Lettre d'Anténor Firmin à son ami Therméus Pierre Fils racontant sa difficile situation en exil à l'île de Saint-Thomas


Lettre d'Anténor Firmin à son ami Therméus Pierre Fils racontant sa difficile situation en exil à l'île de Saint-Thomas

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Saint Thomas 9 février 1903 

Monsieur Therméus Pierre Fils 

Kingston 

Mon cher concitoyen,

    Je suis en possession de votre lettre du 8 janvier que j'ai lue avec le plus vif intérêt. Déjà j'avais lu sur les journaux d'Haïti votre embarquement sur le "Paloma" et votre exil à Kingston. Mon cœur a été navré ; car je sais que la majeure partie de ceux qui ont été embarqués avec vous sont absolument dénués de ressources pour vivre à l'étranger. Votre lettre est venue augmenter mes pénibles préoccupations. J'en souffre d'autant plus que je me trouve dans l'impuissance de vous venir en aide.

    En effet, je vis d'une façon très réduite et je me demande si je pourrai continuer à vivre ainsi dans quelques mois. C'est qu'en pillant ma maison, les magasins de Madame Firmin, en emportant nos bijoux et tout ce que nous possédions, mes ennemis m'ont complètement ruiné. Si dans les diverses fois que j'ai passé au pouvoir, j'avais volé l'argent du peuple comme tant d'autres j'aurais sans doute de grandes ressources, mises en réserves. Mais je n'ai jamais été bien riche.

    Je vous prie de croire que c'est la mort dans l'âme que je me vois incapable de répondre à votre appel comme à celui de plusieurs autres amis qui n'ont pas été plus heureux, car connaissant tout votre dévouement pour moi et pour la cause que nous défendons, c'est avec un vrai bonheur que je me serais empressé de vous être agréable.

    Veuillez agréer, mon cher concitoyen, l'expression de ma sincère sympathie.

                          A. Firmin



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