dimanche 11 mai 2025
Port-au-Prince, 2 janvier 1816.
S. D. Luis Brión.
Mon cher ami :
Je suis enfin arrivé ici avant-hier soir ; hier était un jour férié et je n'ai pas pu voir Monsieur le Président. À l'instant, je viens de lui faire une visite qui m'a été aussi agréable que tu peux l'imaginer. Le président m'a paru, comme à tous, très bon. Sa physionomie annonce son caractère, et elle est aussi bienveillante que d'habitude. J'attends beaucoup de son amour de la liberté et de la justice. Je n'ai pu encore lui parler qu'en termes généraux. Dès qu'il me sera possible d'entrer en matière, je le ferai avec toute la réserve et la modération qu'exige notre malheureuse situation. Je vous rendrai compte de tout avec la franchise que je lui dois et que j'ai offerte.
J'écris en ce moment à mes amis pour leur dire à peu près la même chose qu'à vous sur notre affaire commune, et s'il arrive quelque chose d'important, je vous enverrai une lettre de ma part. En attendant, j'espère que vous ferez de même avec moi ; et je vous prie en passant d'essayer de réunir nos esprits pour que nous puissions mener à bien quelque entreprise utile sur la Terre Ferme.
J'ai déjà parlé pour que la goélette qui doit être la vôtre se rende au port où sont nos émigrants, d'après ce que vous m'avez dit.
Il règne ici une grande tranquillité ; tout montre un grand chagrin de la perte de Carthagène, bien qu'on espère toujours voir notre commerce rétabli. On parle beaucoup d'une guerre des États-Unis avec l'Espagne, et cela doit nous être extrêmement favorable à tous égards.
Je suppose que l'émigration y sera déjà apparue et sans doute dans un état bien pitoyable. Patience et essayons de remédier radicalement au mal. Formons à tout prix une patrie et tout le reste sera tolérable.
Adieu, mon cher ami. Je vous prie d'agréer l'expression de mes sentiments distingués et de mon amitié affectueuse.
SIMÓN BOLÍVAR.
jeudi 8 mai 2025
[À Son Excellence Monsieur le Président d´Haïti]
Monsieur le President:
Ma reconnaissance est sans limite pour l'honneur que V. E. [Votre Excellence, ndlr] vient de me faire, par la lettre qu'elle a daigné m'écrire et par la bonté dont elle vient de m'accabler. Je le dis dans le fond de mon cœur ; vous êtes le premier des bienfaiteurs de la terre ! Un jour l'Amérique vous proclamera son libérateur, surtout ceux qui gémissent encore, même du joug républicain. Acceptez d'avance, Monsieur le Président, le vœu de ma patrie !
Notre botaniste, [Francisco Antonio] Zea, prépare pour V. E. les semences des fleurs et des plantes, avec une description de leur culture ; comme cette description n'est pas encore au net, je me prive du plaisir de vous la faire parvenir par le dragon qui porte cette lettre à V. E. ; mais je m'empresse de vous envoyer les bouteilles de spécifiques contre le rhumatisme. Si elles étaient remplies des sentiments de mon cœur, elles ne vous donneraient pas la santé, mais l'immortalité qui vous attend.
J'ai l´honneur d'être avec la plus profonde vénération, Monsieur le Président, de V. E. le très humble et très obéissant serviteur,
Bolívar.
Certifié conforme à l'original.
Le Secrétaire Général. B. Inginac.

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