un seul port d’importation ; cette importation aura lieu tant qu’elle paraîtra nécessaire pour l’approvisionnement et le rétablissement de la colonie, ou jusqu’à ce qu’on ait pris des mesures pour la mettre à cet égard sur le même pied que les colonies anglaises. Il sera tenu un état exact des vaisseaux, avec la description de leur cargaison, lequel sera envoyé tous les trois mois aux commissaires de la trésorerie de S. M. B., ainsi qu’à un des principaux secrétaires d’État. Sous aucun prétexte, il ne sera permis auxdits vaisseaux de prendre en chargement aucune denrée de la colonie, à l’exception de la mélasse, du rhum et tafia.

13. Aucune partie des susdites propositions ne pourra être considérée comme une restriction au pouvoir qu’aura le parlement de la Grande-Bretagne de régler le gouvernement politique de la colonie. — Accordé l’article 13.

J’accorde les treize articles de la capitulation ci-dessus et des autres parts, suivant les conditions que j’ai faites en les accordant au nom de Sa Majesté Britannique.

San-Yago de la Véga, le 3 septembre 1793.

Adam Williamson.

J’accepte les treize articles de la capitulation ci-dessus et des autres parts, au nom des habitans de la Grande-Anse, avec les conditions faites par Son Excellence Adam Williamson, le 3 septembre 1793.

Venault De Charmilly.

Source : Etude sur l'histoire d'haiti (beaubrun ardouin)

dimanche 14 novembre 2021

mercredi 15 septembre 2021

Mgr Louis Kébreau - Crédit : Haiti24

Tant de raisons nous rassemblent ce matin, à l’occasion de l’investiture du nouveau Président de la République d’Haïti.

– Nous voyons dans la présence des invités internationaux, la volonté d’affirmer et d’affiner une solidarité, aujourd’hui plus que jamais, indispensable entre tous les peuples de la terre.
– Tous les grands commis de l’Etat, ici présents, chaque Haïtien aux abords du Palais, devant la télé ou un poste de radio, manifestent à nos yeux la volonté ferme de tout un peuple qui veut aller de l’avant.

C’est pour soutenir toutes les raisons positives, tout à fait humaines et généreuses, que l’Eglise, dès la genèse de cette nation et à des évènements marquants de son histoire, accepte d’élever dans la prière et l’action de Grâce, par le rite solennel du Te Deum, les espérances et les projets de ce peuple.

L’Eglise, dans la ligne de la mission reçue du Christ, ne cessera jamais d’accompagner le peuple haïtien et d’aller à sa rencontre en quelques lieux où il se trouve. Aujourd’hui, unis à tous les prêtres, religieux et religieuses, présents dans les coins les plus reculés du pays, nous sommes ici pour dire encore qu’aucune porte ne doit être fermée au Christ et que sa parole doit parvenir, par les oreilles, au cœur de tous les hommes.

Cette parole nous invite, dans l’aujourd’hui de notre pays, à l’amour dans sa double dimension : l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Les idéologies politiques les plus saines, avec leurs programmes, passeront mais seul restera ce que l’amour a réalisé.

L’Eucharistie même que nous célébrons ce matin nous fait découvrir que la vie chrétienne comporte des passages, dans la ligne de Pâque qui est un passage des ténèbres à la lumière, du mensonge à la vérité, de la haine à l’amour. Le Christ, le samedi saint, est descendu aux enfers pour racheter tous ceux qui gisaient à l’ombre de la mort et pour les ramener à la vraie vie.

Cette descente aux enfers est nécessaire pour renaitre à l’amour et à la vérité. Le Pape Benoit XVI dans l’encyclique « Caritas in veritate », rappelle que : « L’amour dans la vérité est la force dynamique essentielle du vrai développement de chaque personne et de L’humanité entière ».

Plus loin, le Saint-Père clarifie encore mieux cette assertion : « L’amour est cette force extraordinaire qui pousse les personnes à s’engager avec courage et générosité dans le domaine de la justice et de la paix ; cette force qui a son origine en Dieu, Amour éternel et vérité absolue. Chacun trouve son bien en adhérant, pour le réaliser pleinement, au projet que Dieu a sur lui. En effet, il trouve dans ce projet sa propre vérité et c’est en adhérant à cette vérité qu’il devient libre ».

Vous avez bien compris tout cela, M. le Président, en suggérant vous-mêmes les textes bibliques soumis à notre méditation.

Qu’avons-nous fait de concret pour promouvoir la vérité et l’amour, la justice et la paix ? La passion de l’argent et du pouvoir a donné naissance à cette société faite encore d’exclusion et de discrimination ; société en pleine crise sociale, économique et politique. Tout notre système se retrouve ébranlé dans ses racines les plus profondes. Voilà pourquoi la crise n’est pas seulement conjoncturelle, elle est aussi structurelle, gisant dans les fondements de la société, minant sa logique, si ce n’est son ethos même : la haine s’est installée, le mensonge est instrumentalisé, la cupidité et la corruption grimacent ; l’on vit dans la crainte, dans la peur, dans l’angoisse. Tout ce qui constituait notre patrimoine historique, culturel et religieux semble volé en éclats et perdu irrémédiablement.

Dans la foulée, l’Etat voit son autorité affaiblie, car il récompense l’appartenance et non la compétence; la compétence n’est pas orientée au service du bien commun ; le bien commun devient la recherche des intérêts personnels et non ceux de la patrie ; et l’amour de la Patrie, un vain mot. Que dire donc devant ces faits criants : Véritable descente aux Enfers ? Devant une telle dégradation : s’accuser réciproquement ou battre chacun sa coulpe ?

Mais en même temps, il nous faut paisiblement nous interroger sur l’influence réelle de la présence de l’aide externe ou extérieure dans nos affaires et sur nos affaires ; bienfaits et méfaits sont à peser et soupeser froidement, car souvent, dans le cadre de ce qu’on appelle de nos jours le devoir d’ingérence, Haïti risque de devenir un produit mis aux enchères.

Je crois, Monsieur le Président, que l’heure est venue de nous réapproprier notre destin hypothéqué, la souveraineté nationale mise à mal, notre identité noyée dans des cultures qui nous déracinent des valeurs qui, dans le passé, favorisait la liberté et la prospérité de la nation. Ce sont ces mêmes valeurs qui nous gardent toujours debout malgré les vicissitudes de notre histoire : la foi en Dieu, l’espérance en un lendemain qui finira par être meilleur, et une charité dont la misère ne saurait entraver le chemin.

Mais, l’heure est venue de faire place aussi à la raison pour établir des critères de discernement et rechercher les voies et moyens qui nous permettent de sortir d’une totale dépendance politique et socioéconomique. L’heure est venue de construire nos propres capacités pour susciter et faciliter un nouveau leadership, pour affronter les défis des temps présent et futur.

L’heure est venue pour une vraie renaissance de l’haïtien et de l’haïtienne en vue d’une nouvelle Haïti ou mieux d’une Haïti renouvelée. Il est de toute urgence que l’Etat s’engage à construire un nouveau protagonisme haïtien sur la scène nationale et internationale.

L’heure est venue d’enclencher un véritable dialogue national : pour bâtir un plan national de développement durable, pour réconcilier la nation avec elle-même, pour établir un code d’éthique politique et un pacte de gouvernabilité du pays, pour définir le profil du nouveau type d’haïtien, d’haïtienne et le profil de la nouvelle société recherchée. Et conclure ainsi ce que l’on peut bien nommer un Pacte social aux contours et aux aspirations marqués au coin du respect mutuel, de la transparence, de la solidarité, de la justice. Vous direz alors, votre volonté d’être à l’écoute de chaque Haïtien, et spécialement, puisqu’il s’agit d’écouter, de ceux qui n’ont jamais eu la voix au chapitre ou qui n’ont plus de voix. C’est seulement après les avoir bien écoutés, qu’il faudra parler en leur nom. Et là, il ne faudra pas avant tout leur dire ce qu’ils veulent entendre, mais ce qui doit être dit. Vous avez envers ce peuple, le devoir de la vérité, de l’honneur, du respect de la parole donnée.

Comprenez bien tout cela, Monsieur le Président, parce que votre investiture à la Magistrature suprême de l’Etat est un signe, un symbole exprimant le désir de tous ceux qui ont placé en vous leur confiance et, en général, de tous les haïtiens, haïtiennes indistinctement, dont vous êtes le président. Ils ont besoin vraiment de respirer un air de liberté et de sécurité indispensable à leur plein épanouissement.

Nous retrouvons ainsi, en votre personne, le désir profond de tout un peuple, de notre peuple, votre peuple, d’un changement radical, mais authentique dans la gouvernance de ce pays ; un pays où nous ne cessons de rappeler que chaque haïtien doit avoir sa place. Chaque membre de cette nation a une pierre à apporter à sa reconstruction physique, économique, sociopolitique, culturelle et religieuse qu’il faut accueillir et déposer à sa juste place.

L’Evangile de Matthieu (Mt 20, 17-28) que vous avez écouté soulève une question exigeante. C’est celle que Jésus pose aux deux fils de Zébédée, Jacques et Jean: « Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire » ? Ils répondent : « oui » ! Mais ils n’ont aucune idée de ce dont il parle. Prenez pour vous-même aussi, M. le Président, cette même question. Je veux croire que votre réponse sera certainement positive avec, bien sûr aussi, des conséquences auxquelles vous ne vous attendrez pas.

Durant votre tournée du pays, vous avez constaté la coupe à laquelle s’abreuve ce peuple meurtri, humilié et bafoué : coupe remplie de souffrances physiques, morales et spirituelles ; coupe de la privation, de la solitude, de l’exclusion, de l’abandon et de l’angoisse. Une coupe remplie d’amertume. Comment transformer cette coupe de chagrin et de tristesse en espérance, joie et amour ? Le Christ qui a bu cette coupe jusqu’à la lie, avait la confiance pleine et entière de son Père qu’il appelait « Abba, Papi » ! Le cœur blessé d’amour, il s’est livré, s’est donné pour le salut de ce peuple. Puisqu’Il dit qu’« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ».

Vouloir ce changement radical implique de votre part une option claire et nette de vous mettre au service de chaque haïtien, de chaque haïtienne, peu importe sa condition sociale, économique, politique et religieuse. Tout en étant attentif à tous ces niveaux d’intervention, il faut se rappeler la mise en garde du Pape Benoit XVI dans Caritas in Veritate (CIV), numéro 29: « Les pays économiquement développés exportent vers les pays pauvres …, une vision réductrice de la personne et de sa destinée. C’est le dommage que le surdéveloppement inflige au développement authentique quand il s’accompagne d’un sous-développement moral ». Prenez garde à ne pas vous laisser influencer par des idéologies qui ne favorisent pas l’intégration des valeurs, de nos valeurs culturelles et religieuses.

Monsieur le Président, la tâche est immense. Mais, je vous encourage à ne laisser rien, ni personne, vous faire perdre cet élan de confiance qui vous porte à la charge suprême de l’Etat, qui apporte l’espérance à un peuple par trop désabusé. Que ni rien ni personne ne vous fasse abandonner votre rêve de voir un jour ce pays se relever de ses souffrances.

Connaissez-vous aujourd’hui un Président ou un Chef de Gouvernement qui arrive au pouvoir sans avoir des défis à relever et des décisions importantes à prendre ? Le cas d’Haïti dévasté par les catastrophes, intempéries et épidémies, semble être particulier. Mais, je ne vous apprendrai rien en vous disant que c’est un peuple fort qui se met sous votre commande.

Ou te mèt wè pèp sa a pliye e li pliye ba anpil wi jodi a, men li pap kase, paske li pap dekouraje. Toujou sonje ou se Presidan tout Pèp sa a, san distenksyon. Sa ki fè fos peyi sa a, se tèt ansanm ; yon tèt ansanm kote tout ayisyen ap mete men ; yon tèt ansanm kote pa gen diferans ant rich ak pov, ant nwa, rouj, jonn ak blan. Sonje nan batistè peyi nou keksyon sa a, zansèt nou yo te reglel pandan yo te asume devan tout nasyon sou tè a : nou se yon sèl pèp, e pèp sa a se yon pèp nèg li ye. Fok nou toujou sonje sa pou nou ka vanse sou chimen tèt ansanm nan ; yon tèt ansanm kote ni tèt ki kale, ni tèt ki pa kale genyen menm dwa ak menm devwa.

A chak fwa yon presidan tou nef monte sou pouvwa nan peyi sa a, gen anpil kè ki toujou ap sote. Yo pè pou avni yo, pou pozisyon yo. Pinga okenn fonksyonè ki konpetan trakase yo, depi yo fè travay yo byen epi ak konsyans yo. Men pinga tou okenn moun ki anpeche peyi sa a vanse pi devan, nan mete ensekirite, injistis, kidnaping kontinye chita kè popoz, paske problem sa yo dwe fini.

A chak fwa yon nouvo gouvènman ap monte, anpil projè ki te komanse ap bay rezilta konn kanpe epi moun ki te konn mete tout tan yo ak tout fos yo ladanl konn pran gwo desepsyon. Legliz la envite presidan an ak tout moun pèp la bay manda kontinye tout program ki bon e ki bay rezilta. Li envite nou tou, nan menm misyon profetik li genyen, kanpe tou swit tout aktivite ki pap mennen ni Ayisyen ni Ayiti okenn kote : aktivite dilatwa, dezod, divizyon, piyay ak dechepiyay epi tout lot kalite briganday.

Nou lapryè Bondye pou l delivre nou anba tout sa ki anpeche Ayiti mache epi pou li ba nou fos pou nou ankouraje nan sa nap fè ki bon pou nou ak pou tout lot pep.

Som 34, vèsè15 ede nou lapriyè konsa : « Sispann fè sa ki mal. Fè sa ki byen! Chache jan pou nou viv byen ak moun. Fè tou sa nou kapab pou nou viv byen ak tout moun. Se sa mande nou ».

Notre prière, Mr le Président de la République, continuera à attirer la bénédiction de Dieu sur cette terre pour l’aider à sortir du gouffre du désespoir vers la lumière de l’espérance.

Que le Christ Ressuscité vous bénisse et vous aide à réaliser tous les projets et bons voeux que vous formulez pour ce pays!

Que Notre Dame du Perpétuel Secours vous apprenne, la fidélité, la persévérance dans les bonnes décisions!

Que Saint Joseph, le Père Nourricier de Jésus, vous aide à avoir une attention singulière pour chaque membre de cette nation!

Que Saint Michel Archange, votre patron, défende et protège la nation haïtienne! AMEN !

Mgr Louis Kébreau

Archevêque Métropolitain du Cap-Haïtien, Président de la Conférence Episcopale Haïtienne

14 mai 2011

mardi 14 septembre 2021


ARRÊTÉ

Jean-Louis PIERROT, Président d'Haïti


        Considérant que, dans les circonstances où se trouve le pays, tous les efforts du gouvernement doivent tendre au rétablissement  de l'unité du territoire, et que c'est dans cette pensée que le Chef de l'État a cru devoir, jusqu'à décision contraire, fixer sa résidence au Cap-Haïtien.

                    A ARRÊTÉ et ARRÊTE ce qui suit :

                    Le siège, tant du Conseil des Secrétaires d'État que du Conseil d'État, est transféré au Cap-Haïtien.

                    Donné au Palais national du Cap-Haïtien, le 1er novembre 1845

                                                       LOUIS

                                                Par le Président

Le Secrétaire d'État de la guerre, de la marine et des relations extérieures, président du Conseil,

                                                                                        HIPPOLYTE



Source : Le Moniteur haïtien du 8 novembre 1845

jeudi 9 septembre 2021



Lettre adressée par Alexandre Dumas à ses compatriotes haïtiens pour lancer le projet d’une statue dédiée à son père, le général Dumas. Après avoir fait graver le nom sur l’arc de Triomphe. Dumas, en 1838, se déclarant lui-même de nationalité haïtienne, lança l’idée d’un monument à la mémoire du général qui serait installé à la fois à Paris et à Port-au-Prince. Alexandre Dumas a laissé une œuvre immense : plus de 150 romans, essais ou pièces de théâtre. Il est l’auteur au monde le plus adapté au cinéma.

Mes chers compatriotes,

Souvent, j’ai été sollicité à la fois par des amis et par mon propre cœur de faire élever une statue à mon père ; cette statue, faite par l’un des meilleurs artistes de la capitale, grâce aux relations que j’ai avec tous, et à la fourniture que ferait du bronze le gouvernement, ne coûterait pas plus de 20 à 25 000 francs.

Voici donc ce que j’ai l’honneur de vous proposer, Messieurs :

Une souscription à 1 F serait ouverte parmi les hommes de couleur seulement, quelle que soit la partie du monde qu’ils habitent. A cette souscription ne pourront se joindre, pour les sommes qui leur conviendront, que le roi de France et les princes français, ainsi que le gouvernement d’Haïti, et si, comme il y a tout lieu de le croire, la somme, au lieu de se monter à 25 000 F, se monte à 40 000, on fondrait une seconde statue pour une des places de Port-au-Prince; et alors, j’irais la conduire et l’y ériger moi-même sur un vaisseau que le gouvernement français me donnerait pour l’y emporter.

Je ne sais, Messieurs, si la douleur récente que j’éprouve [Alexandre Dumas vient de perdre sa mère] et qui réveille cette vieille et éternelle douleur de la mort de mon père, ne me rend pas indiscret, et ne grandit pas à mes propres yeux les mérites de celui que Joubert appelait la terreur de la cavalerie autrichienne et Bonaparte l’Horatius Coclès du Tyrol ; mais il me semble en tout cas qu’il serait bon que les Haïtiens apprissent à la vieille Europe, si fière de son antiquité et de sa civilisation, qu’ils n’ont cessé d’être français qu’après avoir fourni leur contingent de gloire à la France.

Alexandre Dumas, 5 août 1838

Source : Archipel Média

jeudi 2 septembre 2021

mercredi 1 septembre 2021

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Source : Bibliothèque nationale de France

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