Proclamation du Général Leclerc contre les Généraux Toussaint Louverture et Henry Christophe

AU NOM DU GOUVERNEMENT FRANÇAIS

ARMÉE DE SAINT-DOMINGUE

PROCLAMATION

Au Quartier Général du Cap, 

Le 28 pluviôse, An X de la République

Une et indivisible.

LECLERC, général en chef de l'Armée de Saint-Domingue,

Capitaine Général de la Colonie,

aux Habitants de Saint-Domingue.

Citoyens,

Je suis venu ici, au nom du Gouvernement français, vous apporter la paix et le bonheur; je craignais de rencontrer des obstacles dans les vues politiques des chefs de la Colonie, je ne me suis point trompé.

Ces chefs, qui annonçaient leur dévouement à la France, dans leurs proclamations, ne pensaient à rien moins qu'à être Français; ils voulaient Saint-Domingue pour eux, et s'ils parlaient quelques fois de la France, c'est qu'ils ne se croyaient pas encore en mesure de la méconnaitre.

Aujourd'hui leurs intentions perfides sont démasquées. Le général Toussaint m'avait envoyés ses enfants, avec une lettre dans laquelle il assurait qu'il ne désirait rien tant que le bonheur de la colonie, et qu'il était prêt à obéir à tous les ordres que je lui donnerais.

Je lui ai ordonné de se rendre auprès de moi; je lui ai donné ma parole de l'employer comme mon lieutenant-général; il n'a répondu, à cet ordre, que par des phrases; il ne cherche qu'à gagner du temps.

J'ai ordre du Gouvernement français de faire régner promptement la postérité et l'abondance ici. Si je me laissais amuser par ses détours astucieux et perfides, la colonie serait le théâtre d'une longue guerre civile.

J'entre en campagne, et je vais apprendre à ce rebelle qu'elle est la force du Gouvernement français.

Dès ce moment, il ne doit plus être aux yeux de tous les bons Français qui habitent Saint-Domingue qu'un monstre, qui a préféré la destruction de son pays au sacrifice des pouvoirs.

Il doit être bien prouvé à tous les habitants de la colonie, par la conduite oppressive qu'il a tenue à l'égard de tous, qu'il ne regardait le mot de Liberté, qu'il avait si souvent à la bouche, que comme un moyen d'arriver, à Saint-Domingue au despotisme le plus absolu.

J'aurai promis aux habitants de Saint-Domingue la liberté; je saurai les en faire jouir. Je ferai respecter les personnes et les propriétés.

J'ordonne ce qui suit :

Article premier. — Le général Toussaint et le général Christophe sont mis hors la loi ; il est ordonné à tous les citoyens de leur courir sus, et de les traiter comme des rebelles à la République française.

ARTICLE II. — À dater du jour où l'Armée française aura occupé un quartier, tout officier, soit civil soit militaire, qui obéira à d'autres ordres qu'à ceux des généraux de l'Armée de la République française que je commande, sera traité comme rebelle.

ARTICLE III. — Les cultivateurs qui ont été induits en erreur et qui, trompés par les perfides insinuations des généraux rebelles, auraient pris les armes, seront traités comme des enfants égarés et renvoyés à la culture, si toutefois ils n'ont cherché à exciter de soulèvement.

ARTICLE IV.  — Les soldats des demi-brigades qui abandonneront l’armée de Toussaint, feront partie de l’armée française. 

ARTICLE V. — Le général Augustin Clervaux, qui commande le département du Cibao, ayant reconnu le gouvernement français et l'autorité du capitaine général, est maintenu dans son grade et son commandement.

Article VI. — Le général, chef de l’état-major, fera imprimer et publier la présente proclamation. 

Signé : LECLERC.

Pour copie conforme, Le général de Division, chef de l’État-Major Général : DUGUA

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