Au Port-au-Prince, ce 9 Novembre 1814

                      A S. Exc. le Président d'Haïti

Le soussigné, agent principal de S. E. le ministre de la marine et des colonies de S. M. Très-Chrétienne pour la restauration de la colonie française dans l'ile d'Haïti, a l'honneur de proposer les considérations et les mesures ci-dessous mentionnées, à M. le Président PÉTION, et aux autorités constituées provisoirement dans cette colonie.

Après quatre ans d'agitations et de guerres, faites avec une animosité et une déloyauté, depuis longtemps inusitées parmi les nations civilisées de l'Europe, ces nations reposent enfin à l'ombre de la paix.

Elles doivent ce bienfait à la destruction du gouvernement révolutionnaire qui désolait la France; à la chute de ce perfide et sanguinaire usurpateur, de ce fléau de Dieu, le moderne Attila, auquel il avait permis de tyranniser le peuple français et les autres nations, afin de les guérir et de les punir de leurs folies et de leurs crimes révolutionnaires ; elles le doivent, surtout, ce bien fait de la paix, à la restauration de l'auguste et bienfaisante maison de Bourbon.

Tandis que de tous les points de l'empire français et de l'Europe, des cris d'allégresse s'élèvent vers le ciel, des voix discordantes se feront-elles entendre chez la reine des colonies françaises ?

Les nations si longtemps en armes contre la France révolutionnaire, ou plutôt contre le gouvernement révolutionnaire de la France, ayant fait une paix sincère avec notre gouvernement légitime, le gouvernement actuel d'Haïti montrera-t-il moins de respect, d'estime et de confiance à ce gouvernement antique et vénéré des Bourbons, que les gouvernements de l'Europe civilisée ?

Toutefois, les Haïtiens ont été si souvent ct si cruellement trompés, qu'un esprit de défiance presque indestructible s'est établi parmi eux.

Mais par qui donc ont-ils été trompés, trahis, égorgés, noyés ?

Par ces mêmes hommes de sang et de boue, l'écume, le rebut et la honte de la nation fra