Proclamation du président Jean-Pierre Boyer au peuple haïtien après le séisme du 7 Mai 1842 qui a détruit le Nord d'Haïti


Proclamation

Jean-Pierre Boyer, Président d'Haïti

Haïtiens ! Un événement affreux vient de plonger dans le deuil des milliers de familles.

Le 7 de ce mois, un tremblement de terre se fait sentir dans presque toutes les parties de l’île. C'est surtout dans les arrondissements du Nord-Est, du Nord et du Nord-Ouest que les effets en ont été les plus désastreux. La ville du Cap-Haïtien qui, après avoir tant souffert sous le régime de la tyrannie commençait à renaître à la postérité, a été détruite de fond en comble. Plus de la moitié de sa population à péri ; et ceux qui ont échappé à la catastrophe demeurent sans asile, en proie à toutes les souffrances, suites  inévitables du fléau qui les a frappés. Au Port-de-Paix, le mal a été presque aussi grand en proportion de l'étendue de la ville et du nombre des habitants. Au Môle, à Saint-Louis du Nord, à Porte- Plate, et dans les autres villes où les secousses ont été les plus violentes, on n’a heureusement à regretter un petit nombre de victimes.

Cette immense calamité a déchiré mon cœur. Pourquoi faut-il que j'ai encore à déplorer encore des excès qui en sont venus combler la mesure ?

Haïtiens ! Vous avez partagé mon indignation, en apprenant qu'il y a eu des hommes assez dépravés, assez inhumains pour exercer le pillage au milieu des convulsions de la nature, et pour rappeler à des familles désolées les dernières ressources qui le restaient dans leur malheur, lorsque la religion comme l'humanité prescrivaient de voler alors à leur secours.

Mais des excès aussi monstrueux appellent, sur les misérables qui les ont commis, la flétrissure et  la vindicte publique, combien il est satisfaisant de voir à la vive sympathie que le sort des victimes inspire à la grande généralité de la Nation ! La manifestation de ses sentiments généreux apportera sans doute un adoucissement à tant d’infortunes.

Et vous qui avez survécu à la perte de vos parents, il y a la destruction de vos propriétés, opposez le courage de la résignation a des fléaux qu’aucune puissance humaine ne pouvait ni prévenir ni empêcher. Vos affections sont grandes mais ne vous laissez pas abattre. La sollicitude de la République ne vous abandonnera pas dans votre détresse et s'il n'est pas au pouvoir de l'État de nous rendre ce que vous avez perdu, il fera du moins tout ce qu'il sera possible pour apporter quelques soulagements à vos maux.

Donné au Palais national du Port-au-Prince, le 18 mai 1842, an 39e de l'indépendance.

BOYER

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