Henry Christophe répond à Leclerc qui lui reproche son refus de livrer la ville du Cap à l'Armée expéditionnaire française



Au quartier général du Cap, le 14 pluviôse an X (5 février)

Henri Christophe, général de brigade, commandant l’arrondissement du Cap,

        Au général en chef Leclerc,

        Votre aide de camp, général, m’a remis votre lettre de ce jour. J’ai eu l’honneur de vous faire savoir que je ne pouvais vous livrer les forts et la place confiés à mon commandement, qu’au préalable j’aie reçu les ordres du gouverneur Toussaint Louverture, mon chef immédiat, de qui je tiens les pouvoirs dont je suis revêtu. Je veux bien croire que j’ai affaire à des Français, et que vous êtes le chef de l’armée appelée expéditionnaire ; mais j’attends les ordres du gouverneur, à qui j’ai dépêché un de mes aides de camp pour lui annoncer votre arrivée et celle de l’armée française ; et jusqu’à ce que sa réponse me soit parvenue, je ne puis vous permettre de débarquer. Si vous avez la force dont vous me menacez, je vous prêterai toute la résistance qui caractérise un général ; et si le sort des armes vous est favorable, vous n’entrerez dans la ville du Cap que lorsqu’elle sera réduite en cendres, et même sur ces cendres, je vous combattrai encore.

        Vous dites que le gouvernement français a envoyé à Saint-Domingue des forces capables de soumettre des rebelles, si l’on devait y en trouver : c’est vous qui venez pour en créer parmi un peuple paisible et soumis à la France, d’après les intentions hostiles que vous manifestez ; et c’est nous fournir des argumens pour vous combattre, que de nous parler de rébellion.

        Quant aux troupes qui, dites-vous, débarquent en ce moment, je ne les considère que comme des châteaux de cartes que le vent doit renverser.

        Comment pouvez-vous me rendre responsable des événemens ? Vous n’êtes point mon chef, je ne vous connais point, et par conséquent, je n’ai aucun compte à vous rendre jusqu’à ce que le gouverneur vous ait reconnu.

        Pour la perte de votre estime, général, je vous assure que je ne désire pas la mériter au prix que vous y attachez, puisqu’il faudrait agir contre mon devoir pour l’obtenir.

        J’ai l’honneur de vous saluer, H. Christophe


Nota : Trouvez la lettre du Général Leclerc au Général Henry Christophe en cliquant sur ce lien.

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