Interview de l'Amiral Killick, Chef de la Marine de guerre haïtienne, au journal Le Drapeau en 1897

Nous reprenons l'interview in extenso de l'Amiral Hammerton Killick, Chef de la Marine de guerre de la République d'Haïti au journal Le Drapeau. Cette interview est parue le samedi 23 octobre 1897, dans un contexte de crise diplomatique entre la République d'Haïti et l'Empire d'Allemagne, suite à l'arrestation d'Émile Lüders, un citoyen allemand. L'Allemagne réclama réparation pour Lüders et des exigences encore plus inacceptables et menaça de bombarder la capitale, Port-au-Prince.



INTERVIEW

Un Collaborateur du DRAPEAU a été chargé d’interviewer le vice-amiral Killick au sujet du différend allemand.

Notre Collaborateur : Je suis chargé Monsieur l’Amiral, par la Rédaction du DRAPEAU, de vous interviewer sur le différend allemand. Êtes-vous disposer à nous répondre ?

L’Amiral : Je suis entièrement disposé d’autant plus, mes canons sont astiqués et mes braves marins attendent !

Le Collaborateur : Très bien ! Pensez-vous Monsieur l’Amiral, que nos braves marins sauront se mettre à la hauteur de la situation, si le cas se présentait, c’est-à-dire si BRUTALEMENT, notre drapeau venant à être insulté par l’escadre allemande ?

L’Amiral : D’abord, cette complication suscitée par le consul est très grave et mérite toute l’attention du gouvernement, car il s’agit de la dignité du Drapeau national. Quant à moi et mes braves marins, nous saurons faire notre devoir jusqu’au bout, si à Dieu ne plaise la situation devenait brûlante.

Le Collaborateur : Très bien ! Très bien ! Croyez-vous , Monsieur l’Amiral, que nos navires seront en sûreté dans la rade de Port-au-Prince, en présence de l’escadre allemande si elle arrivait ?

L’Amiral : Nos navires de guerre n’en sortiront pas, mais ils garderont l’entrée de notre rade et ils défendront Port-au-Prince.

Le Collaborateur : Mais, s’il y avait surprise, croyez-vous que nos marins seraient assez actifs pour empêcher que notre drapeau soit souillé ?

L'Amiral : Jamais, jamais, le drapeau ne sera souillé, d’abord j’ai juré au général Sam, particulièrement une fidélité inébranlable, et à mon pays une bravoure indomptable, or ces deux vertus réunies sauront sauvegarder l’honneur du pays et la dignité de mon gouvernement. Quand il s’agit de ma part d’activité dans un cas semblable, elle est incomparable.

Le Collaborateur : Très bien ! Très bien ! Mais M. l’Amiral nos bateaux ne sont pas entièrement armés pour la guerre, et en outre ils sont de petites proportions.

L’Amiral : Une hécatombe, Monsieur le Collaborateur, vaut une bataille gagnée, quand il s’agit de la Patrie.

Le Collaborateur : Nous comptons sur le courage de nos braves marins pour sauvegarder notre drapeau sur mer, tandis que nous ferons notre devoir sur terre quand le cas l’exigera ! À bientôt monsieur l’Amiral.

L'Amiral : À bientôt, oui !

En présence de cet enthousiasme et de cette manifestation patriotique du chef de notre marine de Guerre, LE DRAPEAU serait satisfait de voir le président de la République faire visite officielle à l’État-major de nos braves marins réunis sur la « Crête-à-Pierrot ».

Source : Journal Le Drapeau du 23 Octobre 1897

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