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Discours du président Fabre Nicolas Geffrard à l'occasion de l'anniversaire de l'indépendance d'Haïti le 1er janvier 1863

Discours du Président d'Haïti — 1er janvier 1863
La République — Journal politique, littéraire, commercial
4e Année, N° 47 — Jeudi 8 Janvier 1863
Discours du Président d'Haïti
Prononcé le 1er janvier 1863, sur l'autel de la Patrie,
à l'occasion du 60e anniversaire de l'indépendance d'Haïti

De toutes nos fêtes nationales, celle du 1er janvier est la plus ancienne et la plus glorieuse : elle est l'anniversaire du premier jour de notre existence politique et elle est aussi l'anniversaire de la position, affirmée devant Dieu et en face de l'Univers, de notre liberté et de notre indépendance.

C'est le 1er janvier 1804, que nos pères victorieux ont juré de mourir plutôt que de cesser d'être libres et indépendants.

Depuis ce jour, pendant 60 ans, chaque année, à pareil jour, mes prédécesseurs sont venus sur cet autel rappeler cette date mémorable et renouveler avec vous ce serment patriotique.

Cette tradition est pour ainsi dire un dépôt sacré, qu'il est de notre devoir de perpétuer et de transmettre à nos enfants.

Pour la quatrième fois, depuis que vous m'avez confié les destinées de la Patrie, je viens vous convier à remplir ce pieux devoir.

Si nous jurons encore, au premier jour de chaque année, comme nos pères en 1804, de mourir plutôt que de cesser d'être libres et indépendants, ce n'est pas que nous ayons encore à craindre pour notre liberté ou pour notre indépendance. Grâce à la protection de la divine Providence et à votre sagesse, désormais le rang que nous occupons parmi les nations ne nous est plus contesté. Toutes les nations de l'Europe avaient depuis longtemps reconnu notre indépendance ; l'Union américaine seule, parmi les grandes puissances, qui est notre plus proche voisine et malgré nos importantes relations commerciales, n'avait point suivi cet exemple. L'année qui vient de s'écouler, plus heureuse que ses devancières, a vu s'accomplir ce grand acte de justice, et peut-être 1863 verra-t-il se réaliser une de nos plus chères espérances : l'abolition de l'esclavage sur l'immense étendue de ce magnifique continent.

Cette année 1863, mes chers concitoyens, sera témoin, je vous en donne l'assurance, de grandes et heureuses améliorations dans l'administration intérieure du Pays.

Je suis heureux de vous annoncer, dès à présent, que les éléments de la comptabilité de la République pour 1862 sont à jour ; et qu'à l'avenir, à moins de raisons imprévues qui en retardent l'envoi, chaque mois, les comptes du mois précédent seront en la possession du secrétaire d'État des finances.

Les besoins du service courant sont assurés dans toutes les caisses de la République, désormais plus de retard dans les paiements.

Quant à la dette arriérée, je peux affirmer que l'État ne doit aujourd'hui rien à personne, grâce à mon arrêté du mois de novembre, qui a mis à la disposition du Gouvernement un crédit d'un million de gourdes, qui arrivera le huit de ce mois, sera également payée, sans que le Gouvernement ait eu besoin pour le faire d'avoir recours à aucun impôt ou de payer aucune commission. La somme nécessaire pour effectuer ce paiement est réalisée et prête à être versée.

Je suis encore heureux de vous apprendre que le crédit d'un million créé par mon arrêté de novembre pour opérer la liquidation de l'arriéré a déjà amorti en partie par les brûlements des billets détériorés.

Déjà une grande partie des billets du type de cent gourdes a été retirée de la circulation et le retrait de ces billets continue tous les jours au fur et à mesure qu'ils sont reçus en paiement par les différentes trésoreries.

Quant aux chiffres, ils sont exacts et justifiés dans un rapport du Secrétaire d'État des finances, qui sera prochainement publié dans le Moniteur.

Chacun sera mis à même, par ce rapport, de se rendre compte des récentes opérations financières du gouvernement.

Je tiens à mettre sous les yeux du peuple, en ce jour solennel, ces détails et ces chiffres éloquents, qui constatent d'une manière évidente la ferme détermination de mon Gouvernement de mettre de l'ordre dans nos finances.

Je tiens aussi, contre mon habitude, à constater ces détails et ces chiffres dans un discours écrit, parce que mes paroles d'aujourd'hui ne s'adressent pas seulement à ceux qui m'écoutent mais à tout le peuple haïtien.

Je veux que ceux qui ne les auront pas entendues puissent au moins les lire.

Des malveillants ont tenté de tromper le peuple et de lui donner le change sur la création des nouveaux billets en répandant des bruits mensongers.

La meilleure manière de répondre à des mensonges, c'est de mettre tout simplement à côté la vérité. Le bon sens du peuple lui fait alors bon marché de quel que soient ses amis et de quel côté sont ses ennemis. Je veux encore profiter de cette solennité pour dire un mot de cette malfaisante génie que les mêmes malveillants mettent en avant pour essayer d'exciter les citoyens à la haine contre le Gouvernement. C'est la loi sur la Police des campagnes dont je veux parler. Cette loi n'est pas l'œuvre du Gouvernement. Elle a été librement discutée et votée par les représentants du peuple. Elle a été dans son intérêt, dans l'intérêt au bien de l'agriculture. Si elle froisse momentanément quelques intérêts particuliers, est-ce une raison pour faire accroire qu'elle est mauvaise et qu'il faut se révolter contre son exécution ?

Haïtiens, défiez-vous de ces faux patriotes, qui se disent vos amis et qui prétendent que si le pouvoir était en leurs mains, ils vous rendraient si heureux. Depuis vingt ans, ce pouvoir tant ambitionné a passé dans plus d'une main ; je vous le demande, à quelle époque de cette longue période d'essais et de révolutions, avez-vous été plus heureux qu'aujourd'hui, à quelle époque la loi a-t-elle été plus respectée, les droits de chacun plus garantis, la représentation nationale plus indépendante et plus inviolable, la presse plus libre, l'instruction plus gratuitement et plus libéralement répandue, la justice plus assurée, le service militaire moins pénible, la tranquillité et la sécurité mieux établies, la dignité nationale plus respectée ?

Je vous le demande, Haïtiens, que peut-on vous promettre que vous ne puissiez obtenir sous le Gouvernement du 22 Décembre ?

Aujourd'hui l'ordre règne dans nos finances. Avec l'ordre et les économies, le crédit public est assuré. Avec le crédit et la tranquillité viendront successivement toutes les améliorations promises.

Si je ne vais parler ici que des réformes financières et de la loi sur la Police des campagnes, c'est que je ne veux point sortir des faits accomplis et que le moment n'est point encore venu de vous entretenir des autres améliorations, qui sont à l'étude dans les autres secrétaireries d'État et qui ne tarderont point à être mises à exécution.

Une ligne de bateaux à vapeur, destinée à desservir nos côtes, un nouveau régime douanier, l'établissement de phares sur plusieurs points de l'île, la réparation des rues et des routes publiques, des travaux d'utilité publiques, la construction de plusieurs fontaines publiques dans diverses localités, l'extension du service postal etc., telles sont les principales améliorations matérielles, qui ont fixé mon attention. Quand à celles morales, des rapports demandés aux Secrétaires d'État : l'instruction publique et la justice feront connaître celles obtenues déjà et celles que j'espère obtenir encore.

Comme les autres peuples, nous marchons et nous marcherons dans les voies du progrès : la prospérité de notre pays et notre bonheur à tous seront le prix de nos efforts.

Mais pour obtenir ce résultat, restons ou maintenons la paix et la tranquillité parmi nous ; n'oublions pas que c'est dans cette union et dans l'amour de l'indépendance, que nos pères ont puisé le secret de leur force et de leurs victoires.

Vive l'indépendance ! — Vive la liberté ! — Vive l'union ! — Vive la République !

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