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Éditorial datant de 1897 du journal Le Drapeau au sujet de l'affaire Lüders


Aujourd'hui plus que jamais doit se justifier notre devise :

Le nom est à l'homme ce que le drapeau est aux nations ; l'un veut de la dignité, l'autre l'honneur !

Haïtiens, soyons dignes ; drapeau, sois respecté ! le jour va peut-être arriver, jour de gloire s'il en est, où l'union doit faire notre force afin de nous permettre de défendre héroïquement notre précieux patrimoine.

Si l'Allemagne osant mettre en pratique sa funeste pensée : « La force prime le droit », croit pouvoir, au mépris des lois internationales, en dépit de tout sentiment de justice et d'humanité, croire pouvoir nous traiter en esclaves ou en pays conquis, Dieu est témoin que nous préférons faire de nos belles montagnes notre tombeau à tous que de céder à l'injustice et à la brutalité.

Nos cœurs, palpitant encore de colère et d'indignation au souvenir de l'affaire Batch, cesseront plutôt de battre que d'en subir une nouvelle édition.

Haïtiens, serrons nos rangs. Entre la honte et la mort, nous n'avons point le droit d'hésiter.

Mourons. Oui, mourons jusqu'au dernier plutôt que de voir notre drapeau, jeune et fier, abritant non pas seulement une nation mais bien toute une race d'hommes nés pour jouir comme les blancs, du soleil inverse ; mourons tous jusqu'au dernier plutôt que de le voir consentir à violer notre noble devise :

Le nom est à l'homme ce que le drapeau est aux nations ; l'un veut de la dignité, l'autre l'honneur !

Et vous, ô braves soldats haïtiens. Vous êtes les grands défenseurs de la patrie. Vous portez un drapeau qui a étonné la plus belle et la plus grande armée du monde. Ce drapeau bicolore, après avoir été baptisé par la gloire aux champs de bataille de la guerre de notre indépendance, est resté pour l'armée haïtienne et pour notre pays tout entier, le symbole de ralliement, le relique de nos aïeux et notre orgueil national ! Ce drapeau est menacé en présence de l'hostilité du Chargé d'Affaires d'Allemagne, à propos d'un haïtien allemand.

Vous devez vous montrer fermes dans la circonstance et vous préparer à toute éventualité. Prouvez que vous êtes les dignes fils de nos aïeux.

Au premier coup de canon d'alarmes que nos villes disparaissent, nous dirait Dessalines et que, tous, nous soyons debout.

N'oubliez pas, braves soldats, que l'Allemagne, en 1875, par l'acte brutal de son capitaine Batch, avait déjà mis une main sacrilège sur notre pavillon et que cette fois nous lui résistions par tous les moyens en notre pouvoir pour la sauvegarde de nos droits et le respect de nos droits.

Vous avez des chefs dignes de vous commander, ils sauront faire leur devoir. Ayez confiance dans l'énergie et la bravoure de notre vénéré Président, le Gal Tirésias Simon Sam. Ce soldat sans peur. Que votre attitude soit un raffermissement à la liberté et à l'indépendance de la Race Noire en Haïti.

Que nos cris soient unanimes :

Vive Haïti libre et indépendante !

Vive le Gouvernement du Gal Sam !

Vive l'armée haïtienne !

Liberté ou la mort !


LE DRAPEAU


Source : Journal Le Drapeau — Journal politique, économique et littéraire, Deuxième Année, Numéro 11 — Port-au-Prince, samedi 23 octobre 1897

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