Proclamation de Benoît Batraville contre l'occupation américaine d'Haïti après l'assassinat de Charlemagne Péralte


Dieu et notre Patrie
Liberté, Égalité, Fraternité
République d'Haïti

Les Ministres, Conseillers et Délégués de la révolution actuelle dans le Nord.

Proclamons, ce qui concerne la révolution et les propagandes mensongères, Haïti notre chère Patrie, dont notre première indépendance date de 116 ans, que nous jouissons depuis lors à titre de maitre, troublée un moment par une occupation.

Mais nous conservons toujours le grand nom de Charlemagne pour le récit et pour l'histoire, mourant pour la seconde indépendance, trahi par Jean Conzé [...]

Louverture avait été trahi par Leclerc par son imprudence. Mort au Fort-de-Joux en France, avant d'expirer, il répétait ces paroles :"Je meurs pour mon pays, ma Patrie, Bonaparte, rends-moi ma femme, mes enfants". [...] Mais sa mort n'avait point mis fin à cette guerre. Trois ans de combat, et Haïti vainqueur, proclame son indépendance par J. J. Dessalines, successeur de Louverture.

Il en est de même pour Charlemagne mourant, remplacé par d'autres généraux. La révolution continue.

Il faut tout dire, que les Américains, surtout ceux qui font partie de l'occupation, ne sont que des hommes nuls, puisque les quatre points de la République sont en armes [...] ; que la majeure partie des Haïtiens qui font partie de la Gendarmerie ne sont que des hommes qui ne sont pas à la portée de leur mission [...] ; que les généraux qui avaient fait partie de la révolution et qui sont allés se rendre aux officiers américains, n'étaient que des pillageurs, qui ne faisaient que piller, spolier les maisons et les familles, et que leur présence n'était rien dans les combats [...]

Nos lois sont foulées aux pieds, les meilleurs citoyens sont méprisés, jetés en prison sans cause ni actions [...]; même des dames et des filles sont condamnées sans jugement [...]. Pourquoi nous combattons ? Pour voir le départ de l'occupation américaine dans le pays ! [...]

Les parlementaires* haïtiens, qui sont toujours en avant des officiers américains pour les enseigner les routes, seront détruits un à un.

Nous crions : Vive Cacos ! Vive les généraux Cacos! Vive la Révolution !

À bas les Américains !


*Parlementaires : collabos, aiguilleurs haïtiens qui aident les militaires américains à capturer ou assassiner des résistants à l'occupation.

Source : Gaillard Roger, les Blancs débarquent 1919-1934 : la guérilla de Batraville


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