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lundi 22 juin 2026


Au quartier-général du Cap, le 22 prairial an X (11 juin).
Le général en chef, capitaine-général de la colonie de Saint-Domingue,
Aux habitans de Saint-Domingue.

Citoyens,

Toussaint conspirait ; vous en jugerez par une lettre ci-jointe adressée au citoyen Fontaine. Je n’ai pas dû compromettre la tranquillité de la colonie. Je l’ai fait arrêter, embarquer, et je l’envoie en France, où il rendra compte de sa conduite au gouvernement français. Dans une autre lettre adressée au citoyen Fontaine, il s’emporte en invectives contre le général Christophe, et il se plaint que le général Dessalines l’a abandonné.

Il avait défendu à Sylla de mettre bas les armes, et aux cultivateurs de ne travailler à d’autres plantations qu’à celles de leurs vivres.

Il avait envoyé un de ses complices au général Dessalines, pour l’engager à ne pas se soumettre de bonne foi : le général Dessalines me l’a déclaré.

Il comptait beaucoup, à Saint-Marc, sur Manisset : il est arrêté.

J’ai sévi contre ce grand coupable, et j’ordonne aux généraux de division de l’armée de faire rentrer de vive force, tous les cultivateurs qui sont encore en armes dans les campagnes.

Les cultivateurs ne sont pas les plus coupables : ce sont ceux qui les égarent. En conséquence, tout commandant de garde nationale, tout officier, tout gérant ou propriétaire qui sera trouvé dans un rassemblement armé, sera fusillé de suite.

Quant à la commune d’Ennery, j’ordonne qu’elle soit désarmée sur-le-champ, pour avoir été si longtemps à se soumettre.

Le général Brunet fera de suite exécuter cet ordre.

Le chef de l’état-major fera imprimer, publier et afficher le présent ordre avec la lettre du général Toussaint, et l’enverra de suite à toute l’armée et dans toute la colonie,

LECLERC.


jeudi 18 juin 2026



AU NOM DU PEUPLE NOIR ET DE COULEUR DE SAINT-DOMINGUE

L'indépendance de Saint-Domingue est proclamée. Rendus à notre première dignité, nous avons recouvré nos droits, et nous jurons de ne jamais nous les laisser ravir par aucune puissance de la terre. Le voile affreux du préjugé est maintenant déchiré ! malheur à ceux qui oseraient réunir ses lambeaux sanglants !

Propriétaires de Saint-Domingue, qui errez dans des contrées étrangères, on proclamant notre indépendance, nous ne vous défendons pas de l'entrer dans vos biens ; loin de nous cette pensée injuste ! Nous savons qu'il est parmi vous des hommes qui ont abjuré leurs anciennes erreurs, renoncé à leurs folles prétentions, et reconnu la justice de la cause pour laquelle nous versons notre sang depuis douze années. Nous traiterons en frères ceux qui nous aiment : ils peuvent compter sur notre estime et notre amitié et revenir habiter parmi nous. Le Dieu qui nous protège, le Dieu des hommes, nous ordonne de leur tendre nos bras victorieux.

Mais, pour ceux qui, enivrés d'un fol orgueil, esclaves intéressés d'une prétention criminelle, sont assez aveugles pour se croire des êtres privilégiés et pour dire que le ciel les a destinés à être nos maîtres et nos tyrans, qu'ils n'approchent jamais du rivage de Saint-Domingue, ils n'y trouveraient que des chaînes ou la déportation. Qu'ils demeurent où ils sont ! Qu'ils souffrent les maux qu'ils ont si bien mérités ! Que les gens de bien, de la crédulité desquels ils ont trop longtemps abusé, les accablent du poids de leur indignation.

Nous avons juré de punir quiconque oserait nous parler d'esclavage. Nous serons inexorables, peut-être même cruel ; envers tous les militaires qui viendraient nous apporter la mort et la servitude. Rien ne coûte, et tout est permis à des hommes à qui l'on veut ravir le premier de tous les biens. Qu'ils fassent couler des flots de sang, qu'ils incendient pour défendre liberté les sept huitièmes du globe, ils sont innocents devant Dieu, qui n'a pas créé les hommes pour les voir gémir sous un joug honteux.

Si, dans les divers soulèvements qui ont eu lieu, des blancs dont nous n'avions pas à nous plaindre, ont péri victimes de la cruauté de quelques soldats ou de cultivateurs trop aveuglés par le souvenir de leurs maux passés pour distinguer les propriétaires humains de ceux qui ne l'étaient pas, nous déplorons sincèrement leur malheureux sort, et déclarons à la face de l'univers que ces meurtres ont été commis malgré nous. Il était impossible, dans une crise semblable à celle où se trouvait alors la colonie, de prévenir ou d'arrêter ces désordres. Ceux qui ont la moindre connaissance de l'histoire, savent qu'un peuple, fût-il le plus policé de la terre, se porte à tous les excès lorsqu'il est agité par les discordes civiles, et que les chefs n'étant pas puissamment secondés, ne peuvent punir tous les coupables, sans rencontrer sans cesse de nouveaux obstacles. Mais aujourd'hui que l'aurore de la paix nous présage un temps moins orageux, et que le calme de la victoire a succédé aux désordres d'une guerre affreuse, Saint-Domingue doit prendre un nouvel aspect, et son gouvernement doit être désormais celui de la justice.

Donné au quartier général du Fort-Dauphin, le 29 novembre 1803.


Signé : DESSALINES, CHRISTOPHE, CLERVAUX.

B. AIMÉ, secrétaire.


Nota : Cet acte de l'Indépendance du Fort-Dauphin ne fait pas l'unanimité chez les historiens qui admettent pour la plupart son existence mais contestent cette "première" proclamation qui aurait eu lieu à cette occasion dans la ville de Fort-Liberté le 29 Novembre 1803.

mercredi 17 juin 2026


Quartier-général du Haut-du-Cap, le 27 brumaire (19 novembre).
Le général en chef de l’armée indigène,
Aux habitans de la ville du Cap.
Citoyens,

Étant entré aujourd’hui en négociation avec le commandant en chef Rochambeau, relativement à l’évacuation du Cap par ses tropes, cette circonstance me porte, citoyens habitans, à calmer les inquiétudes qui, jusqu’à ce jour, ont existé parmi vous ; car la guerre qui se fait n’est pas dirigée contre les habitans de ce pays. J’ai, sans distinction, donné ma protection et accordé sécurité aux habitans de toutes conditions ; et en cette occasion, vous me venez suivre la même ligne de conduite. La manière avec laquelle les habitans de chaque quartier, de Jérémie, des Cayes, du Port-au-Prince, ont été accueillis et traités, est pour vous un garant de ma bonne foi et de mon honneur. Qu’ils restent, citoyens, ceux qui éprouvent de la répugnance à abandonner le pays ; ils trouveront sous mon gouvernement protection et sécurité ; d’une autre part, ceux qui veulent suivre l’armée française sont libres de le faire.

(Signé) Dessalines.


lundi 8 juin 2026

Le 17 Novembre courant, le G.·. O.·. d'Haïti, en son Sup.·. Conseil des SS.·. GG.·. IL.·. GG.·., 33e. et dernier degré du rite Écossais, ancien et accepté, s'est réuni pour conférer les degrés capitulaires et philosophiques au T.·. Ill.·. et T.·. P.·. F.·. MICHEL DOMINGUE, Président d'Haïti, déjà proclamé et salué Grand Protecteur de l'Ordre maçonnique depuis le 19 Juillet dernier.

À l'occasion de cette importante cérémonie, une assistance nombreuse, composée de tout ce que l'Ordre maçonnique a de plus élevé et de plus considérable à la Capitale s'était empressée de répondre à l'appel du G.·. M.·. et des GG.·. Dignitaires du Sup.·. Conseil.

La solennité, dans ses différentes phases, dura trois heures.

Le T.·. Ill.·. G.·. Protecteur, avec les manières tout à la fois modestes et affables qui le caractérisent, a trouvé sans cesse une parole bienveillante et assurée en répondant à chacun des vœux émis en faveur du pays, en faveur du Chef de l'État et de son honorable famille.

De plus, le T.·. Ill.·. G.·. Protecteur a constamment répété que les efforts du Gouvernement ne seront couronnés de tout le succès désirable que par l'ordre, la paix, l'union et la fusion des cœurs, et surtout par l'heureux développement des principes de fraternité et de saine morale essentiellement pratiqués par l'Institution.

Aux rafraîchissements et au banquet, quelques santés d'obligation furent portées, et l'assistance se joignit avec empressement à celles qui se rapportaient aux GG.·. Orients étrangers, et principalement au G.·. O.·. Dominicain dont les fraternelles ouvertures sont vivement appréciées.

L'éclat et les chaleureuses émotions de cette intéressante journée ont percé au dehors, portés sur l'aile rapide et brillante de la fanfare militaire et transmis à tous les échos par la puissante voix du canon.


Référence bibliographique :

Le Moniteur : Journal officiel de la République d'Haïti, 29e année, n° 47, Port-au-Prince, samedi 21 novembre 1874, Partie non officielle, p. [3]. 

samedi 6 juin 2026

LOI

LE CONSEIL D'ETAT

Usant des pouvoirs que lui confère la Constitution en son article 55 et en ses dispositions transitoires, art. D.

A VOTÉ D'URGENCE LA LOI SUIVANTE :

Article Unique. — Le chant intitulé « La Dessalinienne » paroles et musique de Justin Lhérisson et de Nicolas Geffrard est déclaré « Chant National Haïtien ».

Donné au Palais Législatif, à Port-au-Prince, le 5 Août 1919, an 116ème. de l'Indépendance.

Le président, S. ARCHER.

Les secrétaires : Chs. Sambour, Léo Alexis.


AU NOM DE LA RÉPUBLIQUE.

Le Président de la République ordonne que la Loi ci-dessus soit revêtue du Sceau de la République, imprimée, publiée et exécutée.

Donné au Palais National, à Port-au-Prince, le 8 Août 1919, an 116ème. de l'Indépendance.

DARTIGUENAVE.

Par le Président :

Le Secrétaire d'Etat de l'Intérieur, B. DARTIGUENAVE.

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