Quand les États-Unis voulaient qu'Haïti leur accorde le Môle Saint-Nicolas pour y installer une base militaire



Monsieur, j'ai été nommé par le président des États-Unis commissaire spécial près le Gouvernement d'Haïti à l'effet d'entrer en négociation pour le bail à ferme Môle Saint-Nicolas en vue d'y établir un dépôt de charbons de terre pour l'usage des navires de la marine des États-Unis.

C'est le vœu et le dessein du Président des États-Unis d'acquérir une telle station dans les Antilles. Les avantages spéciaux que réunit le Môle Saint-Nicolas indiquent ce fait incontestable que c'est la destinée manifeste de ce port de devenir un dépôt naval à l'usage des navires de guerre des États-Unis.

Les relations cordiales qui existent entre les deux pays, les liens étroits d'un commerce qui s'accroît rapidement, cet la similitude des institutions et des intérêts dans les deux républiques sembleraient rendre une pareille demande aussi raisonnable que naturelle.

L'acceptation de cette demande aura pour effet de faire des États-Unis un ami puissant et un allié sur l'assistance et les bons offices duquel Haïti pourra toujours compter. L'histoire du passé et la politique bien connue des États-Unis sont des garanties suffisantes qu'il n'y a de la part de cette nation aucun dessein de porter atteinte à l'autonomie ou aux droits souverains de la République d'Haïti.

Ceci est très clairement démontré dans les instructions du Président qui déclare que : Instruit des dispositions de la Constitution haïtienne qui interdisent l'aliénation de la moindre parcelle du territoire ou des biens de cette République, et respectant le plein droit de ce peuple de maintenir ces dispositions, le président désire seulement assurer un bail à ferme du Môle Saint-Nicolas, bail qui dans ses effets, sera d'un grand avantage pour la sûreté et la prospérité de la République haïtienne, en même temps qu'il fournira aux États-Unis toutes les commodités que peut exiger sa marine dans celte partie des Antilles.

Le privilège ici demandé a été accordé, il y a longtemps par le Gouvernement des Îles Sandwich, sans perte de prestige et au grand avantage des populations de ces iles. En réalité, il fut accordé aux États-Unis par le Gouvernement d'Haïti pendant notre guerre civile, quand un dépôt de charbons de terre fut établi et maintenu au Cap-Haïtien. Depuis nombre d'années, la République Dominicaine a exprimé la disposition de concéder aux États-Unis un dépôt de charbons de terre dans les limites de son territoire.

J'ai l'honneur de demander que le Gouvernement haïtien exprime sa bonne volonté de concéder une semblable station, les détails du bail devant être arrêtés entre le commissaire spécial des États-Unis, d'une part, et quelque dignitaire de l'État, nommé par Son Excellence le Président d'Haïti, d'autre part.

Très respectueusement,

BANCROFT GHERARDI




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