Le président Fabre Geffrard appelle les Haïtiens à prendre les armes face à l'annexion de la Dominicanie par l'Espagne


AU PEUPLE ET A L'ARMÉE
Haïtiens,

À la faveur d'intrigues infâmes et de louches manœuvres, le gouvernement espagnol, trompé et séduit par le général Santana, qui dirige les destinées de nos frères de l'Est de l'île, a hissé son drapeau sur les murs de Santo-Domingo. Vous savez que ce drapeau autorise et protège l'esclavage des fils d'Afrique. À Cuba et à Porto-Rico croupissent, désespérés, sous la tyrannie d'un maître cruel, des millions de nos frères et de nos concitoyens que l'on considère plus vils et plus misérables que les bêtes des champs et que l'on maltraite sans pitié à l'ombre de ce pavillon avili qui, en flottant à Santo-Domingo, nous donne le présage de la fin de notre liberté.

Haïtiens !

Consentirez-vous que votre liberté se perde et que vous soyez réduits à l'esclavage ?

Aujourd'hui, en plein XIXe siècle, quand l'Italie, la Hongrie et la Pologne, peuples opprimés par un régime moins terrible encore que celui que l'Espagne impose à nos frères de ses colonies, luttent pour s'émanciper et conquérir leur indépendance, pourriez-vous consentir que s'enracine sur notre sol l'autorité d'un gouvernement étranger décidé à conspirer contre notre liberté et à la détruire par la violence et par l'astuce ?

Non ! vous ne souffrirez jamais une telle ignominie. La Patrie est en danger, notre nationalité menacée, notre liberté compromise.

Aux armes, Haïtiens ! Courons aux armes pour repousser les hordes envahisseuses. Que votre consigne soit cette phrase immortelle qui servit de devise aux fondateurs de notre République : La liberté ou la mort. Repoussons la force par la force !

N'hésitons devant aucun sacrifice, ne reculons devant aucun obstacle. Tous les moyens sont bons quand on s'applique à défendre la liberté. Même si nous arrivions à voir notre peuple réduit à des monceaux de ruines et le pays entier converti en un immense sépulcre, nous combattrons sans trêve ni quartier. Dieu fera triompher les Haïtiens.

Même si le dernier des nôtres avait exhalé son dernier soupir, l'Espagne ne parviendrait nullement à ses fins parce que ni l'Europe ni l'Amérique ne consentiront jamais que soit plantée sa bannière abhorrée sur le sol de notre chère patrie.

À la lutte ! Il faut que s'achève la domination de l'Espagne en Amérique. Nous l'expulserons de Santo-Domingo, et cette déroute sera le précurseur de son expulsion définitive du golfe du Mexique.

L'Espagne aspire à détruire notre nationalité et ne sait pas qu'elle creuse sa propre tombe. L'avenir justifiera cette prédiction.

Aux armes, Haïtiens ! Marchons aux combats et ne laissons tomber nos armes de nos mains jusqu'à ce que l'autorité espagnole disparaisse du territoire d'Haïti. Si le sort nous était défavorable, agissons de telle sorte que l'étendard espagnol ne flotte que sur nos cendres et nos cadavres.

L'Histoire et la postérité applaudiront à notre héroïsme. Les nations civilisées vengeront notre déroute et notre ruine.

       Donné au Palais National du Port-au-Prince, le 18 avril 1861. 

       Fabre GEFFRARD


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TRADUCCIÓN NO OFICIAL AL CASTELLANO

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AL PUEBLO Y AL EJÉRCITO

Haitianos,

Gracias a infames intrigas y turbias maniobras, el gobierno español, engañado y seducido por el general Santana, que dirige los destinos de nuestros hermanos del este de la isla, ha izado su bandera en los muros de Santo-Domingo. Ustedes saben que esa bandera autoriza y protege la esclavitud de los hijos de África. En Cuba y Puerto Rico, millones de nuestros hermanos y conciudadanos languidecen desesperados bajo la tiranía de un amo cruel, son considerados más viles y miserables que las bestias del campo y son maltratados sin piedad a la sombra de esta bandera envilecida que, mientras ondea en Santo Domingo, es un presagio del fin de nuestra libertad.

¡Haitianos!

¿Permitiréis que se pierda vuestra libertad y que os reduzcan a la esclavitud?

Hoy, en pleno siglo XIX, cuando Italia, Hungría y Polonia, pueblos oprimidos por un régimen aún menos terrible que el impuesto por España a nuestros hermanos de sus colonias, luchan por emanciparse y conquistar su independencia, ¿podríais consentir que se arraigue en nuestro suelo la autoridad de un gobierno extranjero, decidido a conspirar contra nuestra libertad y a destruirla mediante la violencia y la astucia?

No, jamás sufriréis semejante ignominia. Nuestro país está en peligro, nuestra nacionalidad amenazada, nuestra Libertad comprometida.

¡A las armas, haitianos! Corramos a las armas para repeler a las hordas invasoras. Que vuestro lema sea la frase inmortal que sirvió de divisa a los fundadores de nuestra República: Libertad o muerte. ¡Repelamos la fuerza con la fuerza!

No vacilemos ante ningún sacrificio, no nos acobardemos ante ningún obstáculo. Todos los medios son buenos cuando se trata de defender la libertad. Aunque veamos a nuestro pueblo reducido a montones de ruinas y a todo el país convertido en una inmensa tumba, lucharemos sin tregua ni cuartel. Dios hará triunfar a los haitianos.

Aunque el último de nuestro pueblo hubiera exhalado su último suspiro, España nunca triunfaría, porque ni Europa ni América permitirían jamás que su aborrecida bandera se plantara en el suelo de nuestra amada patria.

¡A la lucha! La dominación de España sobre América debe terminar. La expulsaremos de Santo Domingo, y esta derrota será precursora de su expulsión definitiva del Golfo de México.

España aspira a destruir nuestra nacionalidad y no sabe que está cavando su propia tumba. El futuro justificará esta predicción.

¡A las armas, haitianos! Marchemos a la batalla y no dejemos que nuestras armas caigan de nuestras manos hasta que el dominio español desaparezca del territorio haitiano. Si el destino nos juega una mala pasada, actuemos de tal manera que la bandera española ondee sólo sobre nuestras cenizas y nuestros cadáveres.

La historia y la posteridad aplaudirán nuestro heroísmo. Las naciones civilizadas vengarán nuestra derrota y nuestra ruina.

       Pronunciado en el Palacio Nacional de Puerto Príncipe, el 18 de abril de 1861. 


       Fabre GEFFRARD 

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