Le général Simón Bolívar adresse ses condoléances au président Jean-Pierre Boyer après la mort du président Pétion

Quartier-général de Angostura, le 14 de Aout de 1818, 8°

A Monsieur le Président de la République d’Haïti. (Jean Pierre Boyer)

Monsieur le Président:

J’ai appris avec la plus grande sensibilité la mort du Mon­sieur le Président Pétion; son patriotisme, sa générosité, et toutes les autres qualités qui le caractérisaient, ont excité ma vénération, et celle de tous mes compatriotes, et elle sera aussi immortelle que son nom!

L’amitié et le désintéressement avec lesquels le peuple et les autorités de la République d’Haïti donnèrent l’hospitalité aux émigrés de la Cote Ferme, nous pénétrèrent de la plus vive reconnaissance, et en mon particulier, je formai des vœux pour sa prospérité, et pour la conservation des jours du digne chef qui le commandait.

Cette catastrophe, en trompant mes vœux, enlevé à Haïti l’un de ses plus braves défenseurs, et le prive de l’un de ses plus dignes citoyens.

Cependant, un milieu de tant de malheurs, les haïtiens doivent s’estimer heureux du nouveau choix qu’ils viennent de faire en vous nommant á la première magistrature de la République, et je vous prie de me permettre, Monsieur le Président, de vous présenter mes félicitations les plus sincères.

J’ai l'honneur de vous donner quelques détails sur l’état des affaires de Venezuela.

La campagne dernière aurait été, sans contredit, le terme du règne des espagnols, si quelques circonstances malheureuses, comme le manque de munitions, ne m’eussent pas obligé de retourner sur mes pas, jusqu’á ce que je sois à meme de frapper à coup sûr. Le moment n’est pas éloigné.

Nous avons reçu d’Angleterre, une grande quantité d’armes de toutes espèces, et nous en attendons encore, suivant les nouvelles que j’ai reçues de Londres. Le général Mac Gregor, doit arriver avant peu avec 2.000 hommes de troupes, et quelques bâtiments de guerre de première forcé, qui ont été achetés en Angleterre pour le compte de Petat.

L’Espagne se trouve dans un état très critique et la guerre entre elle et les Etats-Unis d’Amérique est inévitable; le gouvernement américain sera le premier, je crois, qui reconnaitra l’indépendance de Venezuela. J’espère même, que nous en recevrons quelques secours, car nous venons de recevoir Monsieur Irvine, député de ce Gouvernement, qui habite en cette capitale. Je serais très charmé de cette alliance, attendu qu’elle serait avantageuse a tous deux, et qu’il est indispensable que les gouvernements américains libres, se réunissent, afin de consolider leur indépendance et être à même de repousser les efforts de la tyrannie!

Nous avons la nouvelle positive de la prise de Quito et de Lima par les armées de Buenos Aires, et je viens d’envoyer des armes et des munitions aux patriotes de la Nouvelle Grenade pour terminer la pacification de ces provinces. Toutes les plaines de Caracas sont en notre pouvoir; nous avons des divisions sur tous les points essentiels, et la principale armée sera en état de lutter et détruire les derniers efforts du despotisme espagnol. Ce qui prouve la débilité de nos ennemis, c’est qu’ils abandonnent tout l’intérieur pour se concentrer sur Puerto Cabello et être à portée d’évacuer en cas de revers.

Enfin, Monsieur le Président, considérant l’état des choses sous le point de vue le plus impartial, la République ne s’est jamais trouvée dans une position aussi avantageuse, et je crois pouvoir assurer, que la fin de cette année verra le terme de la guerre dans Venezuela.

Je désire ardemment que Venezuela soit libre, afin de pouvoir ouvrir des rapports plus fréquents avec les braves haïtiens, et pouvoir leur témoigner les sentiments fraternels et amicaux, que les vénézuéliens leur portent, et mon particulier; je vous prie, Monsieur le Président, de recevoir les assurances de ma considération la plus distinguée, avec laquelle j’ai l'honneur d’être votre humble et obéissant serviteur.

BOLÍVAR

Certifié conforme a l’original.

Le Secrétaire General. B. Inginac.

TRADUCCIÓN

Cuartel general de Angostura, a 14 de agosto de 1818, 8°

Al señor Presidente de la República de Haití. (Juan Pedro Boyer).

Señor Presidente:

He sabido con el mayor sentimiento la muerte del Presidente Petión: su patriotismo, su generosidad y las demás virtudes que lo caracterizaban, han excitado mi veneración y la de todos mis compatriotas; esa veneración será tan inmortal co­mo el nombre de Petión.

La amistad y el desinterés con que el pueblo y las autorida­des de la República de Haití le dieron hospitalidad a los emi­grados de Tierra Firme, nos llenaron del más vivo reconoci­miento; y yo particularmente hice votos por su prosperidad y por la conservación de la vida del digno jefe que lo go­bernaba.

Esta catástrofe, burlando mis fervientes deseos, arrebata a Haití uno de sus más bravos defensores y le priva de uno de sus más dignos ciudadanos.

Sin embargo, en medio de tantas desgracias, los haitianos deben sentirse felices de la nueva elección que acaban de ha­cer llamando a V.E. a la primera magistratura de la República, y le ruego que me permita, señor Presidente, presentar a V.E. mis más sinceras felicitaciones.

Tengo el honor de dar a V.E. algunos datos acerca de los asuntos de Venezuela. Sin duda alguna la última campaña hubiera puesto fin al dominio de los españoles, si algTinas circunstancias desgracia­das, como la falta de municiones, no me hubiesen obligado a retirarme hasta que esté en aptitud de dar un golpe seguro. Este momento no está lejos.

Hemos recibido de Inglaterra gran cantidad de armas de todas clases, y esperamos aún más, según las noticias que he recibido de Londres. El general Mac Gregor, debe llegar en breve con 2.000 hombres de tropa y algunos buques de gue­rra de primer orden que han sido comprados en Inglaterra por cuenta del Estado.

Y La España se encuentra en un estado muy crítico, y la gue­rra entre ella y los Estados Unidos de América es inevitable; creo que el gobierno americano será el primero en reconocer la independencia de Venezuela. Espero, incluso, que nos pro­porcione algunos recursos, pues acabamos de recibir al señor Irvine agente de aquel gobierno, quien reside en esta capital. Me complacería mucho esta alianza, puesto que sería ventajosa para los dos países, y porque es indispensable que los gobiernos americanos libres se reúnan con el fin de consoli­dar su independencia y estar así en aptitud de rechazar los esfuerzos de la tiranía.

Tenemos noticias positivas de haber sido tomadas Quito y Lima por los ejércitos de Btienos Aires, y acabo de enviar ar­mas y municiones a los patriotas de la Nueva Granada para terminar la pacificación de esas provincias. Todos los llanos de Caracas están en nuestro poder; tenemos divisiones en to­dos los puntos esenciales y el ejército principal se hallará en condiciones de luchar, y destruir los últimos esfuerzos del des­potismo español. Lo que prueba la debilidad de nuestros ene­migos, es que abandonan todo el interior para concentrarse en Puerto Cabello y estar en posición de evacuar el país en caso de derrota.

En fin, señor Presidente, considerando el estado de las co­sas desde el punto de vista más imparcial, la República jamás se ha encontrado en posición tan ventajosa, y creo poder ase­gurar que el fin de este año verá el término de la guerra en Venezuela. Deseo ardientemente que Venezuela sea libre, con el fin de poder establecer relaciones más frecuentes con los valientes haitianos, y poder manifestarles los sentimientos fraternales y amistosos de los venezolanos hacia ellos, y los míos en par­ticular; le ruego, señor Presidente, reciba la seguridad de mi -más distinguida consideración, con que tengo el honor de ser de V.E. humilde y obediente servidor.

BOLÍVAR

Certificado conforme al original.

El Secretario General, B. Inginac.

Source : Les archives du Venezuela

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