samedi 12 avril 2025
Ô terre sainte où mes aïeux vainquirent,
Sous le soleil des libres destinées,
Tes fils, Haïti, en leurs âmes chainées,
Portent l’élan dont les fers se flétrirent.
Ton sol fertile, où poussent les palmiers,
Garde en son sein le sang des épopées,
Et tes ravins, tes plaines diaprés,
Chantent toujours les exploits des premiers.
De Christophe au Cap, la voix des ancêtres
Résonne encor dans tes murs glorieux,
Et de Pétion les accents radieux
Allument l’âme en nos cœurs et nos êtres.
Tes cieux d’azur, tes mornes qui s’élèvent,
Sont un écrin pour ta noble fierté,
Et dans tes flots, la mer d’éternité
Berce ton nom, que nul temps ne soulève.
Haïti, ô toi, flambeau des nations,
Guide l’espoir des peuples en travail,
Car ton drapeau, sous l’éclat du soleil,
Est un signal pour les générations.
Nota : Charles Moravia, né le 17 juin 1875 à Jacmel, est un dramaturge et poète haïtien majeur du 20e siècle, connu pour son œuvre La Crête-à-Pierrot et son engagement politique, notamment en tant que sénateur et critique de l'occupation américaine d'Haïti.
mardi 1 avril 2025
IDix hommes noirs, dans l’ombre de la nuit,Dix hommes noirs marchaient dans le réduit,Sous la voûte des cieux que nul astre n’éclaire,Vers un destin fatal, sombre et solitaire.Leur pas était muet, leur cœur lourd de silence,Et dans leurs yeux brillait une étrange espérance.Ils allaient, enchaînés, par un lien de fer,Comme des bêtes traquées au fond d’un enfer.IIDix hommes noirs, fils de la servitude,Dix hommes noirs, proscrits par l’habitude,Leur crime fut d’aimer la lumière du jour,De vouloir respirer l’air libre à leur tour.Ils avaient fui la chaîne, le fouet, la misère,Rêvant d’un horizon plus doux que la pierre.Mais la loi les reprit, cruelle et sans merci,Et les voua au gibet, au suprême défi.IIIDix hommes noirs devant la potence sombre,Dix hommes noirs debout dans la nuit qui sombre,Le bourreau, froid, muet, ajustait le cordon,Et la foule grondait son rauque frisson.Ils regardaient la mort sans plier le genou,Leur âme libre encore, leur front calme et doux.Et dans un dernier cri, vibrant comme un tonnerre,Ils lancèrent au vent leur adieu à la terre.IVDix hommes noirs pendus au bois infamant,Dix hommes noirs, martyrs d’un jour sanglant,Leur sang coula muet sur la glèbe aride,Et la nuit les couvrit d’un voile livide.Mais leur esprit plana sur les champs endormis,Semant dans l’ombre un germe à jamais permis :La liberté, promise aux races futures,Fleurit dans les combats et les dures tortures.VDix hommes noirs, ô spectres vénérés,Dix hommes noirs, aux noms déshonorés,Votre supplice éclaire un peuple qui s’éveille,Et dans vos fers brisés luit une merveille.Car de votre agonie un grand peuple est né,Et sur vos os blanchis le droit s’est couronné.Haïti vous pleure, Haïti vous honore,Vous, les premiers flambeaux de sa libre aurore.
jeudi 23 janvier 2025
Hymne à la Liberté
mardi 17 septembre 2024
TOUSSAINT LOUVERTURE
Or, libre, tu souffrais encor de l'esclavage !
Dans ton grand cœur tout plein du sang de l'arada,
Et d'un orgueil barbare, ô vieux Toussaint Bréda,
Ton amour du pays se révoltait de rage.
Saint-Domingue songeait, furieuse et sauvage!
La Métropole, ô Chef, en vain te commanda!
Sans jamais craindre, un jour qu'on ne t'appréhendât,
Tu bravas Bonaparte et l'accabla d'outrage.
Rejeton de Guinou, roi de la Côte-d'Or,
Jeté de l'Ile serve en France, dans un Fort
On étoufla l'éclat de ta gloire éternelle.
Héros, tu fais grandir notre énergique espoir!
Car l'Histoire a dressé pour la race nouvelle,
Le formidable aspect de ton visage noir.
mercredi 24 juillet 2024
Loin de tes rivages
Ô Haïti, je me trouve
Loin de ma Patrie dulcinée
Exilé, je suis comme enfermé
Sous un Ciel gris
Un climat vengeur
Celui qui eut raison de Toussaint Louverture
Je suis comme inextricablement enchaîné
Pendant combien de temps encore tiendrai-je ?
Combien faut-il de temps pour rencontrer
Mon paisible hameau de Campêche ?
Où repose ma douce maman !
Les tumultes qui t’assaillent, ô Haïti
En rien n’enlèvent la douceur que tu procures
L’opulence qu’octroie d’autres Cieux
N’est qu’indigence comparée à tes bienfaits
Auteur : Desrivières François, 19 juin 2021
mardi 2 avril 2024
LE DRAPEAU HAÏTIEN
Naissance — Avenir
Un puissant renouveau circulait dans les branches
C'était le dix-huit Mai de l'an mil huit cent trois
Lors, dans Arcahaya*, vieux bourg aux murs étroits,
Naquit en plein soleil l’oriflamme à deux tranches.
Réunis sous ses plis qui leur frôlaient les hanches,
Les enfants d'Haïti, revendiquant leurs droits,
Iront, vainqueurs partout, de Champin aux Irois ;
Dans six mois ils auront lassé les troupes blanches.
Flotte de Tiburon aux bords de l’Ozama,
Ondule en l’éther bleu, de Ponce* à Panama,
Bicolore étendard créé par Dessalines!
De Saint-Yague* à Jacmel règne seul — sans retard —
Flotte sur nos vallons, flotte sur nos collines...
Les mers seront à toi du Cap à Gibraltar.
Louis-Joseph Janvier
Le 18 Mai 1882
*Arcayaha : Arcahaie
*Saint-Yague : Santiago de Los Caballeros (Dominicanie)
*Ponce : Ville portoricaine
mercredi 4 octobre 2023
samedi 2 septembre 2023
LE SERPENT ET L'HOMME
Autrefois un serpent traînant sur le ventre
Sur un roc élevé parvint à se loger.
Tandis que cheminant sur ses pieds, dans un antre
Un homme fut contraint d'aménager.
Le reptile, enflé de la gloire
De se trouver voisin des cieux,
À son compétiteur osait crier victoire
Le raillant d'avoir gîte en sombres et bas lieux.
L'homme lui répondit d'une voix douce et fière
Mais sans chagrin et sans colère :
"Je serais parvenu sur ce mont escarpé
Si, comme toi, j'avais rampé".
Jules Solime Milscent
mardi 30 mai 2023
LE PREMIER JANVIER
ET c'était ce jour-là qu'on les vit radieux ;
Et c'était ce jour-là que l'on vit la victoire
Baiser avec orgueil leurs fronts majestueux,
Et qu'un serment scella le secret de leur gloire ;
Que, las d'être témoin de crimes odieux,
Le ciel, sur l'oppresseur, vengea la race noire,
Et traça cette page unique de l'histoire :
Des esclaves honnis devenus demi-dieux.
Contre le joug, le fer, les tortures, les crimes,
Ils avaient, ces géants, ces héros, ces sublimes,
Emprunté de sa force à la Divinité.
Et quand Dieu dans leurs cœurs eut soufflé son génie,
On vit, de leur long choc avec la tyrannie,
Sur la terre des noirs jaillir la liberté !
Source : Massillon Coicou, Poésies nationales, 1882.






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