Jean-Pierre Boyer passe des instructions aux Commandants des arrondissements de l'Est concernant l'arrivée d'Afro-américains



Port-au-Prince, le 7 août 1824.

Des sentiments d'humanité, liés à la prospérité future de la République, m'ont porté, mon cher général, à envoyer aux États-Unis d'Amérique, à la fin du mois de mai dernier, une mission afin de diriger, autant que possible, l'émigration en Haïti d'une portion de la population libre noire et jaune desdits États que la politique des blancs américains est décidée d'en faire sortir. C'est le citoyen Granville, substitut du commissaire du gouvernement près le tribunal de cassation, qui est chargé de cette mission. D'après les dépêches que j'ai reçues de lui, j'ai lieu d'espérer qu'il réussira dans l'entreprise qui lui est confiée, et que bientôt nous verrons arriver de nos frères d'Amérique qui viendront habiter notre territoire en se mettant sous la protection de nos lois, et en s'adonnant à la culture des terres.
 
D'après mes instructions que vous trouverez dans la brochure dont je vous envoie 12 exemplaires, vous verrez que trois cents de ces personnes doivent être dirigées dans les quartiers ou communes de Lamatte [Las Matas, ndlr], Hinche et Lascahobas, cette année. Je vous fais donc la présente pour vous recommander, aussitôt leur arrivée, de les faire diriger, dans une égale proportion, vers ces différents endroits, en les assortissant famille par famille, et, autant que faire se pourra, par douzaine de personnes, où ils seront placés sur les terrains qui appartiennent à l'État, et où ils pourront s'occuper à faire des établissements, et à cultiver le cafier pour leur propre compte, tel que ma circulaire du 24 décembre dernier l'a établi. Vous ne devez pas manquer de recommander à l'autorité du lieu d'avoir pour les nouveaux arrivants toute la bienveillance possible, en les aidant de ses conseils et en les assistant de tous les moyens en son pouvoir pour les encourager dans leurs établissements. On aura soin de leur indiquer comment ils doivent s'établir ; on leur procurera des plants, et on devra, en un mot, agir envers eux comme on serait bien aise soi-même d'être encouragé si on se trouvait dans leur position.
 
Ceux des arrivants qui seront placés, comme je l'ai indiqué, se- seront rationnés en nature pendant quatre mois, à compter du jour de leur placement ; à cet effet, des distributions de biscuit, riz, maïs, pois, pori) salé, et morue, leur seront faîtes tous les quinze jours par les magasins de l'État, sur les bons des commandants d'arrondissement, dont les doubles seront envoyés ; à la fin de chaque mois, à la Secrétairerie générale pour la vérification.
 
Comme il est présumable que les nouveaux arrivants seront accompagnés des dépêches de l'agent Granville et des conventions concernant certaines mesures, etc. qu'ils auront passées en Amérique, on devra se conformer auxdites conventions en tous points.
 
L'administration payera le passage des émigrants, et elle recevra des instructions à cet égard.

Vous ne devez pas manquer de me rendre compte de chaque arrivage des émigrants avec toutes les particularités que vous jugerez devoir m'intéresser, afin de recevoir mes nouvelles instructions à leur égard, s'il y avait lieu. Le but est d'aider à l'augmentation de la population du pays, tout en offrant un asile agréable et avantageux à des malheureux qui sont à la veille de se voir jeter sur les côtes d'Afrique.
 
J'espère que vous ferez tous vos efforts pour me seconder, afin de bien atteindre ce but.
 
Signé : BOYER

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