vendredi 28 mai 2021
Cette lettre a été adressé au Général Caffarelli. Le Général Toussaint Louverture, emprisonné au fort de Joux demande à Caffarelli d'intervenir pour lui auprès de Napoléon Bonaparte.
Au cachot du Fort Joux, ce 17 vendémiaire an XI
9 Octobre 1802
Général, je vous prie de rafraichir la mémoire du Premier consul à mon égard. Vous savez ma position; ma douleur est grande, ma santé est altérée. Vous m'avez assuré que le Premier consul est humain et plus juste que personne. Je vous crois, mais faites-lui panser à ma réclamation de se prononcer sur mon sort. Je saurais alors sentir l'effet de sa justice. Vous rendrez service à un homme qui est plus malheureux que coupable. Je vous salue sincèrement.
Toussaint Louv.
Je vous prie de me faire un mot de réponse.
Source : Pierre Pluchon, Toussaint Louverture, Fayard, Page 528, Paris.
Nota : Nous avons modifié les fautes contenant dans l'original.
mercredi 26 mai 2021
A l'honneur d’accuser réception à S. Exc. le général DAUXION-LAVAYSSE de la note qu'il lui a adressée le 9 du présent mois, en sa qualité d'agent principal de S. Exc. le ministre de la marine et des colonies de S.M. Très-Chrétienne pour la restauration de la colonie française dans l'ile d'Haïti.
Une révolution aussi longue qu'étonnante, qui a failli bouleverser l'uni vers, et dont le caractère et la marche ne trouvent point d'exemple dans les annales du monde, vient de se terminer d'une manière aussi extraordinaire qu'elle était inattendue ; et les nations, rendues à la paix , recherchent les traces perdues ou oubliées de leurs anciennes institutions. L'ile d'Haïti, appelée par les cris de la liberté qui ont retenti en France, à l'aurore de la révolution, était, par sa nature, destinée à y prendre une part bien active ; aussi s'y est elle fait ressentir dans toute sa force, et les événements qui l'ont accompagnée, ont préparé son état actuel.
C'est avec peine que le Président d'Haïti retracera à S. Exc. le général LAVAYSSE , que tous les malheurs de ce pays sont l'ouvrage de la France révolutionnaire; qu'elle n'a cessé de les provoquer par une conduite constante et cruelle, qui a poussé les habitants d'Haïti au désespoir . Jamais peuple ne montra plus de dévouement à la métropole que celui- ci. Abandonné par elle aux caprices et aux fureurs sanguinaires d'agents féroces et corrompus, qui tour à tour se succédaient pour la déchirer de plus en plus, les Haïtiens, toujours fidèles à la France, combattaient pour elle, sous son pavillon, la faisaient triompher à 2000 lieues, et ne cessaient de lui donner des preuves d'un attachement sans exemple, lorsqu'à l'époque de la paix d'Amiens, elle fil une expédition qui devait fixer le bonheur dans cette belle contrée, et reconnaître les services rendus à la mère-patrie par une portion d'hommes qui, seuls et livrés à eux-mêmes, avaient pendant quatorze années soutenu la gloire des armes françaises : expédition de cannibales, où les colons et les Français rivalisèrent à l'envi dans la soif ardente du sang des malheureux Haïtiens ! Les armes dont ils venaient de se servir pour faciliter la prise de pos session de l'armée française, leur étaient arrachées des mains, et ils étaient entraînés dans des prisons flottantes, qualifiées du nom d'étouffoirs, suffoqués, noyés, ou pendus, bayonnettés, brûlés, dévorés par des chiens dressés à cet horrible manège et transportés à grands frais de la côte espagnole pour cet abominable usage ! Chaque nuit cou "ait de ses ombres ces terribles exécutions ; et le jour était consacré à réunir indistinctement les victimes. Il suffisait d'avoir porté les armes, soit comme officier ou soldat, d'avoir paru d'une manière quelconque sur le théâtre de la révolution, pour recevoir la mort. Le sexe, l'enfance, la vieillesse, n'arrêtaient pas la fureur de ces monstres! Et quand on manquait de proie, on entrait dans les maisons pour former la chaine nocturne par les domestiques ou les premiers venus ! Les citoyens dans les villes étaient privés de manger du poisson, pour ne pas se nourrir de leur propre sang ! Et quand, aux mêmes époques, les maladies exerçaient leurs ravages sur l'armée française, exposée à la vengeance et au ressentiment de ceux qui, pour se soustraire au supplice, se réfugiaient dans les bois et la guerroyaient, on voyait les remparts garnis de ces mêmes Haïtiens qui la défendaient de leurs bras et de leur courage, jusqu'au moment où leur tour de périr arriva! Tels étaient, général, les plaisirs et les délassements de LECLERC, de ROCHAMBEAU, de ces colons propriétaires qui les excitaient, et qui, dans la crainte qu'ils ne fussent suspendus, provoquèrent, par une adresse, la nomination de ROCHAMBEAU à la place de capitaine général. Leurs veux furent exaucés ; hélas ! peut- être étaient-ils ceux de la France ! ce fut le signal où la désertion des Haïtiens dans les bois devint presque générale ; ce fut aussi celui où les tortures redoublèrent. Je pris moi-même mon parti, pour me soustraire à la mort. Quel était notre espoir ? Pouvions-nous croire à la possibilité de repousser les Français ? Mais aussi quel était notre alternative ? Pouvions-nous hésiter dans le parti que nous avions à prendre ? J'ose croire qu'il nous justifie : Dieu et notre persévérance ont fait le reste.
A l'évacuation de l'armée française, nous sommes rentrés dans les villes : tout était détruit ; il a fallu tout revivifier. Nous parlera-t-on de nos crimes, de notre vengeance ? Qu'on lise l'histoire de gros malheurs, et que l'on nous juge : j'ai vu, je crois, quelque part, dans les annales lugubres du monde, que dans les pays où régnait l'esclavage, quand les esclaves pouvaient parvenir à briser leurs chaînes, ils en forgeaient des armes contre leurs oppresseurs ; c'est ce que nous avons fait : la guerre venait de se rallumer entre la France et l'Angleterre. Isolés de toutes les nations, obligés de nous administrer, notre premier acte a été de proclamer l'indépendance ; il était naturel, il était naturel dans toutes ces circonstances ; nous nous sommes donné une Constitution, des lois fixes et positives; depuis onze années, nous nous dirigeons nous-mêmes ; les cadres des emplois sont tous remplis par des Haïtiens régénérés ; nous avons une armée ; notre pavillon a flotté et a été respecté sur les mers ; nous nous sommes trouvés dans la nécessité de nous mettre à la hauteur de notre état et de nos destinées ; nous avons respecté le droit des gens ; enfin nous pouvons, sans trop avancer, dire que nous avons joué un rôle parmi les puissances coalisées contre la France révolutionnaire, en aidant, par notre commerce, nos approvisionnements dans les Antilles, notre attitude d'une manière plus ou moins directe, leurs opérations, et nous nous associons à la gloire d'avoir coopéré aux résultats qui viennent de se passer. Que cet amour-propre nous soit permis.
Je demanderai à Votre Excellence si nous pouvons rétrograder; si nous pouvons nous départir des avantages précieux que nous nous sommes procurés ; de la liberté, dans toute l'étendue de sa signification ; de l'égalité parfaite de nos droits, et de la garantie que nous tenons, par les armes qui sont dans nos mains.
« Toutefois les Haïtiens ont été si souvent et si cruellement trompés, qu'un esprit de défiance presque indestructible s'est établi parmi eux . »
C'est un axiome sans réplique ; et j'ajouterai que cet esprit de défiance a sans cesse été nourri par les écrits, les plans d'attaque du pays et de proscriptions, qui n'ont cessé d'inonder la France, et dont plusieurs sont parvenus jusqu'à nous. Les P. A., etc., etc., tous colons effrénés, dans leur rage impuissante, ont calculé les termes et les moyens à employer pour nous subjuguer ; non contents de désirer la possession de leurs biens, ils ont encore disposé des nôtres, et ont osé les faire figurer dans un chapitre de recettes coloniales ; peut-il exister encore des rapports entre nous et de tels hommes. Aucune confiance peut-elle renaître ? où étaient-ils ? à qui ont-ils lié leur fortune ? Certainement ils n'étaient pas en Angleterre avec Louis XVIII, mais bien aux pieds de l'idole, à brûler l'encens ; l'encensoir leur a échappé des mains, mais la cassolette leur est restée ; elle est pour nous la boîte de Pandore... Plus heureux que les émigrés, prétendraient-ils rentrer en possession de leurs propriétés, lorsque les compagnons fidèles de leur souverain ont été forcés d'y renoncer ?
Votre Excellence me fait l'honneur de me dire que les temps ont bien changé; quelle différence, quel contraste entre Louis XVIII et le gouvernement précédent ! Je suis bien éloigné de penser autrement, et d'attribuer à S. M. Très-Chrétienne des sentiments si opposés à ceux qu'elle a toujours manifestés ; nous la connaissons par ses malheurs. Elle ne connaît de nous que les nôtres : nous ne l'avons jamais offensée ; et les mêmes hommes qui la persécutaient étaient également nos persécuteurs. Où la révolution a-t-elle commencé ? contre qui ? La cocarde nationale a été apportée de France, et les premiers troubles du pays se sont manifestés parmi les blancs français, contre le gouvernement et son souverain, dont l'autorité fut méconnue. Que faisions-nous alors ? Qu'on se rappelle le colonel MAUDUIT et sa mort: l'on verra quelle était notre conduite. La restauration de S. M. Très-Chrétienne sur le trône ne nous a pas surpris. C'était le vœu des puissances, et c'est sous les murs de la capitale que cet ouvrage s'est consommé en présence de leurs armées. Le premier acte du Roi en rentrant en France a été l'oubli du passé, de ne voir dans les Français que des Français, et de sacrifier au repos du monde et de son royaume les plus cruels souvenirs. Il n'a pas compté à cet égard les sacrifices. Serions-nous donc les seuls exclus d'en obtenir en notre faveur ?
Je ne suis pas opposé à l'idée que les hommes peuvent s'entendre : ils sont, par leur organisation, faits pour se communiquer ; de là naissent quelquefois les rapprochements; en droit naturel ils le peuvent toujours, parce qu'il y a égalité entre eux ; c'est la position dans laquelle nous nous regardons ; mais il ne nous est pas prouvé de quelle manière nous sommes considérés. Sous le rapport du commerce et de ses résultats dans la balance générale des affaires de la France, peu importe entre les mains de qui se trouve le pays ; ils seront toujours les mêmes, et c'est une chose démontrée qu'il ne peut être utile que dans les nôtres. En adoptant une autre manière de voir, qu'en arriverait-il ? La guerre nécessairement perdrait tout, surtout de la manière dont elle se fait dans cette ile, où elle est absolument une guerre de destruction, et elle ne serait pas à l'avantage du système politique qu'on voudrait suivre. Votre Excellence doit être bien assurée que nous ne la désirons pas, et que nos opinions n'appartiennent à aucune ambition personnelle de pouvoir ; nous n'envisagerons que notre existence, notre sécurité et notre garantie contre toute espèce d'événement.
Pour pouvoir répondre à votre Excellence d'une manière précise à la proposition principale contenue dans sa note officielle, j'ai l'honneur de la prévenir que j'ai convoqué les premières autorités de la République, au Port-au-Prince, pour le 21 de ce mois, afin de la leur communiquer ; j'ai fait à ce sujet un ordre du jour, et j'aurai l'honneur de vous instruire du résultat de cette communication.
Je parle à Votre Excellence avec la plus grande franchise et d'après la con naissance exacte que j'ai de l'esprit du peuple. Le séjour qu'elle fera parmi nous pourra la fixer sur son caractère, qui malheureusement n'a jamais été assez connu ni observé.
Le Président d'Haïti saisit cette occasion d'assurer à Son Exc. le gén. LA VAYSSE des sentiments de sa très-haute considération.
Signé : PETION
lundi 24 mai 2021
samedi 22 mai 2021
Roi Louis-Philippe : « Votre Majesté est-elle satisfaite de son séjour en France ?»
Jean-Pierre Boyer : « Enchanté, Sire, mais Votre Majesté me permettra de lui rappeler que je ne suis qu'un simple président de République », répond Jean-Pierre Boyer.
Roi Louis-Philippe : « Monsieur le Président, reprenait le Roi des Français, quand un homme a gouverné pendant vingt-cinq ans un peuple, il est toujours une Majesté ».
Source : Discussion rapportée par Pierre-Eugène de Lespinasse dans Gens d'autrefois, vieux souvenirs.
vendredi 21 mai 2021
Au Port-au-Prince, ce 9 Novembre 1814
A S. Exc. le Président d'Haïti
Le soussigné, agent principal de S. E. le ministre de la marine et des colonies de S. M. Très-Chrétienne pour la restauration de la colonie française dans l'ile d'Haïti, a l'honneur de proposer les considérations et les mesures ci-dessous mentionnées, à M. le Président PÉTION, et aux autorités constituées provisoirement dans cette colonie.
Après quatre ans d'agitations et de guerres, faites avec une animosité et une déloyauté, depuis longtemps inusitées parmi les nations civilisées de l'Europe, ces nations reposent enfin à l'ombre de la paix.
Elles doivent ce bienfait à la destruction du gouvernement révolutionnaire qui désolait la France; à la chute de ce perfide et sanguinaire usurpateur, de ce fléau de Dieu, le moderne Attila, auquel il avait permis de tyranniser le peuple français et les autres nations, afin de les guérir et de les punir de leurs folies et de leurs crimes révolutionnaires ; elles le doivent, surtout, ce bien fait de la paix, à la restauration de l'auguste et bienfaisante maison de Bourbon.
Tandis que de tous les points de l'empire français et de l'Europe, des cris d'allégresse s'élèvent vers le ciel, des voix discordantes se feront-elles entendre chez la reine des colonies françaises ?
Les nations si longtemps en armes contre la France révolutionnaire, ou plutôt contre le gouvernement révolutionnaire de la France, ayant fait une paix sincère avec notre gouvernement légitime, le gouvernement actuel d'Haïti montrera-t-il moins de respect, d'estime et de confiance à ce gouvernement antique et vénéré des Bourbons, que les gouvernements de l'Europe civilisée ?
Toutefois, les Haïtiens ont été si souvent ct si cruellement trompés, qu'un esprit de défiance presque indestructible s'est établi parmi eux.
Mais par qui donc ont-ils été trompés, trahis, égorgés, noyés ?
Par ces mêmes hommes de sang et de boue, l'écume, le rebut et la honte de la nation française ; les ennemis et les persécuteurs de la maison des Bourbons et de tous les gens de bien ; les disciples des ROBESPIERRE, des Marat et des CARRIER ; les dignes satellites de leur successeur, le tyran Corse.
Oui, les ennemis, les bourreaux des Haïtiens ne sont autres que les criminels ennemis de nos chers et vénérés Bourbons.
Habitants d'Haïti, réfléchissez bien à cette circonstance ; réfléchissez-y bien, surtout vous, chef suprême de leur gouvernement ; vous tous, généraux et magistrats, auxquels la Providence a confié le soin de ce peuple, le soin de l'éclairer sur ses véritables intérêts; n'en doutez pas, ce peuple vous demandera un jour un compte rigoureux de son bonheur ou de son malheur.
Ces réflexions préliminaires posées, j'aurai l'honneur de proposer au Président d'Haïti, de reconnaître et de proclamer la souveraineté du monarque français, aussitôt qu'il aura jugé, dans sa sagesse, le peuple de ce pays suffisamment préparé à ce grand et heureux événement.
Pourquoi, à l'imitation des hommes sages et énergiques qui, dans l'interrègne qui a eu lieu en France, entre la chute de BUONAPARTE et la restauration des Bourbons, le Président d'Haïti, assisté de quelques-uns des principaux chefs, ne se constitueraient-ils pas le Président et les membres du gouvernement provisoire d'Haïti, au nom de S. M. Louis XVIII ?
S'ils ont la sagesse et l'énergie d'adopter cette bienfaisante mesure, que de nobles et d'honorables distinctions et de récompenses ne mériteront-ils pas du digne petit-fils du bon HENRY IV ! Combien de gratitude de la part de la France, leur patrie, et de leurs compatriotes d'Haïti !
Que le chef suprême et ses subordonnés persuadent bien leurs compatriotes que les progrès des lumières ont détruit en France, comme pour les colonies, la tyrannie des préjugés nuisibles à l'humanité : que de même que ces volcans qui, par leurs irruptions, désolent les pays qui les environnent, mais répandent des cendres qui fertilisent les campagnes, la révolution française a laissé après elle quelques vérités et quelques principes utiles, d'où est résultée cette constitution libre et sage que nous venons de recevoir de notre bienfaisant législateur Louis XVIII ; que semblable à la Divinité dont il est l'image et le représentant, ce monarque, père de tous les Français, soit qu'ils aient reçu le jour sous le climat de l'Europe ou sous celui de la zône torride, quelle que soit la couleur que la nature ait imprimée sur leurs visages, semblable, dis-je, à la Divinité, ce monarque également bon et éclairé les chérit tous également; veut les faire participer tous au nouvel ordre de choses qui a régénéré la France, et n'établir entre eux d'autre distinction que celle des vertus, des lumières et des talents.
Qu'ils songent bien que les hommes violents et incorrigibles, dont les préjugés seraient incompatibles avec la tranquillité de la colonie, seront repoussés de son sein.
Qu'ils songent bien que c'est un MALOUET qui est actuellement ministre de la marine et des colonies ; que M. MALOUET fut l'ami de l'abbé RAYNAL ; qu'il plaida leur cause à l'assemblée constituante ; qu'ils sachent que les les noms de Nestor chez les Grecs, celui de Caton chez les Romains, ou celui de Sully du temps de HENRY IV, ne rappellent pas l'idée de plus de ver tus que celui de MALOUET, de notre temps; et conséquemment que tout ce qui leur sera promis par un tel ministre, au nom du meilleur des rois, sera aussi sacré que si c'était la Divinité elle -même qui le leur promettait.
Qu'ils songent qu'un gouvernement si différent de celui du Corse [Napoléon Bonaparte] n'en verra parmi eux que des chefs aussi distingués par leur probité, leur désintéressement et leur humanité, que le pacha LECLERC et les autres brigands, envoyés il y a quelques années par l'usurpateur, se sont rendus horriblement célèbres par leur rapacité, leur perfidie et leur cruauté.
Combien je serai heureux si ces réflexions et ces propositions, qui ne sont que l'expression des vues paternelles de notre excellent souverain et de son vertueux ministre, font quelque impression sur l'esprit et les cœurs des chefs et des habitants d'Haïti ! Ah ! si elles pouvaient les conduire à arborer de leur propre mouvement l'oriflamme de la fidélité et de l'honneur français, avec quel bonheur, avec quelles larmes de joie, je m'empresserais de me mettre sous les ordres du chef actuel du gouvernement d'Haïti; de lui offrir de me ranger parmi les chefs militaires et de les embrasser comme mes camarades et mes frères d'armes !
Alors les Haïtiens verraient le commerce raviver leur agriculture et leur industrie ; l'aisance, les richesses et le bonheur se répandre parmi eux, et la confiance faire cesser cet état d'inquiétude et de défiance, si pénible à toutes les âmes bien nées.
Signé : DAUXION-LAVAYSSE
jeudi 20 mai 2021
Sous un firmament bleu azur
Des étoiles pendantes à l’instar des boules de diamants,
Une lune resplendissante,
Un mystérieux soleil de minuit à l’horizon
Un amalgame des phéno-mystères
Vents cycloniques, giboulée, orages, éclairs …
Le craquement des arbres
Et la mélodie des oiseaux du ciel
Ici et ainsi est venu au monde le grand sage d’Haïti
L’univers entier se fixait sur Arcahaie
Pour contempler sa splendeur
Et la venue de son fils
Ô ma ville aimée!
Arcahaie fleuron d’Amérique
La ville aux milles couleurs, mère planétaire de la liberté
Tu es assise sur un roc
Resplendissant le monde de ta lumière éternelle, la liberté
De milles fleurs Arcahaie ta ceinture est enveloppée
Douce mer azurée
Avec tes ilots s’étendant comme des joyaux le long de la cote
Tes havres balnéaires divinement beaux
A l’ombre de tes palmeraies jouxtant tes placides rivières
Se prélassent tes enthousiastes visiteurs
La nature t’a récompensée
Tu ressembles à un oasis ou coule l’oued de vie
Et ou l’harmattan d’Afrique souffle calmement
Ta splendeur reflète ta gloire
Nous en sommes fiers
Oh! Ma ville aimée !
Arcahaie ! havre de paix et de bonheur
Tes fils et filles te ressemblent, pacifiques hospitaliers
Tu es la cité aux gens d’une perspicacité inégalable
D’une jeunesse créatrice dans l’âme
Tu offres ton hospitalité à tous
Dans tes gingerbread longeant la rue
Oh ! ma ville aimée ta force réside dans
L’altruisme et la solidarité archeloise
Arcahaie, ville héroïque tu es protégée par
Quatre forteresses perpétuelles :
La perspicacité au Nord
L’humanisme et l’altruisme au Sud
L’ingéniosité à l’Ouest
Le théocentrisme à l’Est
Par Louinel Estimable
Elève de troisième (2012)
Publié initialement sur le blog du Lycée Charles Belair de l'Arcahaie
mercredi 19 mai 2021
Au Port -au -Prince, le 20 février 1815, an XII
ALEXANDRE PÉTION, Président d'Haïti
A Monsieur le Général PRÉVOST
MONSIEUR LE GÉNÉRAL ,
J'ai reçu la dépêche dont Votre Excellence m'a honoré le 10 du présent mois, qui m'a été remise par M. le général DUPONT, accompagné de MM. DESSALINES, FERRIER et EDOUARD MICHAUX, députés près le Gouvernement de la République à cet effet. J'ai également reçu les paquets contenant les divers actes qui accompagnent la dépêche de Votre Excellence.
Ma conduite et mes principes, Monsieur le général, ont toujours été basés sur l'amour le plus pur de ma patrie et de mes concitoyens; dans toutes les circonstances de notre révolution, j'ai concouru d'une manière constante et remarquable à combattre les ennemis de notre liberté et de notre repos ; j'ai toujours porté dans mon cœur une haine prononcée contre la tyrannie, et j'ai plus mérité la confiance du peuple que je ne suis allé au-devant d'elle, en me chargeant de le guider dans la marche orageuse des événements qui nous ont sans cesse environnés et dont j'ai eu le bonheur de le délivrer par mes efforts et son généreux concours. Je me regarde comme son ouvrage et l'homme de la nation, je ne m'appartiens pas à moi-même, je suis tout entier à la patrie, prêt à dévouer ma vie pour elle, toutes les fois qu'elle l'exigera.
Je sens parfaitement, Monsieur le général, la nécessité de résister par une masse à toute invasion projetée ou exécutée de la part des Français : dans toutes les parties de mon commandement elle se trouvera prête au premier signal d'alarme. Le salut de tous commande à tous leur devoir : il est inné dans l'âme de chaque Haïtien. L'indépendance ou la mort sont son cri de ralliement : sa liberté, ses droits sont sa propriété inaliénable ; il les défendra au péril de sa vie ; ainsi le feront, je l'espère, nos frères du Nord. C'est notre devoir le plus sacré, il ne peut exister de doute à cet égard, ce doute dés honorerait des hommes libres, qui, maîtres d'eux-mêmes, liés par le même sort et par le même intérêt, ne peuvent reconnaître des traîtres parmi eux. Ce concours de forces et de défense est si naturel, les localités du pays si connues par les indigènes, que sur quelque point que l'ennemi paraisse il sera terrassé, et que la division entretenue parmi nous par le général CHRISTOPHE disparaîtra, quand ses moyens de l'exercer cesseront : c'est à cette époque qu'il en acquerra la preuve.
Vous me parlez, Monsieur le général, d'amnistie, de pardon, d'oubli du passé, d'autorité paternelle, de monarque, de grades, de distinctions, de titres de noblesse héréditaire. Nous étions bien éloignés de ces idées bizarres et inconvenantes, quand je sollicitai le général CHRISTOPHE à sortir du Cap, pour se soustraire à la potence, et quand je réveillai sa méfiance contre les Français qu'il connaissait si mal , que peu de temps avant il avait confié son fils [Ferdinand Christophe] au général BOUDET pour le conduire en France. Vous ne me parlez pas de cette époque dans votre dépêche ; elle eût imposé silence aux calomnies que vous répandez sur mon compte et sur mes principes ; elle eût détruit le plan ormé par le général Christophe, qui, ne pouvant nous asservir par la force des armes, veut nous porter à nous entr'égorger pour l'exécution de ses projets et pour assurer sur sa tête cette couronne dont il est bien plus occupé qu'il ne l'est des Français. Il ignore que nous sommes tous éclairés sur nos véritables intérêts, que tous les moyens de séduction pour nous tromper sont usés, que nous sommes et voulons être libres, et que nous ne reconnaissons pas de maitres et ne voulons pas de rois, quels qu'ils soient.
Le gouvernement républicain est le premier que nous ayons adopté à l'expulsion des Français ; c'est celui qui convient à notre situation, à notre état, à des hommes à peine délivrés du joug de l'esclavage et des préjugés. Nous ne sommes pas encore rassasiés des douceurs de la liberté. Le général DESSALINES, dont le début fut énergique et dirigé vers le bien, se laissa bientôt corrompre quand il se fut couvert du manteau impérial. Ses premiers coups furent essayés sur les chefs de l'État ; chacun se tint éveillé et participa d sa destruction. Le général CHRISTOPHE, comme les autres, a senti la nécessité d'un gouvernement plus doux et plus humain et dont le premier magistrat ne fût pas au-dessus des lois. On forma des assemblées, on convint de faire une Constitution qui serait la pierre angulaire de notre sécurité future: Le Port-au-Prince fut choisi, les députés du Nord, de l'Ouest et du Sud s'y rendirent et la proclamèrent. Elle appela le général CRISTOPHE à la Présidence. Cette Constitution existe, elle est publique et signée de toutes les parties, elle exprime la volonté de l'universalité des Haïtiens. Quel est celui qui s'est soulevé contre elle , qui s'est mis en rébellion ouverte contre la loi , qui l'a attaquée et a fait répandre tant de sang pour la détruire ? Ce n'est pas le peuple du Nord, mais bien un seul homme, le général CHRISTOPHE. Ce ne sont pas des assertions, des « on dit, » des aveux d'un Espagnol que nous ne connaissons que par l'assassinat du brave général ETIENNE ALBERT. Ce sont des faits sans réplique et que tout l'art de Votre Excellence à seconder les vues du maître auquel elle a tout sacrifié, ne peuvent contredire. C'est cependant lui qui veut bien nous pardonner, nous élever à la noblesse héréditaire et nous décorer de ses ordres. Nous ne connaissons d'autres ordres, d'autre noblesse, d'autre distinction, que les vertus et l'amour de la patrie. Nous détestons tous ces titres inventés par l'orgueil, et qui ne marchent que comme le cortège de la servitude et de l'abaissement. Je rapporte à Votre Excellence les premiers jours de nos malheurs, l'attaque et l'incendie du territoire du Port-au-Prince, le 1er janvier 1797, dont le général CHRISTOPHE fut l'agresseur, sans égard aux députés de la partie du Nord qui étaient parmi nous, et dont je renvoyai une partie après le siège : d'autres ont préféré rester et sont encore environnés de la considération qu'ils méritent. Que de sang n'a-t-il pas été répandu depuis cette époque ? que d'Haïtiens, morts victimes des dissensions civiles , l'Etat n'a-t-il pas perdus pour sa défense, en cas d'invasion des Français ? sur qui frappe cette grande responsabilité envers la nation, envers l'humanité ? le général CHRISTOPHE prétendrait-t-il la faire retomber sur moi ? que peut toute sa perfidie contre ces immuables vérités ? Ce n'en était pas assez ; il fallait par un coup décisif enlever le Port-au-Prince, coûte que coûte, pour compléter sa vengeance ; il a fondu sur nous avec rapidité, en mars 1812. Sa marche était précédée d'une proclamation farouche et sanguinaire; il se comparait an lion. Quel présage! Plaines du Cul-de-Sac, Sibert, Savane du Blond, environs du Port-au-Prince, vous attesterez à nos neveux la honte du général CHRISTOPHE et la gloire des Républicains. C'est à vous cependant qu'on s'adresse, que l'on peint comme désirant la paix avec CHRISTOPHE. Si j'avais la faiblesse d'y consentir en mon particulier, quel compte vous rendrais-je du pouvoir que vous m'avez confié ? C'est alors que je craindrais (ce serait avec raison) pour vous l'avoir proposée. Mes actions sont aussi pures qu'elles sont publiques, el c'est par cette même raison que je soumettrai au peuple les dépêches de Votre Excellence et les propositions de son maitre. Il est juste que le peuple soit juge dans sa propre cause, et je l'estime trop pour ne pas l'éclairer sur ce qui le regarde.
Les Français, ainsi que tous ceux qui veulent nous subjuguer, savent trop bien qu'ils ne peuvent y réussir qu'en nous divisant et en jetant un esprit de méfiance entre nous. La perfidie fut toujours l'arme favorite des faibles et des méchants; tout moyen, quelque infâme qu'il puisse être, leur convient, s'il peut atteindre le but qu'ils se proposent. C'est la raison des écrits qui nous parviennent de France. Dans ce sens, c'est l'arme dont se sert le général CHRISTOPHE en répandant sur les hommes de couleur un venin qu'il distille pour pouvoir les empoisonner, ne pouvant le faire par la force des poignards : c'est ainsi qu'après avoir été fidèlement servi par eux, ils les a indistincte ment égorgés sans différence de sexe ni d'âge, après le siège du Port-au Prince, et c'est à cette conduite atroce de sa part que nous devons la jonction de tout l'arrondissement du Mirebalais, et d'une partie des soldats de ses lignes de l'Artibonite qui se sont révoltées à l'idée de voir immoler par un crime inutile des êtres innocents, du même sang , qui venaient de se distinguer en défendant leur assassin, le général CHRISTOPHE. Temps d'OGÉ, de CHAVANNE, avez-vous donc été oublié !
Je désirerais que Votre Excellence se fût plus catégoriquement expliquée sur ce qu'elle appelle la mission de Tapiau... Ce raffinement de méchanceté m'é tonnerait, si quelque chose de la part du général CRISTOPHE pouvait encore m'étonner. Ce TAPIAU est un citoyen privé que je ne connais que par son nom, et absent, peut-être, depuis plus de quatre années de ce pays, avec lequel je n'ai jamais eu aucune communication . Votre Excellence croit-elle que je manquasse de sujets près de moi à employer, sans avoir recours à un homme isolé que je connais à peine, si j'avais eu quelque mission à faire exécuter ? Cet excès de méchanceté m'indigne et ne mérite de ma part que le mépris. Ma conscience et la pureté de mon cœur sont ma consolation contre cette infernale machination.
Je conclus à dire à Votre Excellence qu'aux yeux de toute puissance raisonnable, c'est une chose des plus extraordinaires de voir un coupable offrir de pardonner à un innocent ; que le général CHRISTOPHE n'a aucun droit sur nous ; que je connais trop le peuple que j'ai l'honneur de commander, pour croire qu'il veuille d'une paix royale ; que nous ne reconnaissons ni ne voulons de maîtres ni de rois; que c'est en vain que le général CHRISTOPHE, oubliant ses propres intérêts, prétend encore à faire verser du sang haïtien pour assurer sa couronne ; qu'il nous est trop connu pour que nous puissions jamais être ses dupes, et que tous les ressorts de sa politique à notre égard sont détruits. Votre Excellence peut l'assurer que nous ne voulons pas plus des Français que de lui, que nous avons juré à Dieu, à l'univers, à nous mêmes, sur la lame de nos sabres, sur la pointe de nos baïonnettes, de ne jamais nous rendre ni nous soumettre à eux ; que nous les combattrons sous toutes les formes, sur tous les points, et que nous conserverons notre indépendance et notre liberté, ou que nous saurons mourir.
A l'arrivée de l'armée française, j'espère que tous les prestiges de la royauté s'évanouiront devant le danger commun, et que, malgré le général CHRISTOPHE lui-même, nous ne ferons qu'une seule et même famille de frères et d'amis, et ce sera vraiment la grande famille haïtienne. Je ne me tiendrai certainement pas à l'écart, et l'on me verra où l'on m'a vu toujours : au poste de l'honneur.
J'ai l'honneur, etc.
Signé : PETION
Source : Recueil général des lois et actes de gouvernement d'Haïti
lundi 17 mai 2021
ORDONNANCE DU ROI
LOUIS, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous
présents et à venir, salut.
Depuis notre retour en France, tous nos soins, après avoir
conclu la paix, ont été employés à réparer les maux qui ont été la suite de l’usurpation.
Nos colonies, même les plus éloignées, nous ont toujours été
présentes. Nous nous sommes fait rendre compte de l'état où elles se trouvent,
des malheurs qu'elles ont éprouvés et des besoins qu'elles peuvent avoir.
La colonie de Saint-Domingue a particulièrement fixé notre attention.
Nous avons reconnu qu'il était utile d'y envoyer des commissaires pour calmer
les inquiétudes que les habitants de celle ile peuvent avoir sur leur situation,
faire cesser leur incertitude, déterminer leur avenir, légitimer les
changements que les événements peuvent avoir rendus nécessaires, ct
spécialement ceux qui tendent à améliorer le sort de nos sujets.
Nos commissaires s'entendront avec les administrateurs
actuels, sous tout ce qui tient à la législation de la colonie, au régime
intérieur et d'ordre public, aux fonctionnaires civils et militaires, à l'état
des personnes et au rétablissement des relations commerciales avec la métropole.
Ils nous désigneront ceux de nos sujets qui se sont rendus dignes de notre
bienveillance et qui auront mérité des récompenses par leur attachement et leur
fidélité à notre personne.
A ces causes, et sur le rapport de notre Ministre secrétaire
d'Etat au département de la marine et des colonies ;
Nous avons nommé et nommons commissaires, les sieurs vicomte
de FONTANGES, lieutenant général de nos armées ; ESMANGART, membre en notre
Conseil d’État; DUPETIT-THOUARS, capitaine de vaisseau, et le sieur LAUJON, secrétaire
général de la mission.
Les sieurs Jouette, colonel d'infanterie, et
COTELLE-LABOUTERIE, notre procureur au tribunal de 1ère instance de
Gien, sont nommés commissaires suppléants.
Les instructions nécessaires à cette mission seront remises
à nos commissaires, par notre Ministre secrétaire d'État de la marine et des colonies,
afin qu'ils aient à s'y conformer.
Donné à Paris, au château des Tuileries, le 24 juillet de
l'an de grâce 1816, et de notre règne le 22e.
Signé : LOUIS.
Par le Roi,
Signé : le vicomte DUBOUCHAGE
ROYAUME D'HAÏTI
Au Palais de Sans-Souci, le 10 février 1815, l'an XII.
Le comte de LIMONADE, lieutenant-général des Armées du Roi, secrétaire d'État, ministère des affaires étrangères, etc., etc., à Son Excellence M. le général de division PĖTION, etc.
Monsieur le Général,
Les projets des implacables ennemis d'Haïti découverts ne peuvent plus laisser aux Haïtiens aucune hésitation de se réunir et d'opposer une masse de forces capables de repousser le plus promptement possible les attaques prochaines dont nos oppresseurs nous menacent.
D'après le vœu et les dispositions des Haïtiens qui se trouvent sous votre commandement, et dans l'intime conviction que leur réunion à la grande famille haïtienne ne dépend que de vous seul, général, le Roi, chef et père de tous, avait le droit de s'attendre, dans ces circonstances qui commandent si impérieusement le bon accord, à ce que vous auriez commencé à faire les premiers pas pour vous rallier à lui; mais, pour qu'il ne soit pas dit qu'il a dépendu un seul moment de Sa Majesté que la réunion générale n'ait lieu, Sa Majesté veut encore donner aux Haïtiens une preuve de ses dispositions bienveillantes, et prouver enfin devant Dieu et devant les hommes, qu'elle n'a jamais cessé d'avoir le bien général en vue et l'intérêt commun à cœur; en conséquence, le Roi m'a commandé, général, de faire à Votre Excellence cette ouverture, et de vous proposer authentiquement:
1° L'oubli total du passé.
2° Réunion franche et sincère.
3° Conservation du grade et commandement de Votre Excellence.
4° Conservation des grades et emplois, aux officiers généraux, magistrats, commandants militaires, officiers et sous-officiers de troupes, d'après les désignations décrétées par les édits de Sa Majesté, dont ci-joint exemplaires.
5° Admission dans l'ordre de la noblesse héréditaire du royaume, selon l'échelle des grades dont sont revêtus les officiers supérieurs, civils et militaires actuels, conformément aux décrets.
6° Garantie des propriétés à tous les Haïtiens généralement propriétaires. Sa Majesté engage sa parole royale que les articles ci-dessus seront religieusement observés.
Sa Majesté m'a commandé d'inviter Votre Excellence de donner connaissance au peuple et aux troupes de sa détermination invariable de maintenir les officiers généraux, magistrats et officiers de tout grade, dans les places et emplois qu'ils jouissent et exercent maintenant.
Sa Majesté donne pareillement l'assurance aux habitants, militaires, officiers et soldats des provinces du Nord et de l'Ouest, qui peuvent se trouver au Port-au-Prince ou dans le Sud, qu'il leur est loisible de rentrer, dès ce moment, dans leurs foyers, et les militaires sous leurs drapeaux, d'après l'oubli total du passé que Sa Majesté offre ; comme aussi Sa Majesté renverra dans leurs foyers, tous les habitants et militaires du Sud et de l'Ouest qui se trouvent ici.
Messieurs le comte du Trou, maréchal de camp des armées du Roi, commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Henri; le baron de DESSALINES, major général, secrétaire-général au département de la guerre, chevalier de Saint-Henri ; le baron de FERRIER, major général, maréchal des logis des palais de Sa Majesté, chevalier de Saint-Henri; et monsieur le chevalier d’EDOUARD MICHAUX, sont députés vers vous, pour vous porter la présente dépêche, dans laquelle sont renfermés tous les actes du gouvernement de Sa Majesté qui ont paru jusqu'à ce jour, depuis les menaces de nos ennemis.
1° Le manifeste du Roi, aux nations étrangères, du 48 septembre 1814, an XI.
2° Le procès-verbal du conseil général de la nation, des 24 et 22 octobre.
3° La proclamation du Roi, du 14 novembre, relativement à l'arrestation de FRANCO MEDINA, espion français.
4° Copie des pièces et instructions du ministre MALOUET, trouvées sur ledit espion.
5° Le machiavélisme du cabinet français, par le ministre d'État d'Haïti.
6° Le plan général de défense du royaume.
7° Proclamation du Roi, aux Haïtiens, du 1er janvier présente année.
8º Copie manuscrite des premiers interrogatoires qu'a subis l'espion FRANCO MÉDINA, par-devant la commission militaire spéciale.
Messieurs les députés sont chargés de vous donner les assurances de vive voix, que toutes les offres contenues dans la présente dépêche, dont ils sont porteurs, seront religieusement observées. Ils sont aussi autorisés de donner cette assurance au peuple et aux troupes.
Lorsque notre Souverain bien-aimé fait tous ses efforts pour réunir les Haïtiens et n'en former qu'un peuple de frères; lorsque Sa Majesté, mue par des sentiments de générosité et de conciliation, me charge d'entreprendre une ouverture pacifique qui tend si évidemment au bonheur général dans lequel le vôtre est compris, vous ne serez point de votre côté spectateur tranquille et indifférent; vos propres intérêts vous commandent, plus que vous ne croyez, de concourir sans hésiter à ce rapprochement; songez qu'il doit détruire les fâcheuses impressions auxquelles votre conduite a donné lieu, et plus tard vous ne pourrez justifier. Ces raisons sont assez puissantes pour vous déterminer à vous joindre à nous.
Qu'est- ce qui pourrait donc empêcher cette réunion, lorsque le peuple la demande et qu'il en sent l'impérieuse et prompte nécessité ?
Attendrez-vous l'arrivée de l'armée française pour reconnaître l'autorité royale ? Votre Excellence a mille preuves en mains que d'un moment à l'autre les Français peuvent tomber sur un ou plusieurs points de l'ile, et alors comment voudriez-vous que l'on pût s'entendre pour la défense commune, pour les secours mutuels que les Haïtiens doivent se porter, si vous ne vous hâlez d'opérer cette union si désirée par le peuple, et si nécessaire au salut général ? Seriez-vous le seul que l'intérêt de nos concitoyens ne pourrait émouvoir ? Cela ne me parait pas vraisemblable.
Avez- vous oublié que ce n'était que par des secours réciproques des Haïtiens que les Français ont été chassés du Port-au-Prince et des autres points de l'Ile?
Pourriez-vous avoir la pensée que vous puissiez opérer ce qui n'a pu se faire que par le concours d'une union et d'un accord unanime ? Et si vous êtes dans cette croyance, de donnerez-vous pas la certitude au peuple que si vous n'êtes pas son ennemi caché, si vous n'êtes pas prêt à recevoir les Français, que vos intentions sont de vous tenir à l'écart pendant la tempête qui doit avoir lieu, à l'arrivée incessamment des Français ?
Ne donnerez-vous pas justement raison aux troupes, de croire aux inculpations que l'on donne déjà de votre conduite, dans l'étranger ? Les blancs français déclarent dans tous leurs écrits, DAUXION-LAVAYSSE l'a donné à entrevoir, et Médina l'a confirmé dans ses interrogatoires, que vous préférez remettre aux Français la partie qui se trouve sous votre commande ment, plutôt que de vous réunir sous l'étendard du Roi, pour la défense commune de la patrie.
S'il fallait citer privément des faits récents, d'une authenticité irrécusable, l'on pourrait vous dire que nous n'ignorons pas la mission de TAPIAU...
Le Roi, malgré la gravité de ces faits, laisse à Votre Excellence à se justifier à cet égard ; mais il devient indispensable que vous vous prononciez, afin que Sa Majesté sache la conduite qu'elle doit tenir envers vous particulièrement, et le peuple et les troupes, attendu qu'elle connaît positivement les intentions bien prononcées des Haïtiens des parties de l'Ouest et du Sud, de ne jamais se courber sous le joug de l'esclavage, non plus que les Haïtiens des provinces du Nord et de l'Ouest. C'est en vain qu'on voudrait rappeler au peuple les malheurs des guerres civiles que les Français ont suscitées parmi nous; c'est en vain que l'on chercherait des prétextes pour éluder notre réunion ; les funestes résultats de nos malheurs sont l'ouvrage des Français; c'est à nous, en reconnaissant leurs exécrables projets, de nous réunir plus que jamais, et d'effacer le souvenir de nos divisions pour ne penser qu'à nous entendre pour combattre l'ennemi commun, soit qu'il descende dans le Nord, soit qu'il descende dans l'Ouest, ou soit enfin qu'il descende dans le Sud.
Réfléchissez attentivement, général, sur toutes les considérations de ma lettre. Il dépend de vous qu'elle ne soit qu'entre le Roi et vous. Réfléchissez bien, et vous verrez s'il peut vous rester d'autre parti, d'autre détermination, que de reconnaître promptement l'autorité royale, et de vous joindre au Roi pour concerter tout ce qui peut tendre au bonheur et à la sûreté des Haïtiens.
Pour preuve des intentions sincères avec lesquelles le Roi veut agir avec vous, vous pouvez envoyer en toute sûreté, soit avant ou au retour des députés, des habitants et officiers revêtus de votre confiance qui entendront de la bouche du Roi même les offres que j'ai l'honneur de vous proposer ; ils pourront aussi voir et interroger l'espion français FRANCO MÉDINA, que nous tenons en arrestation au Cap-Henry, chaque Haïtien ayant le droit de l'interroger, en vertu de la proclamation du Roi.
Sa Majesté, général, attend votre réponse pour fixer son jugement définitif sur votre conduite et régler les mesures qu'elle aura à prendre à l'arrivée des Français.
J'ai l'honneur d'être,
Monsieur le Général,
De Votre Excellence,
Le très-humble et très-obéissant serviteur,
Signé : Comte de LIMONADE.
dimanche 16 mai 2021
DÉCRET portant promotion d'officiers
Port-au-Prince, le 10 avril 1807, an IV.
Le Sénat,
Sur la proposition du Président d'Haïti, et après avoir entendu le rapport de son comité militaire,
DÉCLARE qu'il y a urgence, et décrète ce qui suit:
Art.1. Le chef d'escadron BOYER est promu au grade de colonel.
Le capitaine ULYSSE, à celui de chef d'escadron.
Le capitaine CÉRISIER, à celui de chef d'escadron.
Le lieutenant HOGU, à celui de capitaine.
Le sous-lieutenant SALADIN, à celui de lieutenant.
Le capitaine MALLET est confirmé à ce grade.
Tous ces officiers seront employés en qualité d'aides de camp du Président d'Haïti.
Art. 2. Le chef d'escadron CHAUVET est nommé adjudant général, pour être employé en cette qualité, auprès du général de division YAYOU.
Le capitaine Calice SAINTARD est élevé au grade de chef d'escadron.
Le citoyen Charles VILBON est promu au grade de sous-lieutenant. Le citoyen Mondésir GERMAIN, aussi à celui de sous-lieutenant. Le capitaine FERDINAND est confirmé dans ce grade. Tous ces officiers seront employés en qualité d'aides de camp du général de division YAYOU. Le présent acte sera imprimé.
Signé: J.-L. DÉPAS-MÉDINA, L. LEROUX, Lamothe AIGRON, SIMON, J.-L. BARLATIER, MANIGAT, P. BOURJOLLY-MODÉ, Lys, Pélage VAREIN, NEPTUNE, BONNET et F. FERRIER, secrétaires.
samedi 15 mai 2021
Général,
Un dernier et affreux malheur vient de mettre le comble aux calamités par lesquelles il plut à la divine Providence de m'éprouver. La dernière de mes filles, Mme Athénaïse, vient de succomber à une cruelle maladie. Dans l'état d'isolement et d'abandon où je me trouve, mes pensées et mes vœux se tournent naturellement vers ma chère patrie, dont l'amour ne s'est jamais éteint dans mon cœur, je ressens le besoin de me retrouver au milieu des personnes à qui je tiens encore par les liens du sang et qui ne me regardent point comme étrangère.
Votre Excellence, j'en ai la confiance, appréciera de pareils sentiments. Elle comprendra qu'une femme comme moi, courbée sous le poids des ans et des malheurs, ne veut que revoir son pays et restera constamment étrangère à la politique.
Je prends d'ailleurs ici l'engagement formel de me tenir complètement en dehors de toute intrigue de ce genre. J'espère en conséquence, que Votre Excellence voudra bien accorder à ma sœur, Mme Louis Pierrot, un passeport pour venir me chercher en Europe, et m'en envoyer un à moi-même pour que je puisse me rendre en Haïti. En lui adressant cette demande, j'ose lui rappeler les bonnes paroles qu'elle a bien voulu m'adresser à mon départ lorsque Votre Excellence a bien voulu m'engager à retourner un jour dans ma patrie.
Les vœux que j'adresse au ciel pour la prospérité de mon pays et pour la conservation de la personne de Votre Excellence deviendront plus ardents quand j'aurai obtenu ce qui forme l'objet de cette demande.
Agréez, Général, l'expression de ma haute et respectueuse considération.
Marie-Louise, Veuve de Henry CHRISTOPHE.
Turin, le 7 novembre 1839.













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