Discours du député des Gonaïves, Raymond Vilaire Cabèche, à l'Assemblée nationale en septembre 1915.

Au nom de l'humanité, le gouvernement des États-Unis, suivant les déclarations de ses agents, a opéré dans notre pays une intervention armée. Et il nous a présenté, à la pointe des baïonnettes avec l'appui des canons de ses croiseurs, une convention, que du haut de son impérialisme, il nous invite à ratifier. Qu'est-ce que c'est cette convention ? Un protectorat imposé à Haïti par M. Wilson qui disait dans un discours à Mobile, en faisant allusion aux républiques sœurs de l'Amérique latine : « Nous ne pouvons être leurs amis intimes que si nous les traitons comme égales ». Et voici qu'il prétend aujourd'hui mettre Haïti sous le protectorat des États-Unis ! Pour combien de temps ? Dieu seul le sait, quand on envisage les conditions auxquelles sont subordonnés le retrait des troupes d'occupation et le renouvellement de cet instrument de honte"

Je ne sus point du tout partisan d'une république fermée. Je ne pense pas que l'isolement soit un facteur de progrès pour une nation. Je ne crois nullement que le principe du patriotisme réside dans la haine de l'étranger et dans le refus d'accepter tout aide étrangère même quand elle est sincère. Mais je ne crois pas non plus que ce soit une chose honorable de sacrifier, contraint ou non, la dignité de sa patrie. De la sacrifier pour assurer quoi ? L'ordre dans la honte ? La prospérité dans les chaînes dorées ? La prospérité, nous l'aurons peut-être. Les chaînes, nous les auront sûrement.

Par cette convention, nous décrétons pour le peuple haïtien la servitude morale en place de l'esclavage physique qu'on n'ose plus aujourd'hui rétablir. Elle compromet les droits de la Nation. La Chambre en la votant, a pris une grave responsabilité. Quand le peuple gémira dans les chaînes qui viennent de lui être forgées, quand les générations futures maudiront les mémoires des auteurs de leur infortune, je ne veux pas qu'on dise que j'ai été de ceux-là. Je ne permettrai pas que mon nom apparaisse au bas du procès-verbal de cette séance où a été opérée la vente de tout un peuple par quelques-uns de ses membres.

Je remets ma démission de député de la 28ème Législature, en criant une dernière fois : Je proteste au nom du peuple haïtien, au nom de ses droits, de sa souveraineté, de son indépendance, contre le projet de convention américano-haïtienne. 

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