Témoignage d'Olaudah Equiano, ancien esclave nigérian à la Barbade sur la traversée de l'Atlantique

Portrait d'Olaudah Equiano

Témoignage d'Olaudah Equiano, nommé également Gustavus Vassa l'Africain, esclave né au Nigéria vers 1745, vendu comme esclave à la Barbade avant d'être emmené en Angleterre puis affranchi.

On ne me laissa pas longtemps m'apitoyer sur mon chagrin ; très vite, on me plaça sous les ponts où mes narines reçurent un tel salut que, de toute ma vie, je n'avais jamais connu, de telle sorte qu'entre la particularité répugnante des odeurs nauséabondes mêlées à des pleurs, je me rendis si malade et si faible que je n'avais ni la force de manger, ni le moindre désir de goûter à quoique ce fût. Je souhaitai maintenant que mon dernier compagnon, la mort, vînt pour me délivrer ; mais très vite, pour mon malheur, deux hommes blancs m'offrirent des aliments comestibles ; et parce que je refusai de manger, l'un deux empoigna fermement mes bras et m'allongea à travers le guindeau, je crois, où il lia mes jambes tandis que l'autre me flagellait sévèrement (...)

L'étroitesse de l'endroit ainsi que la chaleur du climat, ajoutées aux passagers du bateau, qui était tant encombré de monde que chacun avait à peine l'espace pour se retourner, nous étouffaient presque. Cela générera d'abondantes transpirations, de sorte que l'air devint bientôt irrespirable, à cause d'une variété d'odeurs répugnantes, et provoqua une maladie parmi les esclaves dont plusieurs moururent, devenant ainsi les victimes d'une avarice involontaires de leurs acquéreurs, si je peux m'exprimer ainsi. Cette situation misérable était encore aggravée par le bruit irritant des chaines, maintenant devenues insupportables ; et la crasse des latrines, dans lesquelles les enfants tombaient souvent et s'étouffaient presque. Les cris des femmes et les gémissements des personnes mourantes rendaient toute la scène atroce quasiment inimaginable.

Traduction de Mfoumou-Arthur, 2005


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